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Grève nationale palestinienne contre le plan « Prawer »

Le « plan Prawer » d’Israël, qui a fait l’objet d’une première lecture au Parlement en juin, vise à exproprier plus de 800 000 dunums de terres dans le désert du Néguev (un dunum = 1000 m²) et à expulser entre 30 000 et 50 000 Bédouins palestiniens.

Trente-cinq villages non reconnus seraient également rasés, marquant ainsi le point culminant d’une campagne de nettoyage ethnique particulièrement éhontée qui aura lieu au vu et au su de la communauté internationale. Ces Bédouins palestiniens seront expulsés vers 1 % de leurs terres.

Les Palestiniens d’Israël ont organisé ce lundi 15 juillet une grève générale contre ce plan. La « grève de la colère » a eu lieu à 15 endroits différents. Il y a eu également des manifestations à Beer Sheba, Umm al-Fahm, Sakhnin, Jaffa, Lod, Ramleh et le soir à Jérusalem.

Photo : Activestills

Photo : Activestills

On a également manifesté à Ramallah, Hébron et Naplouse, ainsi qu’à Gaza. Partout il y avait des centaines jusqu’à un bon millier de manifestants. 

Linah Alsaafin explique, dans un article pour site The Electronic Intifadah, publié le jour même, l’enjeu du plan Prawer et l’importance de cette journée de grève (extrait).

Pourquoi maintenant précisément ?

Pourquoi effectuer cette vaste campagne de démolition, de confiscation de terres et de déplacements forcés en ce moment-même ? Anas Abou Daabas, président de l‘Association de l’Association des Universitaires à Rahat,  l’a expliqué le 20 avril lors d’un témoignage organisé par la Municipalité d’al-Bireh et auquel j’ai assisté.

Ces dernières années, le principal problème économique auquel Israël a été confronté est la crise du logement, a-t-il dit. Israël cherche a tirer profit des vastes terres du Néguev en construisant des villes et des villages pour les militaires, sur des sites qui seront plus proches des camps d’entraînement militaires qu’Israël a transférés dans le Sud du pays. Ce plan sera appliqué au détriment des indigènes qu’ils définissent à tort comme des « envahisseurs » et des « nomades ».

L’incarnation de la discrimination raciale

Amir Qweider, un étudiant à l‘université Ben Gourion qui vit dans le village non reconnu de Zarnouq a parlé au cours du même séminaire de la réalité des villages bédouins du Néguev. Il leur est interdit de bâtir la moindre structure et s’ils le font, ils risquent la démolition complète.

« Il n’y a pas de rues pavées, pas d’écoles, pas d’électricité ni de canalisations d’eau, pas de lignes téléphoniques et pas de système d’égouttage » a-t-il expliqué. « La différence entre les colonies juives et les villages arabes, c’est l’incarnation de la discrimination raciale, même si nous sommes des citoyens israéliens.»

« Utiliser le terme de “nomades” pour nous désigner est une façon pour Israël de justifier la colonisation et l’occupation du Néguev en disant que, puisque nous errons sur les terres, c’est qu’elles ne nous appartiennent pas», a déclaré Abou Daabas, « mais c’est un mensonge flagrant. Nos ancêtres et tribus vivaient dans des villages et le mensonge israélien n’explique pas pourquoi nous avons toujours des structures de bâtiments, telles des écoles et des habitations datant d’avant la Naqba.»

Le 30 mars 1976, des milliers de citoyens palestiniens d’Israël ont protesté à l’annonce de l’État disant qu’il allait confisquer 60.000 dunums de terres palestiniennes. Une grève générale fut organisée depuis le désert du Néguev jusqu’en Galilée et l’armée israélienne tua six Palestiniens du fait que les protestations se poursuivaient. L’évènement est devenu connu sous le nom de Journée de la Terre et on le commémore chaque année.

Les Palestiniens devraient tous descendre dans la rue aujourd’hui et protester contre la confiscation par Israël de 800.000 dunums (800 km²) de terres dans le Néguev. De même que la Journée de la Terre, pour reprendre les propos d‘Arjan El Fassed, « réaffirmait que la minorité palestinienne en Israël constitue une partie inséparable de la nation palestinienne et arabe », la Grève de la Colère du 15 juillet affirme qu’en dépit de la division politique, d’une direction représentative et collaboratrice, la Palestine reste, du fleuve à la mer, et avec les Bédouins du Néguev une composante à part entière de la population palestinienne.

Jérusalem, Sakhnin, Yafa, Umm al-Fahm, Shifa Amro, Gaza, Nablus, Hebron, Jenin, Upper Galilee, Ramallah, Kurf Kanna, Nazareth, Haifa. Israël ne peut rien prendre de tout cela.

L’histoire du vol des terres par Israël

Le désert du Néguev historiquement négligé dans le discours palestinien, constitue 60% de la Palestine, et son importance n’a pas échappé à Ben Gourion, le Premier ministre d‘Israël. Dans une lettre à son fils Amos, en 1937, Ben Gourion insistait pour dire à quel point la colonisation totale du Néguev était essentielle pour le concept colonial des implantations israéliennes :

« Nous devons chasser les Arabes et prendre leur place (…) et s’il nous faut recourir à la force, nous avons la force à notre disposition, non pas afin de déposséder les Arabes du Néguev et les transférer, mais afin de garantir notre propre droit de nous implanter dans ces endroits. »

La campagne de nettoyage ethnique de 1948 affecta 90% de la population du Néguev, qui fut déplacée de force vers la Jordanie, Gaza et le désert du Sinaï. Quelques 11.000 Bédouins sont restés dans le désert et , entre les années 1948 et 1965, ont été forcés d’y vivre sous un régime militaire israélien. Les déplacements internes sont forcé un grand nombre de ces Bédouins autour de la route Bir Al-Saba- Jaffa vers une région appelée Siyaj, à la frontière tout près de Hébron.

Sous la politique d’occupation consistant à confiner le plus grand nombre de Palestiniens dans le plus infime pourcentage de terre, Israël a utilisé plusieurs lois, telles que la loi d’Aménagement des Terres, la loi sur l’Acquisition des Terres et la loi sur les Propriétés des Absents, afin de consolider ses confiscations de terres dans le Néguev et de donner une apparence de légalité à la dépossession de la population autochtone.  En 2004, la loi d’Expulsion des Envahisseurs fut mise en application, diabolisant les Bédouins en les faisant passer pour des agresseurs en infraction sur leurs propres terres.

Entre les années 1993 et 2007, Israël multiplia encore les démolitions de maisons, de bâtiments et de structures de Bédouins. Le 11 septembre 2011, le gouvernement Nethanyahu approuvait le plan Prawer, d’après le nom d‘Ehud Prawer, l’ancien chef adjoint de la sécurité nationale. Cette seule année 2011, quelque mille maisons furent démolies. L’année 2012 se poursuivit sur la même lancée.

En 1969 et tout au long des années 1970, Israël planifia sept townships pour y parquer les Bédouins. Cela faisait partie du projet grandiose d’installer un million de juifs dans le désert. La plus grande de ces townships aujourd’hui s’appelle Rahat, elle occupe le rang 2 sur l’échelle socioéconomique israélienne à 10 niveaux et 60.000 Palestiniens y vivent.

Il y a 46 villages bédouins (qui existaient déjà bien avant 1948) dont 35 ne sont pas reconnus par l’État israélien. Les 11 villages restant sont censés être reconnus mais on ne leur a jamais proposé le moindre service public élémentaire.

Prawer_al araqibLe jour après la grève du 15 juillet, à laquelle des milliers de Palestiniens ont participé, Israël a détruit le village d’Al Araqib pour la 53e fois.

 

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