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Gaza Freedom March” : le régime égyptien au service d’Israël

Le régime égyptien a totalement verrouillé l’accès à la Bande de Gaza pour empêcher le déroulement de la “Gaza Freedom March”, et en tous cas interdire la participation des 1.400 personnes venues du monde entier. La majorité de celles-ci ne se sont pas pour autant laissées démobiliser, et ont multiplié au Caire les manifestations pacifiques.

A quelques heures de l’année nouvelles, elles occupaient Tahrir Square, bien décidées à y rester.

La police égyptienne s’est employée à empêcher autant que possible tout contact entre les participants à la “Gaza Freedom March” et la population égyptienne, sans y parvenir entièrement. Ali Abunimah témoignait par exemple sur son blog,  que des Égyptiens faisaient passer des sacs de nourriture et des boissons aux manifestants par-dessus les cordons de la police anti-émeutes. Il relevait aussi que les “internationaux” ont bénéficié d’une latitude de s’exprimer publiquement à propos de la Palestine dont les Égyptiens eux-mêmes ne pourraient user sans s’exposer à de sérieux risques.

Il y a eu quelques heurts, heureusement (pour autant qu’on sache) sans gravité :

La soixantaine de Belges qui participent à la “Gaza Freedom March” sont toujours bloqués au Caire, les autocars qui devaient les conduire vers la frontière de la Bande de Gaza étant empêchés par les autorités égyptiennes de quitter la ville. On se souvient que lundi soir plusieurs de ces cars ont été interceptés par la police à Ismaïlia, et – après avoir été retenus sur place pendant plusieurs heures – reconduits vers Le Caire sous escorte.

Dans la capitale égyptienne, de nombreuses manifestations se sont déroulées au cours des trois derniers jours, depuis la grève de la faim entamée par une survivante juive de la Shoah, Edy Epstein, âgée de 85 ans, en compagnie d’une vingtaine d’autres personnes (voir la première photo ci-dessous), jusqu’à de multiples rassemblements devant les locaux de l’ONU, devant l’ambassade de France, devant celle des États-Unis,…

 

Manifestations souvent “très combattives”, selon des messages qui nous sont parvenus, au cours desquelles on a entendu des slogans contre le “mur souterrain” que l’Égypte, avec l’aide des États-Unis et de l’Europe, construit pour tenter d’isoler la Bande de Gaza encore davantage, mais aussi contre le régime autoritaire et réactionnaire de Moubarak. Une manifestations organisée par des avocats égyptiens a également eu lieu, afin notamment de protester contre la visite du premier ministre israélien Netanyahou au Caire.

Ainsi, au cours de cette manif devant le syndicat des journalistes égyptiens, le slogan vedette était : “Free free Palestine, free free Egypt”

A l’ambassade des États-Unis, mardi, la police anti-émeutes a été déployée pour “protéger” les bâtiments diplomatiques des ressortissants U.S. venus manifester leur mécontentement et réclamer le soutien de leurs représentants nationaux – lettres de soutien de quelques membres du Congrès des États-Unis, dont John Kerry (ancien candidat à la présidence), à l’appui. Après des heures de palabres, une délégation des manifestant a été reçue à l’ambassade.

Les participants venus de France ont quand à eux obtenu – après des heures de “sit-in” – de leur ambassade la garantie qu’elle interviendrait pour garantir leur sécurité en cas de problèmes sérieux avec les forces de l’ordre égyptiennes.

Les participants belges ont souhaité obtenir une prise de position similaire de la part de l’ambassadeur de Belgique. Après un contact téléphonique, un rendez-vous a été fixé, mais à leur grand étonnement ils ont reçu un accueil particulièrement glacial de la part du Consul Romein.

Pour l’essentiel, ils ont pu entendre – debout dans une salle d’attente – ce diplomate amidonné leur répéter que les autorités diplomatiques belges déconseillent de voyager vers Gaza pour des raisons de sécurité, et qu’on ne pouvait donc que leur conseiller d’annuler leur voyage. La Belgique entretient donc au Caire un Consul pour qu’il répète ce qu’on peut lire sur le site web du ministère des Affaires étrangères à l’intention des touristes, qu’il est semble-t-il incapable de distinguer d’autres catégories de voyageurs…

Le Consul s’est au surplus refusé à donner la moindre assurance quant au fait que les autorités belges intervien­draient auprès des autorités égyptiennes en faveur de leurs ressortissants si ceux-ci rencontrent des problèmes. Mais, dans sa grande bonté, il les a autorisés à “passer un coup de fil” dans pareille hypothèse. Bref, un de ces bureaucrates bornés dont les Affaires étrangères regorgent…

Quoi qu’il en soit, la participation des 1.400 “internationaux” à la manifestations programmée pour le 31 décembre semble fort compromise, à moins qu’un véritable changement de position égyptien interviennent encore ce mercredi.

L’Agence France Presse a indiqué mercredi matin que l’Égypte autorisera une délégation d’une centaine de participants à pénétrer à Gaza, ce qui aurait pu constituer un premier pas. Mais la majorité des participants ont rejeté cette proposition, estimant que l’entrée dans la Bande de Gaza de deux autocars serait utilisée par le gouvernement égyptien à des fins de propagande. Néanmoins, deux autocars avaient pris la route en direction de Gaza… avant d’être refoulés vers Le Caire au moment où ils atteignaient le canal de Suez (voir ici).

Les organisateurs de la “Gaza Freedom March” continuent à réclamer purement et simplement l’ouverture de la frontière. Ils en appellent à une intensification de la pression en ce sens par les canaux diplomatiques. « Nous refusons carrément cette offre purement symbolique de la part du gouvernement égyptien. Nous refusons de maquiller la réalité du siège de Gaza. Nous continuerons à travailler pour que les 1.362 marcheurs et marcheuses puissent tous et toutes entrer à Gaza, faisant ainsi un pas vers le but ultime d’en finir avec le siège de Gaza et de libérer la Palestine » a affirmé Ziyaad Lunat, membre du Comité de coordination de la Marche.

 

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