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Hébron : face aux colons, même quand la Justice leur donne raison, les Palestiniens n’ont aucun droit

Des Palestiniens de Al-Khalil (Hébron) ont remporté une appréciable victoire lorsqu’une Cour d’appel militaire a ordonné à des colons juifs qui ont envahi des maisons par la force de quitter les lieux. La décision était claire et nette : les squatteurs occupent les lieux sans droit ni titre depuis 2001, et ils doivent déguerpir.

C’était en 2007. Et aujourd’hui rien n’a changé. Les colons extrémistes juifs sont toujours dans les lieux, et toute l’économie locale, à commencer par le tourisme, a été réduite à néant. Des rues entières de boutiques naguère exploitées par des Palestiniens sont fermées.

Des membres de la famille Owiwi, avec l’aide de l’organisation “Peace Now”, ont entrepris des démarches pour que la décision de la Justice militaire israélienne soit exécutée. L’armée s’y refuse.

Le “Palestine Monitor” a demandé à l’avocat représentant les plaignants, Michael Sfard, pourquoi l’armée avait ignoré l’ordre. “Pour la même raison l’armée ignore toutes les saisies de terres par des colons et vols  qu’ils commettent”, a-t-il expliqué, “parce qu’ils ont peur des colons et à certains égards, les actes des colons sont considérés par l’armée comme une extension de la volonté du gouver­nement”. En fait, dit-il “ce qui serait exceptionnel,  c’est que l’armée mette en œuvre une telle ordonnance” favorable pour des Palestiniens.

Il en va tout autrement, par exemple, à Jérusalem-Est, quand la Justice militaire ordonne – en dépit de tous les titres de propriété qu’ils ont produits –  à des habitants arabes de Sheikh Jarrah de quitter leur propriété pour faire place à des juifs dans les 45 jours. Dès le 46ème jour à l’aube, des troupes israéliennes puissamment armées ont investi les lieux et jeté dehors des familles entières, les colons juifs s’installant immédiatement dans les lieux. Pas d’hésitation, pas de délai, pas de quartier !

« Nous devons donc nous montrer très prudents avant de crier victoire, dit Michael Sfard. On peut être assurés de gagner devant la Cour Suprême, mais la décision sera-t-elle exécutée, et si oui dans combien de temps ? Si les colons sont expulsés dans cinq ans je ne considérerais pas cela comme un succès. Il a déjà fallu neuf ans, à partir de la date à laquelle les colons on fait irruption dans le bâtiment du marché, juste pour obtenir ceci, à cet égard toute cette affaire est déjà un échec ».

Et quand bien même l’expulsion des squatteurs juifs serait confirmée  par la Justice et exécutée par l’armée, le légitime propriétaire palestinien du bâtiment ne sera pas pour autant autorisé à en reprendre possession, et donc on ne voit pas ce qui empêcherait les colons de s’y réinstaller quand bon leur semblera.

« Même si cela prend 20 ans, on ne cèdera pas face à ces gens qui proclament que leur titre de propriété est la Bible », disent les membre de la famille Owiwi.

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