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Grève générale des Arabes d’Israël contre toutes les discriminations qui leur sont imposées

A l’appel du Haut comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, qui représente les 1,2 million de citoyens arabes d’Israël, une grève générale et une manifestation étaient organisées, vendredi 1er octobre, pour commémorer les manifestations d’octobre 2000 et le massacre qui avait été perpétré alors.

Du 1er au 9 octobre 2000, des affrontements meurtriers ont opposé la population arabe aux forces de répression et à une partie de la population juive israélienne, lors de manifestations de solidarité après le déclenchement de la seconde intifada.

La mort de treize citoyens arabes avait consommé la rupture entre la majorité juive et la minorité arabe. Depuis, le fossé n’a cessé de se creuser entre les deux communautés.

«Les événements d’octobre 2000 ont influencé notre identité, dit Iyad Rabi, avocat et militant des droits de l’homme. Il y avait des raisons politiques aux manifestations, les gens avaient voulu exprimer leur sentiment d’être une composante essentielle du peuple palestinien et Israël leur avait répondu avec agressivité».

Le message adressé aujourd’hui au gouvernement israélien est clair :

«Nous ne cesserons pas de nous opposer, par des voies démocratiques, aux politiques israéliennes qui nous portent atteinte», martèle Mohamed Zeidan.

La mort des treize citoyens arabes est toujours dans tous les esprits.

«Nous voulons que la vérité soit faite sur les événements d’octobre 2000 et que des sanctions soient prises contre les responsables, parmi la police et les citoyens, exhorte M. Zeidan. Nous n’oublierons ni ne pardonnerons jamais tant que la vérité ne sera pas établie.»

Pour Jamal Zahalka, membre de la Knesset et chef du parti Balad, «si ces crimes restent impunis, cela encouragera la répétition d’événements similaires à l’avenir». Une situation qui a déjà cours, selon Jafar Farah, le directeur de Mossawa, l’association pour l’égalité des citoyens arabes d’Israël. «Depuis 2000, les meurtres de citoyens arabes par la police ou par des civils n’ont pas cessé. Quarante-cinq personnes ont été tuées au cours des dix dernières années, dont trente-six abattues par des officiers de police», explique-t-il.

Suite aux événements d’octobre 2000, le gouvernement d’Ehoud Barak avait ordonné la mise en place d’une commission d’enquête officielle, sous la présidence du juge de la Cour suprême, Théodore Or, qui a rendu ses conclusions et recommandations le 2 septembre 2003.

«La commission Or a établi que la police avait traité les Arabes comme des ennemis et non comme des citoyens égaux» et avait «délibérément ouvert le feu contre les manifestants», rapporte Hassan Jabareen, directeur d’Adalah, un centre juridique qui représente les familles des victimes.

Elle avait ainsi recommandé de poursuivre certains membres des forces de l’ordre.

Pourtant, s’indigne Me Jabareen, «le procureur général a décidé de clore tous les dossiers en 2008, (…) considérant que les événements d’octobre 2000 étaient similaires à une situation de guerre et donc, que la police se trouvait dans un rôle militaire lui conférant une plus grande discrétion dans le choix des mesures à adopter.»

Tous les représentants de la communauté arabe constatent que le fossé entre les communautés juive et arabe s’est creusé. «Notre situation est devenue très dangereuse», estime Mohamed Zeidan. Il évoque le vécu au quotidien du «racisme, dans la rue, au travail, à l’université». Le président du Haut comité de suivi des citoyens arabes d’Israël résume le tout en parlant d’une «atmosphère fascisante».

Il suffit d’en juger, pointe-t-il, par les dernières enquêtes menées contre des représentants arabes à la Knesset, par l’arrestation de membres de la société civile,  ou par un ensemble de lois racistes qui tendent à se multiplier. «La minorité est en danger», renchérit Jamal Zahalka, évoquant la confiscation des terres ou la loi contre la commémoration de la Nakba.

«Avant octobre 2000, commente Me Jabareen, les politiques étaient discriminatoires mais la loi restait silencieuse. Au cours des dix dernières années et surtout depuis 2003, avec le début de la construction du mur *, on a vu apparaître des lois s’attaquant directement aux citoyens arabes d’Israël».

Il évoque notamment la plus connue d’entre elles, la loi sur la citoyenneté de 2003 qui interdit toute réunification familiale entre un Israélien et son conjoint, si ce dernier réside en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, ou dans un “pays ennemi” (seuls les citoyens juifs d’Israël ont voix au chapitre pour dire quels sont les “pays ennemis”, il va sans dire).

Sur le plan économique et social, l’une des discriminations les plus criantes est «l’accent mise sur le critère du service militaire dans l’allocation de bénéfices sociaux et économiques». Un critère choisi, bien évidemment, parce qu’il est impossible aux Arabes d’Israël d’y satisfaire, puisqu’ils ne peuvent servir dans l’armée.

Environ 45% population  de la population arabe israélienne vit dans la pauvreté (un chiffre encore plus élevé chez les enfants : 57%). Seulement environ 20% des femmes arabes israéliennes ont un emploi. Bien que le chiffre pour les hommes arabes israéliens soit plus élevé – 60%  – ils occupent presque exclusivement des emplois manuels, souvent pénibles, et beaucoup licenciés entre 40 et 45 ans sans aucun espoir de retrouver un autre travail.

L’état israélien dépense quatre fois plus (per capita) pour l’enseignement des enfants juifs que pour celui des enfants de la minorité arabe (pour plus de détails voir ici). Les transports publics sont soit totalement absents ou insuffisants dans environ 80% des villes et villages arabes d’Israël (car il y a aussi une ségrégation spatiale radicale), et le surpeuplement des logements dans ces communautés est de 70% plus élevé que dans les communautés juives.

«La seule démocratie du Moyen-Orient»… pour les juifs seulement.


* le mur de l’apartheid construit sur la majeure partie de son tracé à l’intérieur de la Cisjordanie.

 

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