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A l’hôpital al-Wafa de Gaza, le matériel pour soigner les handicapés est sous les ruines

Isra Saleh el-Namey

Muhammad Refi a deux grandes ambitions. Il veut obtenir un diplôme d’ingénieur, et il veut créer un hôpital pour enfants handicapés. « Je ne veux pas qu’ils souffrent comme moi« , dit-il.

Ce garçon de 9 ans a subi une perte immense. Son père et huit autres membres de sa famille étendue ont été tués pendant l’attaque israélienne sur Gaza en 2014. Muhammad lui-même a été sérieusement blessé à la moëlle épinière. Il ne peut pas respirer sans l’aide d’un appareil de ventilation artificielle.

« Muhammad ne peut pas regagner sa maison car il a besoin de soins médicaux extrêmement spécialisés« , dit le Dr Abdullah Sakran, médecin à l’hôpital al-Wafa. Comme beaucoup d’autres constructions dans la quartier de Shujaiya à Gaza City, l’hôpital a été la cible de tirs d’artillerie israéliens l’an dernier.

Plus de 11.000 Palestiniens – dont 3.400 enfants – ont été blessés durant l’attaque de 2014 contre Gaza. Approximativement 10% des blessés conservent des séquelles définitives, selon le groupe de suivi de l’ONU, l’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs).

Une grande partie de l'équipement nécessaire pour traiter les personnes handicapées est sous les décombres de l'hôpital bombardé par Israël Much of the equipment needed to treat people with disabilities in al-Wafa Hospital was destroyed during the 2014 Israeli attack. Mohammed Asad APA images

Une grande partie de l’équipement nécessaire pour traiter les personnes handicapées est sous les décombres de l’hôpital bombardé par Israël – Mohammed Asad APA images

Une grande partie de l’équipement nécessaire pour traiter les personnes handicapées à al-Wafa a été détruite quand Israël a bombardé l’hôpital, en juillet de l’année passée. al-Wafa était le seul hôpital équipé pour la réhabilitation des handicapés moteurs à Gaza. Depuis l’attaque israélienne, les personnes handicapées et les personnes âgées doivent être traitées dans un établissement annexe. Qui plus est, les services de l’hôpital souffrent d’une limitation de l’aide internationale.

Le Dr Basman Alashi, directeur de l’hôpital, assure que les patients se battent pour payer leur traitement. Mais pratiquement 40% des habitants de Gaza vit dans la pauvreté, selon les données de la Banque Mondiale. Un peu plus d’un tiers seulement des 3,5 milliards de dollars qui ont été promis à Gaza en octobre 2014 lors de la conférence des pays donateurs au Caire a été effectivement débloqué.

L’équipe de l’hôpital al-Wafa dit qu’ils étaient capables de traiter 1.000 patients par jour. Depuis les destructions occasionnées par l’attaque israélienne, la capacité a été fortement réduite et il n’est plus possible de traiter que les cas les plus graves. « Ces circonstances désastreuses ont des implications négatives pour les personnes qui souffrent d’un handicap, qui ont la sensation d’être une charge supplémentaire pour leur famille et pour la société« , dit Alashi. « Ils ont un besoin désespéré de toute l’aide possible pour leur procurer des chaises roulantes et les béquilles« .

Parmi ceux qui sont traités à l’hôpital al-Wafa se trouve Suhaib Shalat, un enfant de trois ans qui fut gravement blessé lors d’un raid israélien sur sa maison dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de Gaza. Non seulement ce garçon a perdu sa mère, mais pour le reste de sa vie il n’aura plus qu’une mobilité réduite.

Muhammad Abu Jarad, 25 ans, de Beit Hanoun, un village au nord de Gaza City, a subi des blessures à la tête et à d’autres parties du corps durant l’attaque israélienne. Son audition est réduite, et il se déplace dans une chaise roulante. « J’ai été obligé d’attendre plus de huit mois pour recevoir une chaise roulante et pouvoir recommencer à vivre« , dit-il. Mais en raison de ses blessures, Abu Jarad a été contraint d’abandonner ses études. Ses espoirs d’obtenir un diplôme d’histoire à l’Université islamique de Gaza se sont envolés. Et il n’a pas été autorisé à sortie de la bande de Gaza pour recevoir des soins.

Entre la fin d’octobre 2014 et le milieu de ce mois, le passage de Rafah vers l’Égypte – la seule porte d’entrée et de sortie pour la plupart des 1,8 million d’habitants – a été ouvert  pendant seulement 34 jours. La fermeture permanente du passage a eu un impact sur 30.000 personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire, selon les estimations de l’OCHA.

« Je voulais aller à l’étranger pour recevoir un meilleur traitement médical« , dit Abu Jarad. « Mais ils m’ont refusé ce droit légitime« .


Cet article a été publié par The Electronic Intifada le 21 octobre 2015
Traduction : Luc Delval
Isra Saleh el-Namey est journaliste à Gaza

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