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Hébron : Israël a trouvé une nouvelle manière de saboter toute perspective de paix

Sandrine, à Hébron en décembre 2009

Sandrine, à Hébron en décembre 2009 (Ph. : Christian Bianchini – FGTB)

Nous avons reçu ce témoignage de Sandrine Bert-Geith, une franco-suisse qui s’est installée en Cisjordanie avec sa famille, et qui travaille à Al-Khalil (Hébron) pour la promotion d’un “tourisme alternatif”. Un des objectifs de cette action est de faire barrage à la confiscation par Israël des vestiges d’une industrie touristique par ailleurs presque réduite à néant par l’implantation dans la ville de colons extrémistes qui, protégés par une garnison de l’armée israélienne omniprésente, font régner la peur et parfois la terreur.

Elle fait notamment allusion aux réactions de la prétendue “communauté internationale”  – les Nations unies, les États-Unis et plusieurs pays européens – qui a dénoncé l’initiative israélienne, Washington ayant évoqué mercredi une décision “provocatrice” et “pouvant nuire à la reprise de négociations de paix” (par ailleurs parfaitement vaines).

Netanyahou, quant à lui, avec son cynisme habituel, a parlé d’un “malentendu” à la télévision israélienne, affirmant qu’il n’avait jamais été question d’empiéter sur la liberté ou le culte des musulmans, mais bien de préserver les sites historiques. “Ce n’est pas une décision politique”, a-t-il assuré: “il s’agit de préserver un héritage”. Ah le brave homme !

«Je suis archéologue et depuis 2 ans, je travaille dans le domaine du tourisme et du patrimoine en Palestine. Je suis témoin et actrice de la prise de conscience des Palestiniens de l’importance de leur patrimoine.

Plusieurs projets de réhabilitation ont déjà été entrepris (dont la rénovation d’une partie du Tombeau des Patriarches, Mosquée d’Abraham), le Ministère du tourisme et des antiquités palestinien et les ONG travaillant dans le tourisme alternatif essaient de lutter contre la concurrence injuste du minis­tère et des agences israéliennes qui détiennent le monopole du tourisme en Terre Sainte.

Un comité international a été crée à la demande des Palestiniens pour que Hébron devienne patrimoine mondial de l’humanité (voir leur communiqué à la fin de l’article). Les Palestiniens essaient de se réapproprier leur patrimoine, leur identité, mais une nouvelle fois les Israéliens veulent détruire leur initiative.

Le 21 février, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé la décision d’inscrire la Tombe de Rachel (Bethléem) et le Tombeau des Patriarches (Mosquée d’Abraham à Hébron) au patrimoine ISRAÉLIEN…

Cette décision a été soutenue par son cabinet. Depuis d’autres sites situés dans les TERRITOIRES PALESTINIENS vont être ajoutés : Tel Rumeida (dont les datations remontent jusqu’au Bronze ancien, et au Bronze moyen une Cité-État CANANÉENNE), Sussiya (sud d’Hébron), Qumran (site des manuscrits de la mer morte), Hérodion, Palais de David (Silwan, Jérusalem est)…

C’est une nouvelle provocation envers les Palestiniens  et de nouveau (encore et toujours) une atteinte au droit international : Convention de la Haye de 1954 et des Conventions de Genève. Ils ne connaissent plus de limites.

Ils s’approprient tout, sans aucune honte, sans réaction efficace de la communauté internationale : la vie des Palestiniens, la terre, l’eau, etc… Et maintenant leur patrimoine, leur identité – Ils vont trop loin.

Le Président israélien Shimon Peres  a déclaré : «la récente décision gouvernementale sur le patrimoine national n’empêchera en aucun cas les Musulmans d’accéder aux sites concernés… »,  mais quelle gentillesse, quel brave homme… quel MENTEUR.

Menteur car depuis de nombreuses années, l’accès à la tombe de Rachel est déjà interdit aux Musulmans, un mur de 8 mètres de haut sépare la ville de Bethléem du lieu saint.

Menteur car le Tombeau des Patriarches (dont l’accès est sous contrôle militaire israélien) ressemble plus à une base militaire qu’à un lieu saint; tous les jours, les Musulmans qui vont prier subissent des contrôles d‘identité à répétitions, les détecteurs, les tourniquets, l’humiliation et les arrestations. Comment de tels commentaires peuvent être dits et publiés sans aucune réaction ?

Menteur, car Qumran, Sussiya, Hérodion, etc. sont déjà des COLONIES ou il faut payer un droit d’entrée au Ministère du tourisme ISRAÉLIEN.

Depuis 1967, les archéologues israéliens ont effectué plus de 6.000 fouilles et sondages dans les territoires palestiniens, ils ont pillé les sites appartenant au patrimoine palestinien… aujourd’hui la documentation et des millions d’objets archéologiques se trouvent dans les musées et archives israéliens. Plus de 400 colonies contrôlent déjà 900 sites et vestiges archéologiques et à terme, avec la construction du mur, 50% des ressources culturelles des zones palestiniennes passera sous la dépendance israélienne.

Encore une violation de la Convention de Genève de 1949 et des Conventions de la Haye de 1954.

Les colons, les ultrareligieux – et même un Ministre du gouvernement israélien ! – ont déclaré que le Tombeau des Patriarches leur appartenait puisque selon l’Ancien testament il a été acheté à Ephron le Hittite par Abraham (Gen 23 :17-20). Et voilà encore la référence biblique… Encore des mythes pour excuser une situation malheureusement bien réelle…

Et ils veulent ajouter à la liste une centaine d’autres sites situés dans les territoires. Les Israéliens n’ont aucun droit de se les approprier.

Imaginez le gouvernement italien annoncer que tous les sites archéologiques  de l’ancien Empire romain font partie du patrimoine italien – idem pour les Grecs (et j’en passe) – et qu’il demande également que les droits d’entrée payants  des sites romains lui soient reversés !!!

Les Palestiniens par des projets de sauvegarde du patrimoine et des programmes de tourisme alternatif veulent montrer un nouveau visage du peuple palestinien. Mais aujourd’hui, face à cette nouvelle injustice, la tension est grande et les troubles risquent de s’aggraver, déjà des manifestations réprimées violemment à Hébron… le monde va-t-il encore blâmer injustement le peuple palestinien ? Faut-il vraiment encore dire que les Israéliens compromettent les pourparlers de paix, quand on sait qu’ils sont compromis depuis longtemps ?

Communique_Hebron_fev2010
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