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Gaza : les fins de mois difficiles de l’UNWRA et l’hypocrisie des pays occidentaux

L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNWRA) a été obligée, la semaine dernière, de fermer ses bureaux dans la ville de Gaza, dont les accès étaient bloqués par des manifestants, se disant révoltés par les brutales réductions des programmes d’aide d’urgence. Les manifestants, rapporte l’agence de presse palestinienne Ma’an, avaient physiquement obstrué les accès des bâtiments de l’UNWRA avec des véhicules après l’annonce que des milliers de Palestiniens allaient être rayés des listes des bénéficiaires de l’aide alimentaire.

Le porte-parole de l’UNWRA, Chris Gunness, a déclaré que c’est la forte baisse des financements assurés par les pays donateurs qui impose la limitation des aides essentielles à la population de Gaza. Selon Chris Gunness, cité par Ma’an, l’action des manifestants est « contre-productive » car en empêchant des centaines d’employés de l’UNWRA de travailler ils font en réalité du tort aux plus défavorisés parmi les Palestiniens de toute la Bande de Gaza, au nom de qui ils disent se battre.

Initialement, explique Chris Gunnes, l’UNWRA avait sollicité 300 millions de dollars auprès des pays donateurs, mais le manque de réponses favorables l’avait obligé à réduire ses demandes de moitié, à 150 millions de dollars. Mais même ce budget réduit n’a pas pu être atteint : il manque encore 35 millions de dollars.

Le programme original estimé à 300 millions de dollars devait, pour l’essentiel, permettre d’apporter une assistance alimentaire à 600.000 personnes, de créer des emplois pour 53.000 personnes, de donner des compléments de revenus à 300.000 personnes vivant dans des conditions d’extrême pauvreté (moins de 1,6 dollar de revenu par jour), et une aide de base aux infrastructures publiques de santé publique, indique Chris Gunnes.

A partir du mois de juillet, l’UNWRA a été obligée, faute d’argent, de réduire les programmes d’emploi de 10.000 à 6.500 contrats, et de mettre fin à son programme appelé « back to school » (« retour à l’école ») qui permettait d’apporter une aide financière de 29,44 dollars aux 200.000 jeunes Palestiniens scolarisés dans les établissements gérés par l’UNWRA.

Et, avertit le porte-parole, si l’UNWRA n’obtient pas des pays donateurs des moyens supplémentaires, d’autres restrictions devront inévitablement être décidées à brève échéance.

Selon lui « le manque de volonté des donateurs pour financer l’UNWRA fait directement peser une menace sur la stabilité du Moyen-Orient« , car il va entraîner, à deux pas de la frontière israélienne, des tensions entre l’agence de l’ONU et la population à un moment où la région connaît déjà un climat particulièrement électrique…

« Le problème réel, dit Chris Gunnes, c’est que l’UNWRA demande aux donateurs de lui apporter des fonds d’urgence qui permettent d’atténuer les effets de la punition collective illégalement infligée par Israël à une population de 1 million et demi de personnes. Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a qualifié le blocus « de violation caractérisée du droit international », un fait par rapport auquel il faut de la transparence et que chacun assume ses responsabilités.

Du point de vue de l’UNWRA, il serait préférable que les pays et les organisations qui sont en mesure de le faire exercent les pressions nécessaires pour que cesse cette punition collective, plutôt que de donner de l’argent à l’UNWRA pour pouvoir faire face, tant bien que mal, à ses conséquences désastreuses. Nous préférerions de loin consacrer l’argent et nos efforts à des programmes de développement humain – particulièrement dans le domaine de l’éducation – qui contribueraient à améliorer la stabilité dans la région, plutôt qu’à des programmes d’urgence en réponse à une punition collective illégale et déstabilisatrice. Il vaudrait mieux porter remède aux causes, à savoir la punition collective, qu’aux effets. »

Quant à la décision de rayer 100.000 bénéficiaires des aides alimentaires des listes, Chris Gunnes la justifie en disant que l’UNWRA s’est doté de moyens lui permettant de mieux s’assurer que par le passé que les aides vont à ceux qui en ont le plus besoin, à savoir « les plus pauvres parmi les pauvres« , et d’éviter que l’aide profite à ceux qui n’en ont pas réellement besoin.

D’ailleurs, dit-il, parmi ceux qui ont été rayés des listes, rares sont ceux qui se sont plaint. Le nouveau système a d’ailleurs permis de doubler les rations alimentaires distribuées aux 300.000 réfugiés les plus pauvres, et des milliers de familles qui dans l’ancien système étaient exclues du bénéfice des aides alors qu’elles sont dans une situation de grande précarité vont désormais être aidées.

Le discours du porte-parole de l’UNWRA a le grand mérite de mettre les « point sur les i » en ce qui concerne les responsabilités dans la situation actuelle. Il souligne aussi à quel point le discours des dirigeants européens est incohérent et hypocrite, notamment quand ils accusaient les militants de la « Flottille de la liberté II » d’être une source de tensions, des « provocateurs », alors que dans le même temps ils refusent d’admettre que c’est la politique criminelle d’Israël qui entretient et aggrave ces mêmes tensions, et d’en tirer les conclusions logiques qui s’imposent : des sanctions contre Israël pour lui imposer le respect de la légalité internationale.

 

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