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Film : « Bienvenue au cirque »

Rod Such

Un nouveau documentaire entend célébrer la quête palestinienne du bonheur, malgré l’occupation israélienne.

Consacré à l’École palestinienne du Cirque installée à Ramallah, en Cisjordanie occupée, et entièrement filmé par la réalisatrice Courtney Coulson, Welcome to the Circus (Bienvenue au cirque) retrace le séjour d’un mois à l’école effectué par des membres de l’École de Cirque du Lido de Toulouse, en France.

Durant toute cette période, Coulson a vécu au milieu des artistes et il en est résulté un tableau plutôt intimiste de leurs expériences quotidiennes. Depuis l’étonnante vue aérienne de Ramallah qui ouvre le film, jusqu’aux descriptions des paysages palestiniens et de l’agilité physique des artistes, la véritable beauté de la Palestine et de ses habitants est toujours présente sous des couleurs vivaces.

Les artistes de l‘École de Cirque du Lido se sont très vite accoutumés aux réalités de l’occupation.

Ecole de cirque

Une image de Bienvenue au cirque. (Photo : Milan Szypura)

« Nous menons une existence particulière », explique l’un des étudiants palestiniens.

« Vous n’avez de contrôle sur rien de ce que vous faites », ajoute un autre.

« J’ai l’impression d’être dans une immense prison », explique un autre à l’un des étudiants français.

Les visiteurs font une tournée des check-points — assistant ainsi aux humiliations quotidiennes auxquelles les Palestiniens sont soumis en ces endroits — ainsi que des colonies illégales d’Israël et des routes d’accès séparées dont bénéficient les colons.

Puis, évidemment, il y a le mur omniprésent qui, du moins du côté palestinien, a été tellement décoré d’expressions joyeuses de rébellion artistique qu’un spectateur pourrait presque s’en aller avec l’impression que l’autre côté du mur, le côté d’un gris stérile, doit être celui qui isole les véritables prisonniers.

L’objectif

Lors d’une rencontre matinale entre les deux écoles, Fadi, l’un des fondateurs de l’ École palestinienne du Cirque, demande ce qui se passera s’ils n’obtiennent pas d’autorisations pour que les étudiants palestiniens puissent se rendre à Jérusalem pour le spectacle qu’ils y ont prévu.

Jessika, la coordinatrice du programme de l’école, explique qu’un seul étudiant possède la carde d’identité bleue de résident de Jérusalem ; tous les autres ont la carte d’identité verte des résidents de la Cisjordanie.

Bon nombre des étudiants palestiniens n’ont jamais mis un pied à Jérusalem, même si ce n’est qu’à 25 kilomètres, parce qu’on ne leur a jamais accordé l’autorisation nécessaire pour s’y rendre.

La réunion soulève également la question du but de ces numéros de cirque. Marah, une étudiante palestinienne, explique qu’elle croit que les gens y assisteront « parce qu’ils veulent s’amuser, être heureux ».

Une autre image de Bienvenue au cirque. (Photo : Milan Szypura)

Les trois semaines d’entraînement semblent passer très vite. La réalisatrice du film ne cherche pas à créer une narration hollywoodienne sur un groupe d’artistes en lutte et qui se muera en une joyeuse histoire à succès.

Il devient vite évident que ce n’est pas le Cirque du Soleil, ni les Ringling Brothers, ni non plus & Bailey. L’École du Lido elle-même opère avec un budget étriqué et les enchaînements des numéros acrobatiques et dépouillés sont surtout destinés à divertir des enfants.

Et, quand les spectacles commencent, les étudiants des deux écoles de cirque se produisent dans les villes de Cisjordanie de Ramallah, Naplouse, Hébron et Jérusalem.

Il est clair que l’objectif a été atteint, puisque plus de 2 500 personnes assistent au spectacle à Naplouse. L’excitation des enfants est contagieuse et gagne les adultes aussi.

Saisissant

Un moment dramatique a lieu quand on annonce que l’un des étudiants palestiniens s’est vu refuser le permis de se rendre à Jérusalem parce qu’il avait été arrêté et emprisonné pour avoir jeté des pierres quand il était plus jeune. La réaction parmi les étudiants français est saisissante – et il apparaîtra vraiment qu’au cours des trois semaines d’entraînement, des liens politiques très forts se sont créés.

Quand le car quitte Ramallah pour Jérusalem, avec l’étudiant laissé sur le bord de la route qui assiste au départ, ce même étudiant considère toujours l’organisation à Jérusalem du spectacle du cirque comme une victoire.

« Cela veut dire que nous avons un pays. Nous avons une patrie. La Palestine n’a pas disparu », dit-il.

Bienvenue au cirque, que l’on commence à projeter dans les festivals, constituerait pour les éducateurs le film idéal à montrer en classe aux adolescents et à un public de jeunes.

C’est un documentaire modeste sur un groupe modeste de personnes dont le but est modeste : rendre des gens heureux. Il s’avère que la quête de ce but est un droit de l’homme fondamental.

 


Publié le 26 octobre 2015 sur Electronic Intifada

Traduction : Jean-Marie Flémal

Rod Such a été rédacteur en chef des encyclopédies World Book & Encarta. Il est actif au sein du mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

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