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France : Un militant BDS plusieurs fois menacé de mort

Nadir Dendoune

Des méthodes de lâches qui malheureusement deviennent de plus en plus fréquentes. Depuis décembre 2016, Mehdi Belmecheri Rozental, 25 ans, responsable des questions internationales à la Jeunesse communiste (JC) et ardent défenseur de BDS, la campagne de boycott visant à obliger l’Etat d’Israël à respecter le droit international, est menacé de mort régulièrement par téléphone.

Mehdi Belmecheri Rozental

Cadre de la JC, son numéro se trouve assez facilement. « Je reçois jusqu’à une dizaine d’appels dans la journée », précise-t-il.  « C’est souvent le même procédé. Ils piratent le numéro de quelqu’un et m’appellent ensuite sur mon portable », continue Mehdi. 
« On me dit alors qu’on va me tuer, me poignarder, voire m’étrangler avec un keffieh », témoigne-t-il indigné. 

Faute de courage, les appels sont toujours anonymes, mais pour Mehdi, il n’y a pas de doute : elles émanent des milieux extrémistes pro-israéliens.  « Je ne suis pas le seul à être dans ce cas. Beaucoup de militants subissent également d’énormes pressions », avance ce dernier. 

On se rappelle encore de la mésaventure de Pierre Stambul. En juin 2015, ce responsable de l’Union juive française pour la paix (UJFP), militant pro-palestinien, avait reçu une visite musclée du Raid, l’unité d’élite de la police, à son domicile marseillais après une fausse dénonciation, accusé d’avoir assassiné sa compagne. La présence de sa femme à ses côtés n’avait pas empêché les policiers de menotter Pierre Stambul avant de l’emmener au commissariat. Il sera gardé à vue pendant sept heures.

Les soucis de Mehdi Belmecheri Rozental, originaire du Val de Marne démarrent donc en décembre dernier, quelques jours après avoir participé à une « action BDS » dans un centre Leclerc à Vitry-sur-Seine (94).  « Pourtant, nous n’usons jamais de violence. Ce jour-là, dans le magasin Leclerc, nous avions juste alerté la population sur la provenance de certains produits. Il y en avait qui étaient issus des colonies israéliennes. Pour nous, il s’agit ici juste de liberté d’expression », dit Mehdi, conscient néanmoins de la difficulté de militer en France pour BDS.

En 2010, Michèle Alliot-Marie, alors garde des Sceaux, avait diffusé une circulaire réclamant que soient systématiquement poursuivis devant la justice les auteurs d’appels au boycott contre Israël. Une exception française.

En Norvège, c’est plutôt l’inverse. Il y a quelques années, deux entreprises participant à l’installation de colonies en territoire palestinien avaient été bannies par le fonds souverain. Au Pays-Bas, une société de gestion de fonds de pension avait rompu avec cinq banques israéliennes, toujours en lien avec les colonies. Aux États-Unis, tout le monde est libre d’appeler au boycott.(1)

En décembre 2013, le syndicat de chercheurs et d’enseignants American Studies Association avait même approuvé un appel au boycott universitaire d’Israël. Le 30 août de la même année, la Bolivie a placé Israël sur sa liste des États terroristes…

Mehdi Belmecheri Rozental a porté plainte à plusieurs reprises au commissariat. Pour l’instant, en vain. « Je n’ai pas l’impression que mon affaire soit prise au sérieux par les autorités », dénonce-t-il. 

Et pourtant, les menaces augmentent en intensité. Il y a quelques semaines, les hackers ont réussi à pirater le numéro du jeune homme et ont appelé son employeur. « Ils se sont fait passer pour la police pour dire que mon corps avait été retrouvé au fond de la Seine », raconte Mehdi. « Mon patron était paniqué ». 

Depuis, le militant communiste a prévenu tous ses proches au cas où ils recevraient des appels de ce genre. « Je n’ai pas oublié la mort de Thierry Le Corre », dit gravement le jeune homme. 
En 2014, Ulcan, de son vrai nom Grégory Chelli, célèbre hacker franco-israélien, recherché par la police française, actuellement exilé en Israël, avait usurpé l’identité du père du journaliste de Rue 89 Benoît Le Corre. Il avait alors appelé le commissariat de sa commune pour leur dire qu’il venait de tuer femme et enfant, provoquant l’irruption du GIGN chez lui en pleine nuit. Quatre jours plus tard, Thierry Le Corre tombait dans le coma et décéda deux mois plus tard. 

Le 19 mars, Mehdi était présent à la Marche pour la Justice et la Dignité à Paris. Pendant la manifestation, il a reçu d’autres coups de fil, lui annonçant qu’il était suivi. « J’ai d’abord cru à un coup de bluff mais dans la soirée, j’ai reçu de nouveaux appels. Ils décrivaient de manière précise mes allers-retours dans la manifestation ou la façon dont j’étais habillé. Et puis, ils m’ont expliqué qu’il ne me restait plus que quelques jours a vivre » commente dépité Mehdi. 

Peu importe les menaces, Mehdi ne lâchera rien. « Ces groupuscules ultra-sionistes reproduisent en France les méthodes fascistes du gouvernement israélien. Derrière leur haine, nous voyons leur peur. Ils ont peur de la campagne BDS qui ne cesse de prendre de l’ampleur », lâche-t-il fièrement. « Alors, on va redoubler d’effort », conclut Mehdi.


(1) Attention ! (Ndlr du site) : aux États-Unis : près de la moitié des état qui composent les États-Unis ont adopté des mesures anti-BDS, ou envisagent de le faire.  Il s’agit le plus souvent de lois votées par le parlement de l’état interdisant à celui-ci de passer des marchés avec des “entités” qui boycottent Israël, s’expriment en faveur de BDS, ou de les subventionner (notamment les universités) etc… Beaucoup ont étendu l’interdiction de boycott aux entreprises israéliennes installées dans “les territoires contrôlés par Israël”, ce qui est donc une reconnaissance de la légitimité de la colonisation des territoires palestiniens, totalement en contradiction avec la position constante des États-Unis depuis 1967 (au moins en théorie).

Publié le 24 mars 2017 sur le Courrier de l’Atlas

 

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