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Ho ! Les racistes israéliens, dites «merci» aux Arabes !!!

Odeh Bisharat

Comme Trump, certaines personnes en Israël préféreraient qu’il n’y ait pas de musulmans dans leur ville, mais ils oublient une chose, c’est que toutes les villes qui ne se sont pas ouvertes aux Arabes ont fait faillite, alors que celles qui l’ont fait, elles, ont prospéré.

Donald Trump n’est pas le seul à avoir demandé qu’on ferme les portes aux musulmans. Quelques résidents d’Afula se sont laissé gagner par l’esprit du moment et ont exigé que l’on ferme la ville aux Arabes, les musulmans comme les chrétiens. Mais, avec tout le respect qui leur est dû, il y a une importante différence entre eux.

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Des résidents juifs à Afula protestent contre l’attribution d’une maison à des Israéliens arabes le 6 décembre 2015. Sur le calicot : « Le maire nous a trahi; il veut construire une mosquée. » Gil Eliyahu

Aux nouveaux venus sur son littoral, le pays de Trump offre des opportunités, le progrès et la haute technologie. Que perdraient les Arabes s’ils ne vivaient pas à Afula ? Cela les empêcherait-il de remplir leurs yeux du spectacle impressionnant de la tour Eiffel au milieu du square principal ? Louperaient-ils Le lac des cygnes mis en scène par le Bolchoï local ? Leurs enfants rateraient-ils l’occase de leur vie en n’étant pas admis dans la Silicon Valley d’Afula ? Vraiment ? C’est quoi, cette grosse aubaine ? Afula n’est rien de plus qu’une ville grisâtre à l’avenir des plus incertains. Elle n’a pas d’industrie moderne, elle n’a pas de sites culturels.

Nous vivons une époque bien traîtresse ! Au lieu d’accueillir les Arabes, ils manifestent contre eux et la majorité reste silencieuse tout en purifiant ce qui est impur. S’il fallait examiner les choses en profondeur, on s’apercevrait que les Arabes n’ont apporté que de bonnes choses dans les villes où ils se sont installés. Voyez, par exemple, Upper Nazareth (la ville haute de Nazareth). Sans les Arabes, ce serait une ville abandonnée, après qu’un grand nombre de ses jeunes sont partis pour le centre du pays. Les Arabes sont venus et le rouge est revenu sur les joues de la ville. Ainsi, remarquez donc ce phénomène naturel : chaque ville qui ne s’est pas ouverte aux Arabes a sombré dans la faillite, alors que les villes qui leur ont ouvert leurs portes ont prospéré.

La conclusion est celle-ci : sans les Arabes, la périphérie israélienne mourrait. Bien que, dans sa perspicacité, David Ben-Gourion ait nié que les Arabes eussent le moindre sentiment nationaliste, il reconnaissait toutefois leur dévotion à leurs villages et il n’eut d’autre choix que d’insister sur le fait que les Arabes avaient un « sentiment profond pour leur terre ». Leurs enfants (d’aujourd’hui) ne s’en iront pas pour gagner le centre du pays ou l’étranger, mais ils resteront dans les villes de la terre qui les a vus naître.

« La bénédiction, ce sont les jeunes », disent les Arabes et, quand la bénédiction juive s’en va pour gagner le centre du pays ou pour quitter le pays tout simplement, tout ce qui reste, c’est la bénédiction arabe, qui fait fleurir le désert de la périphérie. De grâce, fermez donc les yeux un instant et imaginez la Galilée sans Arabes. À part des villes fantômes, rien ne vous frappera particulièrement.

« Comme des orphelins à la table des méchants ». Voilà comment les Arabes ont décrit leur situation dans les premiers jours d’Israël. Après 67 ans, la situation a restée telle quelle, « comme si nous n’étions jamais partis et que nous n’étions jamais revenus ». Même aujourd’hui, les Arabes sont humiliés et présentés comme des envahisseurs se massant aux portes des villes de leurs maîtres dans l’espoir de recevoir un lopin de terre pour y vivre.

Shuli Dichter, dans son livre « Of Tensions and Good Intentions » (Tensions et bonnes intentions), parle d’un kibboutz qui, au nom de la coexistence, voulait qu’un village arabe se joigne à lui afin de se lancer dans une certaine initiative. Pendant les négociations, après que l’entrepreneur arabe eut expliqué que son boulot allait consister à réaliser le projet, il avait demandé au représentant du kibboutz quelle serait la contribution du kibboutz même.

« La terre ! », avait répondu le kibboutznik avec enthousiasme. Il va sans dire que la terre en question avait été saisie très longtemps auparavant et ce, au détriment du village arabe même. Dans le domaine de l’absurde, on peut apprendre des tas de choses, de la façon d’agir des sionistes.

Malgré tout cela, permettez-moi de vos parler d’un rayon de lumière qui perce au travers des ténèbres de tous les Trump américains et des nôtres. Après que les obstacles ont été partiellement écartés, en moins de cinq ans, le nombre d’Arabes qui travaillent dans les entreprises de high tech s’est multiplié par dix. Le nombre d’ingénieurs est passé de 300 à 3 000.

Récemment, j’ai assisté à un événement à Nazareth en l’honneur de Smadar Nahav, un pionnier de l’intégration des Arabes dans les industries high tech. Je baignais dans une atmosphère à la Silicon Valley. Voici une ville qui accepte tous ceux qui y entrent, Juifs et Arabes, et les accueille avec des sentiments d’amour et de partage de la même destinée.

« Est-ce bien Israël ? » a demandé ma femme, passablement étonnée. « Voilà en fait l’Israël de demain », ai-je répondu. La ville de l’évangile (*) apporte des nouvelles fraîches. Cette fois, il s’agit d’un évangile judéo-arabe.


Publié le 13 décembre 2015 sur Haaretz

Traduction : Jean-Marie Flémal

(*) le mot « évangile » vient du grec « euangelion », qui signifie « la bonne nouvelle », NDT

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