Dans l'actu

Ilan Pappé et les crimes israéliens : «Il nous faut les noms !»

Ilan Pappé à propos de la façon dont nous traitons les criminels de guerre.
La transcription en français se trouve sous la vidéo.

 Nous devons nous poser la question de savoir comment il se fait que, trois ans après l’Holocauste, les Juifs peuvent avoir été aussi insensible, au point d’être si déterminés à commettre un crime d’une telle ampleur.

Ainsi donc, je crois que la première leçon que nous tirons en examinant la connexion entre l’idéologie sioniste et les gens qui ont décidé le nettoyage ethnique et ceux qui ont dirigé les opérations sur le terrain. La première leçon que je dire, du moins de l’histoire qui nous concerne aujourd’hui, c’est que nous devons concentrer notre campagne sur les noms et les gens et ne pas nous satisfaire de vagues concepts. Nous ne combattons pas quelque chose que nous ne voyons pas.

Bien sûr que nous sommes, que je suis, un anti-sioniste et nous pouvons dire que nous combattons le sionisme, que nous combattons Israël, que peut-être nous combattons un certain groupe de Juifs, etc. Mais nous devrions être plus spécifiques dans ce que nous faisons. Nous combattons des gens qui sont des criminels. Et nous connaissons leurs crimes. Nous allons agir en professionnels, à ce propos, et non pas de façon uniquement émotionnelle, contre ces choses.

Il y a eu un moment fort en Grande-Bretagne, dont je pense qu’il nous a montré la voie. Quand le commandant en chef dans la bande de Gaza était venu pour un week-end de shopping à Londres, il avait du rester avec le personnel de nettoyage dans l’avion d’El Al, parce qu’un groupe professionnel d’activistes avait dit aux autorités britanniques qu’ils allaient exiger son arrestation pour crimes de guerre et c’est quelque chose qu’il ne voulait pas risquer.

Ainsi donc, nous devrions apprendre la nature des crimes d’aujourd’hui, comme nous connaissons la nature des crimes d’hier. Nous devrions connaître les noms des gens impliqués là-dedans. Parce que nous avons peu de chances d’aller de l’avant si nous adoptons un langage très vague à propos de qui fait quoi et à qui. Nous devrions connaître les noms des victimes. Nous devrions connaître les noms des endroits où les crimes ont été commis.

Nous devrions en fait nous montrer très sérieux, à ce sujet. Et dire aux gens, comme le juge espagnol [Baltasar Garzón Real] qui a traqué Pinochet à tous les coins de l’Europe pour tenter de l’amener devant la justice, nous devrions traquer ces gens jusqu’au moment où nous saurons qui ils sont. Nous voulons les noms des pilotes qui ont largué des bombes sur les Palestiniens de la bande de Gaza.

Nous ne combattons pas les aéroports israéliens, nous voulons le nom du pilote. Nous voulons le nom ! Personne ici ne connaît, je vous assure, personne ne connaît le nom du commandant israélien des Forces aériennes. Mais, en fait, cet homme est un archi-criminel, et vous ne connaissez même pas son nom ! Vous devriez connaître son nom, tout autant que vous devriez connaître les noms de ses victimes, si vous voulez réussir politiquement. Cela ne suffit pas de parler du fait qu’Israël commet des crimes de guerre, c’est comme si vous disiez que l’Amérique commet des crimes.

Cela n’a jamais fait bouger quoi que ce soit, des propos aussi vagues et j’estime que nous devrions le savoir. Il est plus facile de le faire en tant qu’historien traitant de 1948, je le concède. Mais je pense qu’il y a un modèle, ici, que nous devrions adopter pour nos activités et nos actions dans le présent et dans un proche futur.


Traduction : Jean-Marie Flémal

Ilan PappeAuteur de nombreux ouvrages, Ilan Pappe est professeur d’histoire et directeur du Centre européen des Études palestiniennes à l’Université d’Exeter (Angleterre).

Cherchez les autres articles d’Ilan Pappe (ou parlant de lui).

 

Print Friendly, PDF & Email