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France : pas si « super » que ça, les drones israéliens commandés

Nous avons évoqué, il y a une dizaine de jours, l’achat par la France de « super-drones israéliens« . Dans sa dernière livraison (3/8) « Le Canard enchaîné » revient en détail sur ce marché, sous la signature de Claude Angeli, qui est toujours remarquablement informé sur les dossiers ayant trait à la défense et aux services secrets.

Même si on sait le régime Sarkozy très philo-sioniste, ce ne serait pas tant pour complaire à Israël que pour garnir le carnet de commandes de Dassault que la France aurait fait ce choix, pourtant très contesté par les militaires français, selon Claude Angeli.

Le patron de Dassault, faut-il le rappeler, n’est autre que Serge Dassault, fils du fondateur du groupe, Marcel Bloch-Dassault (« gaulliste historique », rescapé du camp nazi de Buchenwald) et sénateur UMP, qui est aussi propriétaire du quotidien « Le Figaro » (surnommé « La Pravda » dans les rédactions parisiennes). Serge Dassault, la tête d’une des plus grosses fortunes de France, et le moins qu’on puisse dire est qu’il en connait un rayon en ce qui concerne le financement des campagnes électorales : s’il ne fait pas dans la finesse, il sait délier les cordons de sa bourse…

C’est que le groupe Dassault est un peu, et même beaucoup, à la peine dans le secteur militaire, puisqu’à ce jour il n’a toujours pas vendu le moindre exemplaire de son chasseur-bombardier « Rafale« , beaucoup trop cher à l’achat comme à l’usage, à l’étranger.

Quant au secteur des avions sans pilote, ou « drones », Dassault a complètement « raté le coche » : quand les militaires U.S. ont commencé à montrer fièrement les leurs, les ingénieurs du groupe aéronautique français les ont qualifiés de « gadgets sans avenir« . La recherche-développement n’a donc pas du tout été orientée dans cette direction, et la France est actuellement bien incapable de produire des drones qui puissent supporter la comparaison avec ce qui se fait ailleurs.

C’est donc sans crainte du ridicule que dans le dossier dont il est maintenant question, l’Élysée et le Ministre de la Défense Nationale ont mis en avant des considérations de « souveraineté nationale » pour justifier leur choix. Car, en France, cet achat d’engins israéliens a été présenté comme un marché confié à Dassault. En fait, précise Angeli, « ce ne sont pas les bureaux d’études ni les ingénieurs de l’avionneur français qui produiront les drones en question, mais la société Israel Aerospace Industries. Des Heron TP de 26 mètres d’envergure livrés «en kit» à partir de 2014, auxquels Dassault ajoutera sans doute un peu d’électronique« … et un « petit pourcentage » sur le prix.

« Souveraineté nationale« , my foot à moins qu’il s’agisse d’apporter une nouvelle preuve qu’Israël étend la sienne jusqu’aux bords de la Seine !

Or, toujours selon Claude Angeli, la technologie israélienne est loin de pouvoir rivaliser avec celle de certains appareils « made in U.S.A. », dont les militaires français ont pu apprécier le raffinement notamment lors de la récente prise en otage de journalistes français en Afghanistan. Qui plus est, la livraison des drones d’origine israélienne revisités par Dassault sera étalée entre 2014 et 2016, alors que les délais de livraison du drone étatsunien « Reaper« , qui est produit en série, sont bien moindres et que surtout qu’il est trois fois moins cher tout en étant plus performant.

« Le Canard enchaîné » fait encore remarquer que le marché des futurs drones de l’armée française a été conclu sans l’appel d’offres qu’exige le « code des marchés publics » français, et qu’il n’y a eu aucune consultation du Parlement. Mais on n’entend pas de protestations, y compris à gauche.

C’est peut-être parce que, rappelle Claude Angeli, les premières commandes de drones par l’armée française avaient été passées en 1994 à l’initiative du Ministre de la Défense de l’époque, François Léotard. Celui-ci, sans se soucier le moins du monde de l’avis des militaires et sans consulter la firme française SAGEM qui aurait pu proposer un autre appareil qu’elle exportait déjà, avait passé commande pour quatre « Hunter » à – selon les termes employés par des officiers à la retraite cités par Claude Angeli – « ses amis israéliens« , et qu’en 2001 le premier ministre « socialiste » Lionel Jospin et son ministre de la Défense, Alain Richard, avaient persévéré dans la même voie philo-sioniste en commandant quatre « Harfang » pourtant « déjà dépassés par une nouvelle version du Prédator US« .

La toute récente décision du gouvernement Sarkozy se situe donc dans le prolongement de ce qui commence à ressembler furieusement à une tradition : quand il s’agit de se doter d’avions sans pilote, la France achète, quelque soit le gouvernement :

  1. très cher,
  2. pas tellement performant
  3. mais surtout israélien !

L.D.

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