Dans l'actu

Imagine ceci : Le téléphone sonne, c’est l’armée israélienne, qui te somme d’évacuer ta maison

Kroll_gaza_dec08Témoignages de Gaza

Imagine ceci : Le téléphone sonne, c’est l’armée israélienne, qui te somme d’évacuer ta maison, tu vas être bombardé dans dix minutes, tu imagines, après dix minutes, toute ton histoire sera effacée de la surface de la terre, tes biens, les photos des frères et des fils, des choses que tu aimes, ta chaise, tes livres, le dernier recueil de poèmes que tu as lu, la lettre de ta sœur émigrée à l’étranger, les souvenirs des êtres chers à ton cœur, l’odeur de ton lit, la boucle des cheveux de ta fille, la chaleur de ton fauteuil, tes vieux vêtements, ton tapis de prière, les bijoux de ton épouse, les économies de toute une vie. Tout cela te passe dans l’esprit en dix minutes, Tu sens cette douleur quand finalement tu décides de ne prendre que tes papiers et sortir de la maison pour mourir mille fois, ou refuser d’évacuer la maison, et mourir une seule fois.

Via Adnan Abu Amer, journaliste.


Je me suis précipitée hors de mon lit quand j’ai entendu mon petit frère dire : « Hors de la maison, ils vont bombarder nos voisins ! »

Ça nous a pris deux minutes pour nous habiller avec ce que nous avions sous la main. Nous avons quitté la maison, en laissant tout ce que nous avions pour sauver notre vie, sans avoir où aller. Nous nous sommes dirigés du côté d’une école de l’UNRWA, en attendant qu’Israël bombarde la maison de nos voisins récemment rénovée.

Ce qui m’a fait le plus mal, c’est de voir ma mère, cette femme épaisse, essayant de son mieux de marcher le plus vite possible, pour s’éloigner un peu de la maison visée. En voyant tous nos voisins qui couraient dans les rues et d’autres qui attendaient devant leur maison que tous les membres de leur famille soient prêts à fuir, j’ai cru que cela devenait de plus en plus fou et brutal, ici à Gaza.

Nous sommes retournés à la maison quand nous avons appris qu’Israël envoyait de faux messages et SMS à mon peuple, au risque que la menace contre nos voisins ne soit pas fausse. Le but était de nous faire flipper comme si les bombardements continuels ne suffisaient pas à effrayer les enfants et même les jeunes. Nous sommes seuls. Nous voulons la fin de cette agression. Nihaya Jaber.

Témoignages reçus via Marianne Blume, prof à Gaza pendant 10 ans.

Print Friendly, PDF & Email