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IKEA meuble l’apartheid

Adri Nieuwhof

La correspondante de la radio suédoise en Israël, Cecilia Uddan, a expliqué qu’elle allait s’installer dans la ville palestinienne de Ramallah, en Cisjordanie occupée, et qu’elle avait demandé aux responsables d’IKEA-Israël si son mobilier pouvait y être livré. Elle relate que, derrière le comptoir du magasin se trouvait une immense carte d’Israël sur laquelle n’étaient marqués par aucune frontière la Cisjordanie occupée, Gaza et les hauteurs du Golan syrien.

A la surprise de Udden, bien que les frais de transport d’IKEA soient calculés en fonction de la distance, une livraison à Ramallah n’était pas possible. En revanche, le magasin l’a informée que le mobilier pouvait être livré dans différentes colonies à travers toute la Cisjordanie.

Ove Bring, professeur de droit international, a expliqué au magazine suédois en ligne Stockholm News que les politiques d’IKEA sont discriminatoires envers les Palestiniens et violent le “code de conduite” de l’ONU que le groupe affirme pourtant respecter. De surcroît, les politiques d’expédition violent le code éthique de la firme, tel qu’il est publié sur son site (IWAY Standard).

Udden rapporte qu’IKEA a déclaré être contraint par la réglementation locale parce qu’il dépend d’entreprises locales pour ses livraisons. Le Pr. Bring conteste néanmoins cette allégation de la firme et déclare qu’il incombe à IKEA d’examiner si les compagnies de transport sont véritablement incapables de livrer tous les clients qui demandent les produits. Certes, quand Udden a insisté pour obtenir une réponse de l’entreprise de transports, afin de savoir pourquoi son mobilier ne pouvait pas être livré à Ramallah, il lui a été indiqué que l’armée israélienne interdit les livraisons à la clientèle dans des communautés palestiniennes de la Cisjordanie occupée.

Dans son avis historique de 2004, la Cour de Justice internationale a souligné l’illégalité d’activités qui normalisent les colonies illégales d’Israël en Cisjordanie occupée.

Le rabbin Abraham Cooper du Centre Wiesenthal – lequel est en train de construire un Musée de la Tolérance sur le site historique d’un cimetière musulman à Jérusalem – avait déclaré (en janvier 2001) à l’hebdomadaire juif J-weekly qui a son siège en Californie, que l’ouverture d’un nouveau magasin IKEA en Israël serait « une nouvelle faille dans les tentatives de boycotter Israël »

Ironiquement, avant l’ouverture d’un magasin IKEA en Israël en 2001, le distributeur avait été menacé de boycott par le Centre Wiesenthal parce que le fondateur de la firme, Ingvar Kamprad, était en 1940 un membre du Nouveau Mouvement Suédois, d’obédience fasciste. Le Centre Wiesenthal soupçonnait aussi IKEA de souscrire au boycott d’Israël par la Ligue Arabe, parce qu’il semblait esquiver une implication commerciale en Israël en dépit des opportunités possibles. (…)

Aujourd’hui, IKEA se vante de ses 300 magasins dans 35 pays, dont deux en Israël. La firme a l’intention d’en ouvrir un troisième à Haïfa en 2012. La marque IKEA n’a donc pas souffert au final des révélations concernant les des liens de que son fondateur avait eus avec le fascisme.

Et elle a montré combien elle est sensible à un possible boycott par ses clients.

Par une ironie additionnelle, le mouvement de boycott-désinvestissement-sanctions (BDS) contre Israël est déjà mobilisé en Suède. Fin juin, le syndicat des dockers a engagé un blocus d’une semaine de toutes les marchandises en direction et en provenance d’Israël. Cette action répondait à un appel des syndicats palestiniens dans le contexte du blocus de la Bande de Gaza depuis trois ans et de l’attaque du 31 mai contre le bateau humanitaire Mavi Marmara.

Dans cette conjoncture, il reste à voir si IKEA va rectifier la politique raciste de ses magasins en Israël avant que de telles pratiques l’exposent à une autre menace de boycott de la part de ses clients internationaux .

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The electronic Intifada / 5 juillet 2010-07-07 –  http://electronicintifada.net/v2/article11363.shtml

Adri Nieuwhof est une militante pour les droits de l’homme, établie en Suisse. (Traduit de l’anglais par Anne-Marie Perrin)

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