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Filmer les agissements criminels de l’armée israélienne sera passible de 10 ans de prison

Le gouvernement israélien a avalisé dimanche un projet de loi prévoyant jusqu’à dix ans de prison pour toute personne filmant, photographiant ou enregistrant des soldats «en vue de porter atteinte à la sécurité de l’État». 

Le projet présenté par le parti ultra-nationaliste Israël Beiteinou dirigé par le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, prévoit de condamner à cinq ans de prison les «personnes qui filment, photographient ou enregistrent des soldats pendant leur service afin de démoraliser les soldats et les civils israéliens», dont on sait qu’ils ont le moral extrêmement fragile (une gifle infligée par une adolescente déstabilise complètement des soldats armés jusqu’aux dents !).

Mais cette peine pourra être doublée dans les cas où ces images et enregistrements visent à «porter atteinte à la sécurité de l’État». On sait que, selon le gouvernement israélien, il en faut vraiment très peu – un “post” Facebook par exemple – pour menacer Israël d’un “nouvel Holocauste” (au minimum). 

Les mêmes peines d’emprisonnement pourront également être prononcées, après adoption de ce texte à la Knesset, aux personnes diffusant ces documents dans les médias et les réseaux sociaux.

Selon les initiateurs du projet, des ONG locales «anti-israéliennes», ainsi que des groupes liés au BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), passent «des jours aux côtés de soldats israéliens, attendant avec impatience un acte qui puisse être enregistré de manière biaisée et utilisé pour les dénigrer». En réalité, le présence de caméras permet parfois, dans une certaines mesure, de réduire la violence exercée par les soudards de l’armée d’occupation contre les civils palestiniens en Cisjordanie, et si de temps en temps les tribunaux israéliens sanctionnent (toujours très légèrement et le plus souvent très tardivement) les abus dont ceux-ci se rendent coupables, c’est parce qu’ils ont été filmés et que de ce fait ils ne peuvent plus être niés.

Avigdor Lieberman a salué le vote intervenu au conseil des ministres, affirmant qu’il allait «mettre fin» aux tentatives de «ceux qui soutiennent le terrorisme» en vue «d’humilier, de déshonorer et de nuire» aux soldats de son armée d’occupation.

«Dangereuse et antidémocratique»

Avant la décision du cabinet Netanyahou, le Procureur général israélien, Avichai Mendelblit, avait émis de nettes réservers. Selon lui, “la version actuelle du projet de loi  […] est problématique d’un point de vue constitutionnel, à tel point qu’elle pourrait ne pas être promulguée”.  Un avertissement que les ministres du gouvernement d’extrême-droite ont donc choisi d’ignorer.

«Si quelqu’un se conduit correctement, il n’a pas besoin de cacher quoi que ce soit», a répondu sur Twitter Ksenia Svetlova, députée de l’opposition du parti Union sioniste (ex-parti travailliste). Elle a jugé la loi «dangereuse et antidémocratique».

Selon l’Institut pour la démocratie israélienne, un groupe de réflexion libéral, la formulation ambiguë du projet de loi pourrait empêcher quiconque à l’exception de l’armée de filmer, de photographier ou d’enregistrer les soldats israéliens dont les actes pourraient faire l’objet de poursuites judiciaires devant des instances internationales.

Avant d’entrer en vigueur, ce projet doit être voté en trois lectures par le Parlement et ne pas être retoqué par la Cour suprême.

Ce texte a été déposé quelques semaines après la libération anticipée après seulement neuf mois de prison du soldat franco-israélien Elor Azaria reconnu coupable d’avoir achevé un Palestinien blessé et réduit à l’impuissance. Il avait été condamné à 18 mois de prison, après qu’un caméraman Palestinien de l’ONG israélienne B’Tselem avait filmé la scène à Hébron en Cisjordanie. A l’époque Lieberman s’était prononcé contre l’inculpation du soldat et dénoncé B’Tselem.

Gideon Levy, “le journaliste le plus haï d’Israël” a pour sa part affirmé dans Haaretz : “Nous ne cesserons ni de filmer ni d’écrire”. 

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  1. Nous n’arrêterons pas de filmer, nous n’arrêterons pas d’écrire – Pour la Palestine

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