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Interdiction d’embarquement pour Tel Aviv : le gouvernement belge complice

Myriam De Ly

Ce matin, j’ai reçu un coup de fil d’une employée de Brussels Airlines. Elle me signifie que mon billet pour Tel Aviv est annulé. Que les services de sécurité de l’aéroport et de Brussels Airlines ont reçu des instructions du ministère des Affaires etrangères. Je demande plus d’informations, je n’en reçois pas. On me conseille d’écrire, ce que je fais, mais là aussi on est aux abonnés absents. A une autre participante, à qui on fait savoir qu’elle ne pouvait pas embarquer, on avait également dit hier que les instructions venaient d’Israël et du ministère des Affaires étrangères de Belgique. En tout, des dizaines de Belges sont interdits d’embarquement ce dimanche.

En ce qui concerne le Ministère des Affaires étrangères, celui-ci ne s’est donc pas contenté de déconseiller aux  membres de la mission « Bienvenue en Palestine » de se rendre en Palestine, il est intervenu directement en donnant ses instructions aux compagnies aériennes, suivant les dictats du gouvernement israélien. Affaire à suivre.

Autre question qui interpelle : les services de police belge, ont-ils aidé Israël et le Mossad à composer sa liste noire ? Comment Israël a-t-il fait le tri dans la liste des passagers ? Il est effectivement inquiétant de constater que des personnes qui se rendent pour une première fois en Palestine, qui ne se sont pas engagés pour la cause palestinienne auparavant sont également blacklistés

En ce qui concerne Israël, le journal Haaretz, publie aujourd’hui la lettre qu’Amnon Shmueli, du département Population et Immigration du ministère de l’Intérieur a écrit aux compagnies aériennes.

denial-entry_eng« À la lumière des déclarations d’activistes pro-palestiniens radicaux, indiquant qu’ils ont l’intention de débarquer de vols commerciaux en provenance de l’étranger afin de troubler la paix et de défier les forces de sécurité à l’aéroport international Ben Gourion et dans d’autres lieux de friction, il a été décidé de leur interdire l’entrée, conformément à l’autorité qui m’est conférée dans le cadre de la Loi sur l’accès au territoire israélien. »

Renvoyant à une liste de noms d’activistes pro-palestiniens notoires qu’Israël soupçonne de tenter de pénétrer dans le pays durant le week-end – liste jointe à la lettre – Shmueli écrit : « À la lumière de ce qui précède, il vous est instamment demandé de ne pas les accepter à bord de vols à destination d’Israël. »

La lettre se poursuit alors en menaçant de mesures punitives les compagnies aériennes qui n’abonderaient pas dans le sens des demandes israéliennes. « Ne pas appliquer cette directive est susceptible de mener à des sanctions contre les compagnies aériennes. »

La justification d’Israël pour interdire l’embarquement des membres de la mission « Bienvenue en Palestine » est une invention complète. Elle est tout le contraire des déclarations répétées des organisateurs, lesquels insistent sur le fait que les voyageurs n’ont aucun intérêt à manifester à l’aéroport de Tel-Aviv, mais souhaitent en lieu et place se rendre de la façon la plus discrète et la plus vite possible à Bethléem.

Et le Ministère des Affaires Etrangères le sait très bien, car une délégation belge de la mission a exposé longuement les objectifs de la mission lors d’un entretien le jeudi 5 avril.

Dans sa lettre aux compagnies aériennes, le Ministre israélien réfère à la Loi sur l’accès au territoire israélien.

Chacun sait que les lois israéliennes décidant de qui peut entrer en Israël ou quitter Israël et la Palestine, y compris via l’aéroport de Tel-Aviv, privilégient les Juifs et SONT des mesures d’apartheid, de ségrégation officiellement et légalement appliquée et elles constituent en outre un crime contre l’humanité, si l’on s’en réfère à la législation internationale.

La mission «Bienvenue en Palestine» en tire la conclusion suivante :

« Depuis trop longtemps, le monde ferme les yeux sur l’apartheid israélien – ou, pire encore, en est le complice – et, aujourd’hui, nous assistons à une illustration des lois israéliennes d’apartheid telles qu’elles sont appliquées afin de contrôler les lignes aériennes internationales et notre propre liberté de voyager. De ce fait, le but de notre combat ne vise pas seulement la liberté des Palestiniens, mais il vise également à empêcher que la contamination de l’apartheid israélien ne gagne du terrain dans nos propres pays.« 

Myriam De       Ly

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