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Flottille de la liberté” : des militaires israéliens au centre d’un trafic d’ordinateurs volés

Nous nous sommes, naguère, fait traiter d’antisémites * pour avoir qualifié de “vulgaires petits malfrats en uniforme” des soldats israéliens qui avaient utilisé à leur profit personnel des cartes de crédit volées aux passagers de la “flottille de la liberté pour Gaza”, après l’acte de piraterie en haute mer commis contre celle-ci par la kriegsmarine israélienne, le 31 mai dernier.

Cette attaque sauvage s’était, on s’en souvient, soldée par la mort d’au moins neuf passagers civils de nationalité turque (l’un d’entre eux ayant aussi la nationalité américaine). Les bateaux de la flottille avaient ensuite été contraints de gagner un port israélien, après quoi les activistes pour la libération de la Palestine avaient été délestés de leurs biens de valeur et expulsés.

On avait constaté dans les jours qui avaient suivi que, avant que leurs légitimes propriétaires aient le temps de faire bloquer leurs carte de crédit, des soldats israéliens s’étaient empressés de s’en servir pour acheter qui un iPod qui un téléphone portable…

« L’armée la plus morale du monde » venait en quelque sorte de (ré)inventer le pillage en le mettant à l’ère de l’Internet, ce qui est bien normal puisqu’on nous serine qu’Israël est devenu une économie hi-tech.

On apprend maintenant (Haaretz) l’arrestation d’un officier de l’armée israélienne accusé d’avoir revendu à d’autres officiers des ordinateurs portables volés à des passagers de la flottille de la liberté. Six simples soldats sont sous le coup de la même accusation.

C’est donc un vrai petit réseau de trafic de biens volés qui s’était monté. Ou bien, ce n’est pas le moins improbable, ce genre de réseau – le terme était bien le plus approprié – de vulgaires petits malfrats en uniforme existe de longue date et fonctionne ordinairement aux détriment des Palestiniens soumis quotidiennement au total arbitraire de l’armée d’occupation et par la force des choses toujours à la recherche d’une autorisation, d’un permis, d’un passe-droit… , et on n’en parle maintenant que parce qu’ils ont eu l’imprudence d’exercer leur lucratifs petit commerce au dépens d’internationaux dans le cadre d’une affaire devenue très politique et très sensible, en Israël même.

Le premier des racketteurs, d’ailleurs est l’État israélien lui même, qui par exemple exige le paiements de sommes énormes de tout Palestinien qui demande un permis de bâtir qui lui sera systématiquement refusé, ou qui –plus cynique encore – met à charge des victimes les “frais de démolition” des maisons arabes. Il montre ainsi l’exemple à des militaires, dont certains doivent se dire qu’ils auraient tort de se gêner…

L’arrestation de ce menu fretin sera évidemment la bienvenue pour une haute hiérarchie militaire et des politiques mis en cause dans cette affaire de piraterie autour de laquelle se bousculent ridiculement profusion de commissions d’enquêtes toutes moins crédibles les unes que les autres **, puisque cela détournera un peu l’attention et que la sévérité avec laquelle on les traitera – au moins dans un premier temps, car on sait que les plus dures condamnations de militaires en Israël, pour des faits bien plus graves, sont souvent rapidement abandonnées dès que l’attention des média se porte ailleurs – permettra contre toute raison de réaffirmer le caractère hautement moral de l’armée d’occupation. On va donc s’en servir comme de “traîtres utiles”

On serait curieux de savoir ce que sont devenus, outre les quelques ordinateurs au centre de ce petit trafic minable, tous les autres PC volés, l’argent liquide, les caméras, les appareils photo, les passeports (les services israéliens sont très friands de passeports étrangers à contrefaire, mais cela vaut aussi très cher pour les trafiquants de tous poils,…), etc.

Il y a quelques jours à peine, Israël a restitué le Mavi Marmara à la Turquie. Difficile à revendre sous le manteau, il faut bien dire…


* de même que, comme aurait écrit Courteline, “se faire traiter de con par un imbécile est un plaisir de fin gourmet”, il a des gens de la part de qui l’accusation suprême est reçue comme un hommage.
** l’ONU a réussi le tour de force de mettre sur pied une commission encore moins crédible que celle de Netanyahou, en nommant Alvaro Uribe, l’ancien président colombien, experts en massacres particulièrement compétent.

 

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