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Hewlett-Packard, cible privilégiée de la campagne BDS – Une semaine d’action du 25 novembre au 3 décembre

Stephanie Westbrook

Le boycott du géant étatsunien des technologies de l’information Hewlett-Packard a récemment acquis une actualité renouvelée, qui en a fait la cible privilégiée des militants en faveur des droits des Palestiniens dans plusieurs pays. Une semaine internationale d’action ciblant Hewlett-Packard (HP) sera organisée au 25 novembre au 3 décembre et constituera le point culminant des efforts de militants dans le monde entier.

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HP a depuis longtemps été critiqué par la campagne BDS en raison de son rôle dans la violation par Israël des droits des Palestiniens. Le groupe se vante d’avoir “une présence massive” en Israël, avec plus de 5.700 employés, et il est un des principaux fournisseurs de technologies de l’information à l’appareil militaire israélien.

La campagne étatsunienne “Campaign to End the Israeli Occupation” – qui a été rebaptisée “US Campaign for Palestinians Rights” – et le Comité national BDS ont récemment organisé deux séminaires sur l’internet (des “webinaires”) consacrés au boycott de HP.

Le premier, auquel environ 120 personnes réparties dans 18 pays ont participé, a traité des raisons qui motivent la campagne, et a comporté un entretien avec Caroline Hunter, qui avait mené le boycott contre Polaroïd motivé par l’implication de cette compagnie dans l’apartheid en Afrique du Sud.

En 1970, Caroline Hunter, qui était à l’époque chimiste chez Polaroïd, avait découvert que la technologie de photographies à développement instantané de la firme était utilisée pour les tristement célèbres passeports intérieurs servant à contrôler et limiter les déplacements des noirs en Afrique du Sud. Elle avait été licenciée en raison de son militantisme pour que Polaroïd soit tenu pour responsable de ce fait.

Une campagne qui avait duré sept ans avant d’être couronnée de succès, lancée par le mouvement de boycott anti-apartheid aux États-Unis, avait aussi servi à améliorer le nouveau d’information et de conscience du grand public étatsunien à propos de l’Afrique du Sud.

Le deuxième “webinaire” était centré sur la question de la mise en œuvre des campagnes de boycott et de désinvestissement ciblant HP.

“Exactement comme Polaroïd était une cible critique à l’ère de l’apartheid car cette firme fournissait à l’Afrique du Sud un système de passeports intérieurs bien connu, il est temps que la communauté internationale s’unisse pour boycotter HP, qui fournit aujourd’hui à Israël la technologie pour ses checkpoints”, a souligné Anna Baltzer, une des organisatrices de la campagne aux États-Unis.

Un acteur-clé pour les militaires

HP est profondément impliqué dans l’infrastructure militaire et sécuritaire israélienne. Il fournit des systèmes de traitement de l’information au Ministère de la Défense, il fournit et gère des serveurs informatiques pour l’armée et administre l’infrastructure IT (Information Technology) pour la marine.

Un Palestinien utilise le scanner biométriques au checkpoint de Qalandia – Photo AP

La société EDS Israël, désormais mieux connue sous le nom de HP Enterprise Services Israel, a fourni et installé le “Basel System”, c’est-à-dire un système de contrôle d’accès et d’identification biométrique (reconnaissance faciale et des paumes des mains) [1]. Il a fait son apparition pour la première fois en 2004 au checkpoint de Erez, le point de passage entre Israël et la Bande de Gaza, et il est actuellement aussi opérationnel dans plus de 20 checkpoints israéliens en Cisjordanie.

Outre qu’il sert à contrôler et à limiter la liberté de mouvement des Palestiniens, il sert aussi à mettre en œuvre le système de ségrégation et à collecter des données biométriques aussi bien que toutes sortes de données personnelles sur les Palestiniens.

HP fournit et gère aussi des systèmes informatiques et des imprimantes au service israélien des prisons.

HP a aussi installé un centre de recherche et développement dans la colonie israélienne de Beitar Illit. Le groupe a aussi fourni des systèmes de stockage de données à la colonie de Ariel, qui est désignée dans une publication du groupe comme “la capitale de la Samarie” (ce qui est la terminologie utilisée par Israël pour désigner la partie nord de la Cisjordanie occupée), “au cœur d’Israël”. La carte incluse dans cette publication montre le territoire israélien s’entendant du Jourdain à la Méditerranée, sans aucune trace de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza.

Un récent rapport du groupe “Public Knowledge Workshop”, une ONG en faveur de la transparence, met en évidence le fait que – si on fait abstraction du Ministère de la Défense – “HP a plus de contrats conclus sans mise en concurrence avec le gouvernement israélien qu’aucune autre entreprise privée”.

Les fondations de l’oppression israélienne

C’est parce que HP fournit les fondations technologiques à l’oppression que le groupe est la cible d’une campagne de boycott dans toute la Palestine historique. La campagne “Mutharkeen” (“ceux qui font bouger les choses”) a été lancée par le groupe “Palestinian Youth Together for Change” (La jeunesse palestinienne unie pour le changement), et a contribué à une prise de conscience en multipliant les présentations à des groupes communautaires, des étudiants et des universités à Gaza et en Cisjordanie, ainsi que dans le territoire actuel d’Israël.

Le groupe récolte les signatures de personnes qui s’engagent à boycotter HP, un boycott qui est défini comme “le rejet de la fragmentation géographique et morale imposée par la colonisation sioniste, et de la suppression de notre identité collective palestinienne”.

Le boycott de HP est aussi devenu une priorité pour le groupe BDS-Italie, qui mène campagne pour qu’autant d’organisations que possible prennent l’engagement de débarrasser leurs bureaux de tout équipement fourni par HP. Le syndicat italien “Unione Sindacale di Base” a récemment approuvé à l’unanimité la campagne BDS et a appelé ses 250.000 membres ainsi que ses bureaux à ne plus acquérir aucun produit HP.

Le “Forum Italien de l’eau”, l’ONG “Un ponte per” et le syndicat COBAS ont prise des engagements similaires.

La “Palestine Solidarity Campaignbritannique a également choisi HP comme une des cibles principales du boycott. Plus de 18.000 personnes ont signé un engagement de ne plus acheter de produits HP, et en juin dernier des militants ont participé, dans 20 lieux différents, à une journée nationale d’action pour protester contre l’implication de HP dans la violation des droits des Palestiniens.

La Palestine, via l’Afrique du Sud et la Birmanie

Dans le passé, il est arrivé que HP cède à une pression venue de l’extérieur. En 1989, en raison de la montée en puissance des campagnes anti-apartheid, HP a pris ses distances avec l’Afrique du Sud, en faisant connaître son intention de vendre ses filiales locales (quoique le groupe ait continué à vendre des ordinateurs au pays).

En 1996, HP s’est retiré de la Birmanie, à la suite d’une loi adoptée par le Massachusetts prévoyant que le gouvernement éviterait, lors de la passation de marchés publics, d’acheter à des compagnies qui faisaient des affaires dans ce pays.

En 2014, l’Église Presbytérienne des États-Unis a adopté une résolution par laquelle elle décidait de désinvestir de HP en raison de son rôle dans l’occupation de la Palestine. Avant ce vote, HP avait tenté de limiter les dégâts en adressant une lettre à l’église dans laquelle le groupe affirmait que son système de contrôle biométrique réduit les “frictions” dans les checkpoints israéliens.

HP n’a pas réservé de suite à une demande de commentaires à propos de cet article.


Stephanie Westbrook est une citoyenne des États-Unis qui vit à Rome. Ses articles ont été publiés par Common Dreams, The Electronic Intifada, Mondoweiss, In These Times et Z Magazine. On peut la suivre sur Twitter : @stephinrome

Cet article a été publie le 17 octobre 2016 par The Electronic Intifada – Traduction : Luc Delval
Des données factuelles concernant HP sur le site de “Who Profits” se trouvent ICI

[1] le “Basel System” a été financé par les États-Unis en application de l’ “Accord de Wye River” du 23 octobre 1998 entre Yasser Arafat et Benjamin Netanyahou qui visait à relancer l’application des accords d’Oslo 2, stoppée après l’élection de ce dernier à la tête du gouvernement israélien. Ils prévoyait, conformément à l’Accord intérimaire et aux Accords ultérieurs, le redéploiement israélien et la restitution de 13 % des terres (1% dans la zones A et 12 % dans la zone B) dans les trois mois suivant cet accord, ainsi que des « actions dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme » supervisées par la CIA, et une « coopération israélo-palestinienne et d’échange permanent d’informations, d’idées et d’actions pour la lutte contre le terrorisme ». L’application de cet accord a été gelée dès janvier 1999… sauf bien entendu pour ce qui était dans l’intérêt d’Israël. – NDLR

 

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