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Grande-Bretagne : la limite floue entre le militantisme sioniste et l’action clandestine illégale au service d’Israël

Asa Winstanley

Le “Jewish Labour Movement” a agi comme une marionnette de l’Ambassade d’Israël [à Londres], révèle un document dont “The Electronic Intifada” a pu prendre connaissance.

Nous travaillons avec Shai, nous le connaissons très bien”, a déclaré la directrice de ce groupe, Ella Rose, à un reporter enquêtant sous couverture en 2016, démontre une transcription de leur conversation.

Shai Masot était un agent secret appartenant à l’ambassade israélienne en Grande-Bretagne, qui a été obligé de quitter le Royaume-Uni après qu’une enquête secrète d’Al Jazeera ait révélé l’an dernier ses manœuvres  visant à “démolir” un haut responsable du gouvernement britannique.

Dans une transcription d’une conversation que Ella Rose a eue avec un journaliste d’Al Jazeera qui utilisait le pseudonyme “Robin”, elle admet avoir travaillé en étroite collaboration avec Masot avant et après avoir été nommée directrice exécutive du mouvement travailliste juif.

La transcription contient des éléments qui n’ont pas été diffusés dans le cadre reportage diffusé en janvier 2017  par Al Jazeera, sous le titre “The Lobby”, qui a révélé les agissements de Masot et mis en lumière les activités des groupes pro-israéliens au Royaume-Uni.

Cette transcription révèle que le “Jewish Labour Movement” a piloté une délégation israélienne à la conférence du Parti travailliste en 2016 pour le compte de l’ambassade. Cette délégation fut mensongèrement présentée comme un groupe de jeunes militants israéliens de gauche. Mais dès le lendemain, un article du quotidien israélien Haaretz affirmait que «les agents israéliens ont utilisé des organisations juives britanniques d’une manière qui pourrait les constituer une violation de la loi britannique».

Liens étroits

Alors que l’article de Haaretz – qui cite un télégramme de l’ambassade israélienne à Londres – ne nomme explicitement aucun des groupes, la retranscription de la conversation entre Ella Rose et le journaliste infiltré de Al Jazeera suggère fortement que le mouvement travailliste juif pourrait être l’une de ces organisations.

La transcription révèle également que Ella Rose tourne en dérision le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et le ministre des Finances, John McDonnell.

Ella Rose n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Dans une séquence du film tourné clandestinement par Al Jazeera, visible ci-dessus, Rose dit que ses critiques, [qu’elle qualifie de “tristes branleurs” – NDLR] peuvent aller “mourir dans un trou”.

Le film montre également qu’elle avait précédemment été employée par l’ambassade [israélienne] et qu’elle travaillait avec ShaiElectronic Intifada a été le premièr à révéler ce fait.

Quelques semaines plus tard, Rose a tweeté une photo d’elle en train de poser avec l’ambassadeur israélien [à Londres] Mark Regev, disant qu’elle était “fière” d’avoir travaillé là-bas.

Dans une déclaration diffusée dans le film, le “Jewish Labour Movement” a affirmé à Al Jazeera qu’il “nie avoir travaillé en étroite collaboration avec Shai Masot”. Mais la transcription de septembre 2016, dont une grande partie ne figure pas dans le film, montre que la relation de Rose avec Masot et l’ambassade israélienne s’est poursuivie après son embauche par le “Jewish Labour Movement” en juillet de la même année.

Malgré ces dénégations, Masot semble avoir été un agent du ministère [israélien] des Affaires stratégiques, qui a crééé une organisation semi-clandestine qui mène des «opérations noires» israéliennes contre le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS). Son ministre est Gilad Erdan, proche allié du Premier ministre Benjamin Netanyahou.

Le directeur général du ministère est un ancien officier supérieur du renseignement militaire. La plupart de ses employés – dont les noms sont tenus secrets – sont issus des différentes agences d’espionnage israéliennes et disposent d’un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Mais comme l’a révélé Haaretz, le ministère israélien des Affaires étrangères a appris que le ministère des Affaires stratégiques «exploitait» des groupes au Royaume-Uni en violation de la loi britannique et s’est montré mécontent face à ce qu’il  a considéré comme une violation de ses prérogatives.

Salir Corbyn

Le “Jewish Labour Movement” est l’une des principales organisations au sein du Labour [le parti travailliste, dans l’opposition – NDLR] à faire campagne contre le chef du parti, Jeremy Corbyn, en affirmant sans cesse qu’il “a un problème majeur d’antisémitisme”.

Rose elle-même a organisé des formations sur l’antisémitisme à des groupes travaillistes locaux à travers le Royaume-Uni depuis 2016. Mais de nombreux membres juifs du parti travailliste n’acceptent pas la définition controversée de l’antisémitisme présentée dans ces formations, où on confond la haine des Juifs avec la critique d’Israël et de son idéologie d’État, le sionisme.


Cet article est un extrait d’un texte de Asa Winstanley publié par The Electronic Intifada le 12 avril 2018.

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