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Faisons de la journée des femmes une journée de solidarité avec Hana Shalabi

… En Palestine, la Journée des Femmes, le 8 mars est une journée de lutte. Malgré les réalisations sur certains points importants, obtenues suite à de longs processus de lutte, nous ne devrions pas célébrer ces réalisations, puisque nous sommes toujours des femmes palestiniennes souffrant de la colonisation, de l’occupation, de la discrimination et du racisme, que ce soit en Palestine 1948, en Cisjordanie, à Gaza ou dans la diaspora.

Les femmes de Cisjordanie et de la bande de Gaza souffrent toujours des conséquences de l’occupation et celles de la Palestine 1948 souffrent toujours du racisme institutionnalisé par des lois et par le fait que l’État d’Israël est construit sur nos terres et qu’il a complètement disloqué nos familles.hana_shalabi_8mar

Les femmes palestiniennes ont souffert énormément de l’occupation et de l’instauration de l’État juif. Ils ont connu la migration, la séparation et la non-installation dans des pays voisins. Elles continuent à vivre au risque d’une discrimination institutionnalisée, à connaître le risque d’être localement déplacées et déracinées, comme dans le Néguev, et elles continuent à vivre en risquant de voir leurs familles écartelées par des lois racistes de citoyenneté.

Nos femmes ont souffert de la captivité dans le passé, au cours de la période du Mandat britannique, et elles ont souffert aussi des lois d’exception décrétées par les Britanniques, y compris la fameuse loi régissant la détention administrative.

La militante palestinienne Sathej Nassar, rédactrice en chef du magazine Carmel et épouse du militant Najib Nassar, a été la toute première Palestinienne à être prisonnière politique. Elle fut arrêtée le 23 mars 1939, sous le coup de la Loi d’Exception n° 15B, qui autorisait la détention administrative, et elle fut emprisonnée dans la ville de Bethléem jusqu’au 23 février 1940. Les Britanniques disaient d’elle que c’était « une femme très dangereuse ».

Le gouvernement du Mandat britannique arrêta de nombreuses femmes palestiniennes et les emprisonna pour des peines allant jusque dix ans pour avoir caché des armes ou en avoir passé en fraude et ce fut le cas entre autres durant la grève générale et la grande révolte de 1936. En 1937, la militante féminisme Maseel Maghanam rédigea un livre en anglais intitulé « La femme arabe et le problème de la Palestine« . On peut y lire cette phrase : « Ne parlez pas des droits des femmes tant que nous vivrons sous occupation. » Maseel Maghanaù voulait dire par là que les femmes avaient besoin d’une libération complète de tout ce système de l’occupation qui opprime les libertés et engendre la violence.

Dans le cas des femmes palestiniennes, Israël aida à poursuivre cette violence en tuant et en emprisonnant des femmes tout en étant incapable d’opérer à la conscientisation ou d’empêcher la violence découlant des conditions socioéconomiques particulièrement pénibles vécues par les familles palestiniennes (chômage, pauvreté, déplacements, expulsions et démolitions de maisons, entre autres). Les femmes palestiniennes paient toujours le prix fort, aujourd’hui, et souffrent de l’occupation et de ses conséquences. Le mur de l’apartheid a continué à démembrer des familles et a entravé gravement les communications humaines au sein même des familles.

Nos femmes paient le prix fort par la captivité, la détention, les enquêtes et les insultes, et elles paient en outre le prix de l’occupation en cours et du système colonial les plus longs de l’histoire depuis la fin du système d’apartheid en Afrique du Sud.

Les femmes et les jeunes filles paient le prix fort pour la captivité des membres de leurs familles en raison de la politique carcérale qui empêche tout contact physique entre les détenus politiques et leurs proches. Alors que les prisonniers politiques juifs, de même que les détenus de droit commun palestiniens et juifs ont le droit d’avoir des contacts physiques avec leurs proches, ce droit fondamental est refusé aux prisonniers politiques. Les prisons israéliennes ne permettent pas aux détenus palestiniens d’étreindre les membres de leurs familles, même dans les moments les plus pénibles, comme en cas de décès.

La détenue palestinienne Hana Shalabi est en grève de la faim depuis le 16 février pour protester contre son arrestation administrative après qu’elle avait été libérée lors de l’échange de prisonniers, en octobre 2011.
Israël déteint actuellement 307 Palestiniens en détention administrative. c’est-à-dire sans accusation, procès ou condamnation. Parmi ces prisonniers, trois sont des femmes et il y a actuellement un total de six femmes palestiniennes prisonnières politiques dans les prisons israéliennes.

Proclamons le 8 mars journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens et unissons les associations et mouvements des femmes derrière cette cause.


 

Janan Abdu est une militante féministe palestinienne et elle est l’épouse du prisonnier politique Ameer Makhoul

Article publié sur le site Alternative Information Center le samedi, 3 mars 201. Traduction : JM Flémal.

Vidéo montrant le soutien de la population palestinienne et de Fadwa Barghouti (avocate et épouse du leader palestinien Marwan Barghouti).

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