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« Free Mustapha » : Ses amis exigent la libération d’un Belge d’origine palestinienne emprisonné en Israël

Helen Goedgebeur

Mustapha Awad, un artiste belge d’origine palestinienne, a été arrêté à la frontière israélienne, car il était soupçonné de terrorisme. Mais, selon son avocate belge, il n’y a aucune raison de croire qu’Awad a commis ou avait l’intention de commettre le moindre acte terroriste. « Il a d’abord subi un interrogatoire de vingt heures d’affilée, mais lui-même n’a jamais pu voir son dossier. » Ses amis ont lancé une pétition : « Free Mustapha ».

Voici quelques semaines, Mustapha Awad décidait de se rendre en Palestine, la terre de ses grands-parents. « Plus tôt, il avait déjà fait une première tentative de se rendre dans sa patrie d’origine, mais il avait été refoulé », explique son avocate belge Joke Callewaert. « Cette fois, il comptait faire une seconde tentative. »

Le jeudi 19 julillet, Awad franchissait le pont Allendy entre la Jordanie et la Cisjordanie, à la frontière jordano-palestinienne. Il y était arrêté par les autorités israéliennes, qui contrôlent très sévèrement leurs frontières.

Depuis lors, Mustapha Awad a subi des interrogatoires dans une prison israélienne. « J’ai d’abord pensé qu’ils allaient le détenir administrativement durant 35 jours, pour l’interroger et le libérer ensuite », déclare Callewaert. Mais, jeudi dernier, Awad a été mis en accusation pour terrorisme. « Nous ne savons même pas pourquoi », ajoute Callewaert. « Il a un casier judiciaire absolument vierge. »

Dans les médias israéliens, on peut lire que l’homme est suspecté d’affiliation au FPLP, le Front populaire de libération de la Palestine, considéré comme un groupe terroriste. Et, peut-on encore lire, il aurait sans doute suivi des formations militaire auprès du Hezbollah, un mouvement de résistance contre Israël, et avoir eu l’intention de commettre un attentat terroriste en Israël.

Dimanche 2 septembre, il sera décidé si Mustapha Awad restera plus longtemps encore en détention provisoire. Il est possible que, plus tard, il doive comparaître devant un tribunal militaire.

Qui est Mustapha Awad ?

Mustapha Awad est né en 1982 dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban. Ses parents sont eux-mêmes des réfugiés palestiniens qui, aujourd’hui encore, résident dans ce camp – qui, pour toute clarté, n’est pas constitué de tentes, mais bien d’habitations.

À l’âge de vingt ans, Mustapha Awad décidait de venir dans notre pays. Il y entamait une procédure en vue de se voir accorder la nationalité belge, qu’il obtenait effectivement voici deux ans environ. Awad habite Alost où, entre autres, il siège au Conseil de la Coopération internationale au développement.

L’homme fait également partie d’un groupe qui danse le debkeh, une danse traditionnelle palestinienne. Avec ce groupe, Mustapha se produit régulièrement afin de soutenir la cause palestinienne en tant qu’artiste. Selon Callewaert, ce pourrait être la raison pour laquelle Mustapha Awad a été arrêté. « Les services de police auraient pu retrouver cette information via Facebook. »

En Israël, il est permis d’interroger les gens en les soumettant à de fortes pressions

Joke Callewaert a beau être l’avocate de Mustapha dans notre pays, en Israël, Mustapha s’est vu imposer un avocat pro deo pour assurer sa défense. « Dès que nous avons su qu’il avait été arrêté pour terrorisme, j’ai décidé de faire désigner un autre avocat. » Mais lui non plus – à l’instar de Mustapha Awad lui-même – n’a pas encore eu accès au dossier. « Il n’a même pas encore reçu d’acte de mise en accusation de la part du juge d’instruction. Souvent, en Israël, on prend des décisions sur base de dossiers secrets. C’est un système absurde dans lequel les droits de la défense sont très limités. »

De notre pays, Mustapha a toutefois reçu une assistance consulaire.

Callewaert elle-même n’a pas encore pu contacter verbalement son client. « Il ne peut pas téléphoner depuis la prison, même pas à ses amis et à sa famille en Belgique. »

C’est pourquoi Callewaert envisage elle-même de se rendre en Israël afin de lui rendre visite, « car il est difficile de comprendre à distance de quoi il retourne exactement. Et, de plus, je ne pourrai pas plaider personnellement, car je ne parle pas un mot d’hébreu. »

En Israël, il est permis d’interroger les prisonniers en les soumettant à des pressions. « On peut y recourir à des techniques d’interrogatoires très lourdes, et même extrêmes », déclare Callewaert. « Ainsi, j’ai appris des médias sur place que, la toute première fois déjà, il aurait été interrogé durant vingt heures d’affilée. Dans quelle mesure est-ce de la torture ou pas, voilà une question sur laquelle le juge devra s’exprimer. »

Dans la presse israélienne, on a appris entre-temps qu’Awad avait fait des aveux complets. « Mais cela me semble bizarre », déclare son avocate. Elle n’est guère optimiste sur son sort. « Je crains qu’il ne soit lourdement condamné et que les droits de la défense ne soient pas respectés. »

La pétition « Free Mustapha » compte déjà 1 400 signatures

Les amis de Mustapha ont désormais lancé une pétition afin de le soutenir et de réclamer sa libération. Elle a déjà été signée par près de 1 400 personnes. 1. Tous craignent que Mustapha ne soit victime de la torture. Cette semaine, le comité de soutien a également été reçu au ministère des Affaires étrangères.


Publié sur le 24/8/2018 sur VRT/NWS
Traduction : Jean-Marie Flémal

Vous trouvez ICI le lien pour signer la pétition

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Notes   [ + ]

1. Des signatures, récoltées en quatre jours de temps, pendant le WE, en plein période de congé. Le Comité Free Mustapha continue la collecte de signatures. Merci de signer, vous aussi. NDLR

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  1. Campaign grows to free Belgian artist Mustapha Awad as labor unions, parliamentarians sign on - Samidoun: Palestinian Prisoner Solidarity Network

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