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Gideon Levy (Haaretz) : tout va bien en Israël, comme tout allait bien à bord du Titanic…

Je suis un « bon garçon » typique de Tel Aviv, un produit banal du système éducatif israélien. Je ne viens pas d’une famille engagée et j’ai fait mon service militaire quand j’ai eu l’âge. J’ai même fait pire que ça : j’ai travaillé pour Shimon Perès pendant quatre ans… Pendant tout ce temps, on m’a dit que les Arabes étaient mauvais et cherchaient à nous détruire, qu’Israël était David et faisait face au Goliath Arabe. J’ai écouté Golda Meir quand elle disait qu’après la Shoah, les Israéliens pouvaient tout se permettre. J’aurais dû rester dans cet état d’esprit, normalement. Mais voilà, je suis allé dans les territoires palestiniens, j’y ai rencontré des gens, et j’ai évolué du tout au tout. Depuis 25 ans j’essaye de raconter au peuple israélien une histoire qu’il ne veut pas entendre.

L’homme qui parle s’appelle Gideon Levy. Il est journaliste au quotidien Haaretz, le seul titre de la presse israélienne qui ouvre ses colonnes à des opinions discordantes sur le conflit israélo-palestinien. C’est donc forcément là qu’avec Amira Haas et quelques autres il a trouvé refuge, et publie une chronique hebdomadaire sous le titre « Twilight zone » (Zone d’ombre), et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne caresse pas les lecteurs israéliens dans le sens du poil. C’est aussi un modeste, qui trouve qu’il n’a pas grande influence sur l’opinion dans son pays – “J’essaie de raconter au peuple israélien une histoire qu’il ne veut pas entendre” , dit-il – mais ne dévie par d’un iota.

Voici une petite vidéo qui donne une idée assez claire de son état d’esprit à propos de l’état de la société israélienne :

La maison d’édition « La Fabrique » vient de publier un recueil de ses articles publiés entre 2006 et 2009 à propos de Gaza.

Le diagnostic de Gideon Levy est sans concession : les Israéliens vivent, en majorité, très confortablement. Ils sont prospères, la vie à Tel Aviv est merveilleuse, quoi qu’on en dise la sécurité est bien assurée, et par-dessus tout – dit-il – les Israéliens ont parfaitement bonne conscience, une excellente image d’eux-mêmes, ils sont intimement persuadés que l’armée israélienne est la plus morale du monde, et ils considèrent sincèrement qu’en tant que le “peuple élu” ils ont le droit de régner et de décider de façon brutale et sans aucune restriction du sort de 3,5 millions de Palestiniens.  Et enfin, plus que tout, ils s’imaginent que cela peut continuer indéfiniment ainsi ! 

La vie est donc belle en Israël, qui est une authentique démocratie pour des citoyens juifs (mais pour eux seuls). Elle est aussi agréable qu’elle l’était pour les passagers du Titanic.

Gideon Levy était jeudi (21 janvier) l’invité de l’émission “Là-bas si j’y suis” sur France-Inter (mise à jour : cette émission a depuis lors disparu de l’antenne de France-Inter).

Il vaut la peine de l’entendre parler de son presque homonyme, Bernard-Henry, ou de la manière dont il a été censuré par TF1 parce que ses propos étaient trop durs pour que la chaîne prenne le risque de laisser ses téléspectateurs les entendre…

Autrement dit, la liberté d’expression est mieux respectée en Israël – qui se définit éternellement comme un pays en guerre – que dans la France contemporaine, où règne « la réaction philosémite » (selon l’expression du philosophe franco-israélien Yvan Segré).
On peut doit écouter l’émission ici :

      G. LEVY - LA-BAS SI J'Y SUIS
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