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Football israélien, racisme et politique : la face peu reluisante du «beau jeu»

Jonathan Cook

«Selon les critiques, l’intégration croissante d’Israël aux compétitions européennes, malgré son refus de négocier sérieusement la paix avec les Palestiniens, de respecter les droits de l’homme et de mettre un terme aux colonies illégales, est contraire aux valeurs sportives et devrait susciter une opposition internationale du même genre que celle qu’a suscitée l’Afrique du Sud de l’apartheid, écrit Jonathan Cook.

Une douzaine d’adolescents palestiniens du village cisjordanien de Bil’in, s’avancent vêtus de maillots du FC Barcelone, ne différant en rien de milliers d’autres fans d’un des plus grands clubs de foot du monde. Mais, quelques instants plus tard, dans l’ombre de l’opprimant mur de béton, le groupe se débarrasse de ses maillots et les étalent sur les barbelés tranchants que l’armée israélienne a déroulés autour du village. Les jeunes mettent ensuite le feu aux maillots.


Cette protestation, captée quelques jours plus tôt sur une vidéo de YouTube (ci-dessus), est l’une parmi tant d’autres des Palestiniens et de leurs supporters internationaux quand ils manifestent leur opposition à l’intégration croissante d’Israël aux football mondial, au détriment, disent les Palestiniens, de leurs propres ambitions sportives.

Israël célèbre son plus grand événement footballistique de tous les temps, cet été, en accueillant pour la première fois un important tournoi international, le Championnat d’Europe des moins de 21 ans. La décision de sélectionner Israël comme pays d’accueil a été prise par l’Union européenne de football association (UEFA), la fédération officielle du foot européen.

De nombreux observateurs ont été surpris qu’à un moment où Israël refuse de reprendre les pourparlers de paix, il est si chaudement choyé par le football international.

« Le football est un véhicule efficace pour permettre à Israël de réhabiliter son image de marque auprès de la communauté internationale », a déclaré Tamir Sorek, un sociologue israélo-palestiniens de l’Université de Floride qui a beaucoup écrit sur le football israélien. « Un grand événement sportif est une occasion idéale, pour Israël, de se faire passer pour un pays normal. »

C’est précisément ce scénario qui frustre les Palestiniens : ils craignent qu’Israël n’exploite le football comme une façon de détourner l’attention de son occupation des Territoires palestiniens et de son dérangeant palmarès de racisme anti-arabe, tant dans les gradins que dans les vestiaires.

Ce qui a déclenché ce brûlage de maillots, c’est une annonce du président du club de Barcelone, Sandro Rosell, disant que son équipe avait l’intention de jouer un match amical contre une équipe mixte israélo-palestinienne à Tel-Aviv, fin juillet, « afin d’aider les deux peuples à conclure la paix ».

Le FC Barcelone a particulièrement irrité les Palestiniens en octobre dernier lorsque Rosell a fait de Gilad Shalit, un soldat israélien capturé par le Hamas et détenu durant cinq ans à Gaza, un invité d’honneur lors d’un match de son équipe.

Des dizaines de clubs palestiniens ont écrit à Rosell : « Plus de 5.000 prisonniers politiques palestiniens continuent à croupir dans les prisons israéliennes, dont un grand nombre en isolement, ou privés de visite, ou en grève de la faim sans qu’on se soucie ou s’inquiète de les relâcher. »

Rosell a parlé de son intention de match amical lors d’une visite en Israël en février, au moment où il était flanqué de Shimon Peres, le président du pays. Les responsables palestiniens, en fait, n’ont été consultés que le lendemain, lorsque Rosell s’est rendu à Ramallah.

Jibril Rajoub, un ancien chef des services de sécurité du Fatah, aujourd’hui président de la Fédération palestinienne de football association, semblait carrément mal à l’aise lors d’une conférence de presse commune. Peu de temps après, il rejetait la proposition. « Les conditions ne sont prêtes pour cette idée », a-t-il dit aux journalistes. « Israël ne nous reconnaît même pas comme une entité sportive. »

Un haut responsable des sports à Ramallah, qui a préféré garder l’anonymat, a été plus expéditif encore : « Cette proposition est un désastre pour nous et un rêve pour Israël. Israël obtient de redorer son blason en utilisant le cliché disant que le football peut unir les peuples. Mais la réalité, c’est qu’Israël tire parti de la moindre occasion pour saper nos capacités sportives, de la même façon que l’occupation est utilisée pour nous détruire politiquement, culturellement et économiquement. »

Une logique semblable à celle de Rosell – favoriser la paix par le biais du football – apparaît derrière la décision de l’UEFA d’organiser le tournoi des moins de 21 ans en Israël, du 5 au 18 juin. Michel Platini, le patron de l’UEFA, a écrit à l’Israël Football Association (IFA) l’an dernier, disant que le championnat serait « une belle fête du football qui, une fois de plus, unira les peuples ».

Une autre fois, Platini avait déclaré : « Je ne fais pas de politique, je fais du football », faisant sienne une philosophie politique traditionnelle résumée dans le slogan « Gardez la politique hors du sport ».

Yair Galily, un universitaire israélien qui dirige le service de recherche de l’IFA, a dit qu’en réalité, la décision de l’UEFA reflétait surtout le succès rencontré par Avi Luzon, le président de l’IFA, en cultivant de bonnes relations avec Michel Platini. Apparemment, ces liens ont dépassé les soucis diplomatiques et sécuritaires de l’UEFA. À l’instar de Rosell et de Platini, Galily croit que le football a le pouvoir de guérir les divisions, particulièrement celles qui ont défini les relations d’Israël avec les Palestiniens dans les territoires occupés et avec son importante minorité palestinienne de 1,5 million de citoyens.

« Le football procure un espace où les gens peuvent partager une passion qui transcende leurs différences. C’est un endroit où vous pouvez ‘rencontrer’ l’autre et comprendre à quel point vous avez beaucoup en commun. »

De telles notions ont trouvé leur apothéose au cours de la Première Guerre mondiale, quand les soldats britanniques et allemands avaient proclamé une célèbre et brève trêve, en décembre 1914, et avaient quitté leurs tranchées pour jouer au football.

Néanmoins, le choix d’Israël par l’UEFA a vilainement divisé l’opinion.

En novembre dernier, après qu’Israël avait lancé une attaque de huit jours contre Gaza, laquelle avait endommagé plusieurs terrains de football, y compris le stade national, 62 vedettes du football européen avaient signé une déclaration de protestation contre la décision de l’UEFA.

Eden Hazard, de Chelsea, Abou Diaby, d’Arsenal, et Jérémy Menez, de Paris Saint-Germain, étaient parmi les joueurs qui avaient écrit que le tournoi allait être « considéré comme une récompense pour des actions contraires aux valeurs sportives », ajoutant que les Palestiniens « enduraient des conditions de vie désespérées, sous l’occupation ».

La déclaration faisait également état des attaques répétées d’Israël contre les installations sportives palestiniennes, l’emprisonnement des meilleures athlètes palestiniens et les restrictions israéliennes imposées à la liberté de mouvement des équipes palestiniennes.

De même, dans leur lettre adressée à Rosell, les clubs palestiniens faisaient remarquer que des joueurs avaient été empêchés par Israël de se rendre à des matches se déroulant en Mauritanie et à Singapour, ce qui s’était soldé par leur élimination des compétitions internationales.

Ils écrivaient : « En de nombreuses occasions, l’équipe palestinienne n’a pu se réunir, s’entraîner ou participer à des tournois en raison des restrictions illégales imposées par Israël aux déplacements des joueurs. » Les clubs ajoutaient que les actions israéliennes « rappelaient la célèbre et raciste ‘loi du passeport’ de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Il s’agit d’une politique appliquée systématiquement et en permanence contre nous tous, et elle a fortement sapé notre engagement dans le sport international ».

Dans une protestation plus opaque publiée le moins dernier, Cristiano Ronaldo, l’un des joueurs les plus connus au monde, a refusé d’imiter ses collègues portugais lors de l’échange de maillots avec leurs adversaires israéliens à la fin d’un match de qualification de la Coupe du monde qui avait lieu à Tel-Aviv. On sait que, depuis très longtemps, Ronaldo soutient la cause palestinienne.

La décision de l’UEFA est venue à une époque où le mouvement en vue d’isoler Israël via une campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) s’est mis à attirer l’attention internationale.

Effectivement, le mouvement BDS, lancé en 2005, attire un nombre sans cesse croissant de partisans au moment où est devenue plus apparente la mauvaise volonté d’Israël à appuyer la création d’un État palestinien.

Les pressions se sont également accrues sur Israël quand ce dernier s’est opposé, conjointement aux États-Unis, aux efforts – couronnés de succès – de Mahmoud Abbas, à la fin de l’an dernier, pour rehausser le statut des Palestiniens à l’ONU. Israël a continué a développer ses colonies illégales en Cisjordanie, malgré les protestations de la communauté internationale.

Mais il n’y a pas que les traitements infligés aux Palestiniens sous l’occupation, qui ont déclenché l’opposition à ce qu’Israël organise le tournoi.

Des scènes de violence raciste extrême sur les terrains israéliens ces derniers mois ont également soulevé des questions à propos des proportions dans lesquelles la décision de l’UEFA se conforme à l’engagement qu’elle affiche vis-à-vis de la « tolérance zéro concernant toute forme de racisme et de discrimination ».

Galily a accusé les critiques contre Israël d’utiliser deux poids et deux mesures, et il a mis le doigt sur les problèmes mêmes des clubs européens sur le plan du racisme. Lors d’auditions récentes et séparées menées par la Football Association en Angleterre, l’ancien capitaine de l’équipe d’Angleterre, John Terry, et l’attaquant de Liverpool, Luis Suarez, ont été considérés comme coupables d’abus racistes.

Néanmoins, de récentes manifestations flagrantes de racisme dans le football israélien ont sidéré de nombreux observateurs, de même que l’absence de réponse de la part de personnages publics et des autorités footballistiques.

Un club de première division en particulier, Beitar Jérusalem, s’est longtemps enorgueilli d’être la seule équipe israélienne en vue de n’avoir jamais aligné un joueur arabe ou musulman, alors qu’un cinquième de la population d’Israël est d’origine palestinienne. Durant les matches du Beitar, des cris comme « Mort aux Arabes ! » et « Mahomet est mort ! » sont monnaie courante.

Yoav Borowitz, un journaliste sportif qui écrit pour le journal israélien Haaretz, a critiqué à la fois Luzon, président de l’IFA, parce qu’il « restait inerte » face au racisme manifeste du Beitar, et les autorités parce qu’elles ne faisaient pas appliquer les lois contre la discrimination. « Un seul des dirigeants du Beitar a-t-il jamais payé une amendé ou été emprisonné en raison de décennies de discrimination ? »

Quand, en janvier dernier, le Beitar a finalement engagé deux joueurs musulmans en provenance de la Tchétchénie, un nombre important de supporters ont manifesté leur colère. Les deux joueurs ont été salués par un torrent d’insultes et une large banderole affichant : « Beitar : pur pour toujours ». On leur a craché dessus et nombre de supporters ont boycotté les matches. Peu de temps après la signature des contrats, le clubhouse du Beitar a été incendié par un noyau dur de supporters connu sous le nom de « La Familia ».

L’an dernier, le Beitar a également défrayé la chronique lorsque des centaines de ses supporters ont dévasté un centre commercial de Jérusalem, tabassant le personnel et des clients palestiniens.

Rifaat Turk, le joueur arabe le plus en vue du football israélien et le premier à avoir été sélectionné dans l’équipe nationale, en 1976, a rappelé qu’il « commençait à pleuvoir » chaque fois qu’il montait sur le terrain, tellement les gens crachaient.

« Les choses ne se sont pas améliorées. Le racisme est endémique, dans le sport israélien. En restant silencieuses, les autorités [israéliennes] du football, le gouvernement et les responsables de l’État approuvent le racisme. »

La façon dont Israël traite les Palestiniens sous l’occupation – et, à un degré moindre, les Palestiniens qui, comme Turk, sont citoyens israéliens – a été comparée aux relations de l’Afrique du Sud de l’apartheid avec sa majorité noire.

Cette image ne s’est pas améliorée avec les commentaires racistes réguliers de la part d’importants hommes politique, comme le porte-parole du résident du Parlement, Yuli Edelstein, qui a qualifié récemment les Arabes de « nation déplorable » ou avec la révélation de ce que le rabbin Shai Piron, le nouveau ministre de l’Éducation, avait précédemment déclaré officiellement que les Juifs israéliens ne devaient pas vendre leurs maisons à des concitoyens palestiniens.

De même, les sondages de l’opinion publique révèlent un durcissement des attitudes. Ce mois-ci, un de ces sondages a révélé que plus d’un tiers des Israéliens veulent, soit qu’Israël annexe les territoires occupés, soit qu’il continue à les contrôler militairement tout en refusant ses droits civiques à la population palestinienne.

Il en résulte que des artistes de statut international déclinent des invitations à se produire en Israël, que des institutions universitaires sont confrontées à des boycotts et qu’une série de campagnes ont été lancées afin d’obtenir que Églises cessent d’investir.

La décision de l’UEFA d’organiser les championnat des moins de 21 ans en Israël a servi à multiplier des actions en vue d’une demande de boycott sportif calquée sur les actions qui ont été organisées à l’époque de l’Afrique du Sud de l’apartheid.

L’Afrique du Sud, dont la plupart des sports connaissaient une ségrégation s’appuyant sur la couleur de la peau, se vit finalement refuser l’accès aux Jeux olympiques, elle fut écartée du football mondial et exclue des tournées de cricket. De même, les équipes internationales de rugby subirent de fortes pressions afin de se tenir à l’écart des compétitions.

Omar Barghouti, l’un des leaders des campagnes BDS en Cisjordanie, a admis que, jusqu’à présent, le mouvement avait traîné pour promouvoir un boycott sportif. Mais, a-t-il ajouté, le tournoi de l’UEFA a contribué à placer les abus israéliens contre les sports palestiniens sur l’agenda des BDS.

« Imaginez simplement que les Jeux du Commonwealth auraient eu lieu en Afrique du Sud à p’époque de l’apartheid. C’est ce genre d’exceptionnalisme qu’Israël attend et reçoit de la part de l’Europe », a-t-il dit. « Les hommes politiques européennes ne reflètent tout simplement l’opinion publique. »

Il a mis également le doigt sur un sondage de la BBC, l’an dernier, qui avait permis de découvrir que des majorités de deux tiers et plus, en Grande-Bretagne, en France, en Espagne et en Allemagne, considéraient l’influence d’Israël dans le monde comme étant « surtout négative ».

La justification morale d’un boycott a été exemplifiée récemment par Mahmoud Sarsak, un ancien footballeur palestinien sont la brillante carrière a été brusquement interrompue par les autorités militaires israéliennes.

Sarsak a été arrêté en 2009 alors qu’il essayait de quitter Gaza en passant par le carrefour d’Erez, contrôlé par Israël, pour participer à un match de football en Cisjordanie. À l’époque, âgé de 22 ans, il était un milieu de terrain très prometteur.

Mahmoud Sarsak, le jour de sa libération

Mahmoud Sarsak, le jour de sa libération

Bien que Sarsak ait été placé en détention préventive pour trois ans, sur l’accusation d’appartenance au Djihad islamique, il n’a jamais été officiellement accusé et ses avocats n’ont pu avoir accès aux preuves contre lui. De telles pratiques ont été largement condamnées par les organisations internationales des droits de l’homme.

Finalement, il a été libéré en juillet dernier, après une grève de la faim de 92 jours. Selon des sources israéliennes, il a été libéré – contrairement à la politique israélienne appliquée à d’autres grévistes de la faim – suite à des pressions privées de la part de l’IFA, elle-même confrontée à des pressions très lourdes de la part de Sepp Blatter, président de la FIFA, la Fédération mondiale de Football association.

Ces derniers mois, Sarsak a utilisé sa liberté pour tenter de convaincre l’UEFA de revenir sur sa décision [d’organiser le championnat des moins de 21 ans en Israël].

« Israël travaille inlassablement à opprimer le football palestinien, de la même façon qu’il le fait avec bien d’autres formes de la culture palestinienne », a-t-il ajouté. « Israël ne se comporte pas comme un État normal où les citoyens peuvent pratiquer le sport librement.»

« L’UEFA légitime l’occupation, l’oppression et les mesures d’apartheid permanentes d’Israël. Il ne peut y avoir de place dans le football pour la ségrégation et l’oppression.»

La Palestine a été admise au sein de la FIFA en 1998, mais n’a pas été qualifiée pour accueillir des matches internationaux avant 2008, quand un stade international a été construit à Gaza. Sarsak a fait remarquer que, quelques mois plus tard, au cours de l’hiver 2008-09, Israël a bombardé le stade, en même temps que d’autres installations sportives importantes de la bande de Gaza ainsi que le siège du Comité paralympique palestinien. Et le stade de football a subi de nouvelles attaques l’an dernier.

Sarsak a aussi mis en évidence le fait qu’Israël a emprisonné d’autres footballeurs palestiniens connus, comme le gardien de but Omar Abu Rois et l’attaquant Muhammad Nimr, une fois encore sans la moindre accusation. Un autre attaquant, Zakaria Issa, emprisonné pour 16 ans, est mort d’un cancer l’an dernier, quelques mois à peine après avoir été libéré pour des motifs humanitaires.

Honey Thaljieh, capitaine de l’équipe féminine de Palestine, s’est fait l’écho des critiques de Sarsak à l’égard de l’UEFA lors d’une conférence de presse tenue à Doha le mois dernier. Elle a déclaré : « Il est très difficile de comprendre pourquoi on lui [à Israël] a fait un tel honneur. »

Le soutien à la campagne palestinienne n’a cessé de croître et de se répandre.

carton rougeDans les pays européens, des groupes « Carte rouge au racisme israélien » se sont constitués et ont organisé des protestations devant les bureaux de l’UEFA afin de mettre leurs responsables sous pression. La semaine dernière, 40 activistes ont occupé les bureaux de la Fédération française de football association après que le président de cette dernière, Noël Le Graet, eut refusé de les rencontrer.

Les protestations les plus importantes de « Carte rouge » auront lieu à Londres, le 24 mai, quand des supporters marcheront vers l’hôtel Grosvenor, où l’UEFA doit tenir son congrès annuel.

Les officiels du football international n’ont pas été exemptés de ces critiques. Dans un mouvement apparemment destiné à désarmer l’opposition à l’organisation du championnat des moins de 21 ans en Israël, la FIFA a annoncé un plan en vue d’investir 4,5 millions de USD dans le football palestinien.

L’argent, destiné à fournir un important stimulant au sport national palestinien, sera utilisé pour construire le siège de la Palestinian Football Association, pour installer également une académie du football association et pour aménager deux terrains en gazon artificiel. Et 200.000 USD supplémentaires seront alloués pour reconstruire le stade national à Gaza.

Thierry Regenass, l’un des directeurs de la FIDA, a fait remarquer, parlant de cet investissement massif, que « le football est devenu un outil clé dans la promotion du développement social en Palestine ».

Pendant ce temps, Israël a cherché à mettre son football en évidence pour établir des ponts. Ce mois, il a fait la promotion d’un tournoi « rencontre ton voisin » non loin de Tel-Aviv, entre des jeunes footballeurs d’Israël, des Territoires palestiniens occupés et de Jordanie.

Silvan Shalom, le ministre de la Coopération régionale, a déclaré à l’adresse des journalistes : « Le tournoi enseignera aux Israéliens, aux Jordaniens et aux Palestiniens à être de meilleurs voisins à l’avenir. »

Mais Barghouti a fait une mise en garde, disant que la notion de construire la paix par le biais du sport était une illusion, reposant sur « le faux principe que les colonisateurs et les colonisés, les oppresseurs et les opprimés sont également responsables du ‘conflit’ ».

Sorek, de l’Université de Floride, s’est dit d’accord, ajoutant que de telles initiatives « légitiment le statu quo », au lieu « d’aborder le problème d’obtenir la justice pour tous ». Ces dernières semaines, plusieurs déséquilibres de pouvoir se sont révélés.

Le mois dernier, deux Druzes ont été arrêtés alors qu’ils protestaient contre les plans de l’IFA e, vue d’accueillir des matches « amicaux » entre Israël et des équipes druzes locales dans les Hauteurs du Golan, un territoire syrien annexé par Israël et ce, en violation des lois internationales.

Et, le week-end dernier, Israël a gravement perturbé le premier marathon palestinien officiel en empêchant la totalité des 22 coureurs de Gaza de se rendre à Bethléem, en Cisjordanie, pour y participer.

Peu de gens s’attendent à ce que l’UEFA annule le tournoi, en ce moment déjà tardif. Mais il y a un débat sur la question de savoir si faire cesser cette compétition pourrait encore être un moment décisif pour le mouvement BDS, qui galvaniserait le soutien à un boycott des sports et qui pourrait même amener Israël a conclure qu’il est en train de devenir une nation paria.

Ce mois-ci, peu après avoir révélé qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre, suite à un diagnostic de cancer, le très prolifique écrivain écossais Iain Banks a rédigé un plaidoyer passionné en faveur d’un boycott culturel et universitaire d’Israël. Il a toutefois mis en garde contre le fait qu’un boycott des sports serait moins efficace en Israël que dans l’Afrique du Sud de l’apartheid.

« Le rugby et le cricket comptaient exceptionnellement pour eux [les Sud-Africains blancs] et le range généralement élevé de leurs équipe dans les classements des ligues internationales étaient une source considérable de fierté. (…) Un boycott sportif d’Israël ne ferait guère de différence dans l’estime de soi des Israéliens, en comparaison avec l’Afrique du Sud. »

Mais Barghouti croit que le football compte plus pour les Israéliens que beaucoup ne le prétendent. « Les BDS, ce n’est pas de la magie. L’effet est lent et cumulatif. De même qu’en Afrique du Sud, les boycotts ont un impact psychologique progressif sur la nation de l’oppresseur et ils affaiblissent sa détermination. »


jonathan_cook_250Jonathan Cook est un journaliste d’origine britannique qui vit à Nazareth.
Il est lauréat du prix spécial Martha Gellhorn de journalisme. Ses ouvrages récents sont « Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East » (Israël et le choc des civilisations : l’Irak, l’Iran et le plan de remodelage du Moyen-Orient) (Pluto Press) et Disappearing Palestine: Israel’s Experiments in Human Despair (La disparition de la Palestine : expérimentations israéliennes autour du désespoir humain) (Zed Books).
Son site web personnel est : www.jonathan-cook.net.

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