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Etre copain avec les sionistes, c’est vraiment pas une partie de plaisir !

Vraiment, c’est très très dur pour les politiciens européens de vouloir se faire des copains dans les milieux sionistes “purs et durs” (pardon pour le pléonasme), même quand on est soi-même d’origine juive.

Regardez ce qui arrive à ce pauvre Bernard Kouchner. Le moins que l’on puisse dire, c’est que pendant tout le temps qu’il a passé au Quai d’Orsay, le docteur honoris causa de l’Université hébraïque de Jérusalem, s’était beaucoup appliqué pour complaire au gouvernement israélien, qui d’ailleurs en 2007 avait accueilli sa désignation par Sarkozy avec beaucoup de soulagement (ils avaient craint que le poste revienne à Hubert Védrine).

Trois ans à se tenir au garde-à-vous le petit doigt sur la couture du pantalon face aux gouvernements israéliens successifs ! Et c’est à peine une image, comme avaient par exemple pu s’en rendre compte les journalistes lors d’une conférence de presse conjointe de Kouchner et de Tzipi Livni, lors de la tournée du ministre français en Israël en septembre 2007 : on avait alors vu Livni griffonner les réponses que Kouchner devait faire à certaines question embarrassantes (à propos d’incursions aériennes de l’armée israélienne en territoire syrien), et lui passer des petits bouts de papier, puis le beau Bernard ânonner servilement les mensonges qu’elle lui dictait.

Toute la presse avait pu le voir, mais seul le journaliste d’Associated Press avait cru convenable de le rapporter. Peut-être est-ce à cette occasion que Bernard a gagné le surnom de “Koukouchner” qui lui va si bien ?

Lorsque la France occupa la présidence “tournante” de l’Union Européenne, Kouchner ne ménagea aucun effort pour qu’aboutisse enfin le processus de “réhaussement” des relations avec Israël, histoire de parfaire encore l’infiltration d’Israël au sein de l’Europe, que dénonçait Robert Fisk dans un article encore récent. Ce n’est vraiment pas de sa faute si la sauvage agression israélienne contre la population de Gaza, en décembre 2008-janvier 2009, a dissuadé les gouvernements européens de poursuivre dans cette voie (pour le moment du moins).

Kouchner a aussi eu grand soin de ne rien faire qui puisse chagriner si peu que ce soit le gouvernement israélien quant au dossier de Salah Hamouri, toujours otage des sionistes.

En juillet 2009, le Canard Enchaîné rapportait ceci :

canard_15juil07

On pourrait continuer longuement encore à énumérer les preuves du dévouement servile de Bernard Kouchner envers Israël, et il y a tout lieu de croire qu’il ne désavouerait pas cette déclaration de Dominique Strauss-Kahn,quand il assurait dans « Tribune Juive » (en 2003) qu’il se lève tous les matins « en se demandant ce qu’il peut faire pour Israël » .

La vidéo ci-dessous, où l’on entend Kouchner vanter devant le Parlement français – non sans mentir au passage sur la vigueur de ses gesticulations passées –  l’inaction et l’impuissance volontaire de la diplomatie française (et européenne), dans le droit fil de ce que rapportait le « Canard Enchaîné », est une sorte de résumé  :

ÉLOGE DE LA SOUMISSION ET DE L’IMPUISSANCE


Quest au gouv H.Charette 240310 par GroupeNouveauCentre

Bien sûr, à chaque fois que le gouvernement israélien annonçait une nouvelle extension de la colonisation, Kouchner était obligé de réagir – cela fait partie de ces rituels vide de sens de la diplomatie européenne – mais il s’en est toujours tenu strictement au service minimum. Un millier de nouveaux logement pour juifs seulement à Gilo ? « Regrettable » dit Kouchner. Des habitations palestiniennes démolies à Jérusalem-est ? « Désagréable« , commente-t-il. Tu l’as dit, Koukouch

Le grand théoricien du « droit d’ingérence » n’a pas un instant oublié que cette notion s’applique aux « peuples inférieurs », que la fin théorique de la colonisation n’a pas suffi à élever au rang des sujets de droit international, tandis que les colonisateurs passés et présents, eux, sont pour l’éternité au-dessus de tout ça.

DES EFFORTS BIEN MAL RECOMPENSES

Et bien malgré cet inlassable dévouement à la cause sioniste, croyez-le ou non, depuis qu’il a quitté le gouvernement français, Bernard Kouchner se fait traîner dans la boue par ceux qu’il a tant servi. Et pas qu’un peu.

Mais quel crime de lèse-Israël a-t-il donc commis ?

B. Kouchner, c'est inconstestable…

Bernard Kouchner, c’est incontestable…

Kouchner_Netanyahu

… a rencontré en Israël des types particulièrement peu fréquentables.

A la veille de son départ, et à l’occasion de son dernier voyage officiel en Palestine et en Israël, Kouchner a remis les insignes d’officier de la Légion d’Honneur à Moustapha Barghouti, médecin comme lui, et leader  de l’organisation laïque Al-Mubadara (Initiative nationale palestinienne, INP), partisan de la résistance non-violente [1] et grand pourfendeur des Accord d’Oslo.

C’est plus que n’en pouvaient supporter (parmi d’autres) les excités de l’Union des Patrons Juifs Français [2] (UPJF), pour qui « Moustapha Barghouti est un chef de file de la campagne illégale de diffamation appelée “Boycott, Désinvestissement et Sanctions”, et qui n’a jamais craint d’utiliser l’outrance et le mensonge pour délégitimer l’État d’Israël ». Aussi s’en prennent-ils en des termes pour le moins violents à ce pauvre Koukouchner, coupable d’avoir « galvaudé à la sauvette, l’image et l’honneur de la France ».

Et l’UPJF d’ajouter : «  Nous connaissons Monsieur Kouchner pour l’avoir reçu, et savons qu’au cours de ses nombreuses vies trépidantes, il a parcouru le monde entier, et rencontré des dizaines de chefs d’État, dont de nombreux dictateurs ce qui a, semble-t-il, largement altéré sa capacité à distinguer les personnes respectables de celles qui le sont parfois (beaucoup) moins… »

Sur ce point, hélas, il est difficile de contredire l’UPJF : Kouchner a effectivement serré la pince à pas mal de criminels de guerre et même de criminels contre l’humanité, en particulier lors de ses visites en Israël, et s’il avait gardé intacte sa capacité à distinguer les “personnes respectables de celles qui le sont beaucoup moins” il aurait à coup sûr évité les dirigeants de l’UPJF comme la peste. C’est indubitable, mais sont-ils les mieux placés pour lui en faire grief ?

L’UPJF conclut son communiqué vengeur par cette fine remarque, dont la profonde judéophobie n’échappera à personne et en tous cas pas à ceux qui sont toujours si alertes dans la dénonciation de la résurgence (le plus souvent fantasmée) des “vieux clichés antisémites” :  «  Mais la réalité est peut-être plus simple, puisqu’on se demande à l’UPJF si Monsieur Kouchner, en réalisant cette cérémonie honteuse, ne cherche pas simplement à faire un appel du pied pour retrouver une fonction l’aidant à trouver de quoi financer sa retraite et ses vieux jours… ».

On appréciera à sa juste valeur le fait que ces messieurs [3] de l’UPJF ne puissent imaginer que Kouchner ait obéi à d’autres mobiles que son intérêt financier. Chacun jugera sur qui cela en dit le plus long, de lui ou d’eux.

DELANOE AUSSI EN PREND PLEIN LA POIRE

Un autre grand ami français des sionistes qui pour le moment en prend plein la poire : Bertrand Delanoë, le maire de Paris, celui-là même qui voilà quelques mois avait jugé indispensable de créer dans la capitale française une “esplanade David Ben Gourion”, qu’il inaugura aux côté de Shimon Pérès. Le même aussi qui fit offrir par Paris une fontaine à la ville de Tel-Aviv à l’occasion de la célébration de son centenaire.

Mais voilà, tous ces efforts sont ruinés par le déferlement de haine que suscite l’exposition des photos de Kaï Wiedenhöfer sur Gaza au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Qui eut cru que 85 photographies pourraient les mettre dans un état pareil ?

La direction du Musée a eu beau prendre ses distances en expliquant courageusement qu’elle n’avait pas “visé” l’exposition, présentée en raison de l’attribution au photographe du prix de photojournalisme de la Fondation Carmignac Gestion, rien n’y a fait.

Tout ce que Paris compte de sionistes et de représentants de la “réaction philosémite” a hurlé à l’unisson que cette exposition est une ignominieuse contribution à la “déligimisation d’Israël” (la vieille accusation d’antisé­mitisme a tellement servi, à tort et à travers, qu’il leur a fallu inventer un autre slogan : ils parlent donc comiquement de “déligitimisation”), et constitue un “soutien au Hamas”.

Ils en réclamaient donc l’interdiction, CRIF en tête, forts de la certitude inébranlable de leur droit à criminaliser tout ce qui n’est pas favorable à Israël. Comme il était déjà dit ici il y a quelques jours, sionisme et liberté d’expression ne font vraiment pas bon ménage.

Heureusement, la campagne hystérique déclenchée contre cette exposition et les menaces physiques qui l’ont accompagnée n’ont eu qu’un effet : assurer une publicité inespérée à une expo que le Musée d’Art Moderne de Paris tentait de garder discrète (au point de ne pas l’annoncer à l’extérieur, et de ne pas avoir fait passer l’information au personnel du musée qui était incapable de renseigner les visiteurs), provoquant du coup un afflux de visiteurs.

Delanoë se voit ainsi reprocher par une harpie de l’association “France-Israël” d’avoir toléré cette exposition alors que – rappelle-t-elle – lors du dernier dîner du CRIF (où évidemment le Maire de Paris était venu, en compagnie d’une bonne moitié du gouvernement et de pas mal de “socialistes” bon teint faire acte d’allégeance), tous les invités avaient reçu un exemplaire d’un rapport critiquant le Rapport Goldstone [4]. On comprend la colère de la dame : c’est bien la peine d’offrir un bon repas à Delanoë et de lui remettre un document s’il ne s’empresse pas de faire sien à 100% le contenu de celui-ci ! C’est à désespérer de la démocratie, non ?

La palme de l’outrance revient sans doute à Serge Salfati, bloggeur ultra-réac et ultra-sioniste, qui semble croire qu’il a trouvé chez Drumont – que Théodor Herzl fréquentait et admirait beaucoup – l’inspiration qui convient, sans toutefois qu’il en ait le talent.

Il suggère ni plus ni moins que la fortune d’Edouard Carmignac, patron du fonds “Carmignac Gestion” qui a attribué son prix de photo-journalisme à Kaï Wiedenhofer [5], ne peut s’expliquer par ses activités de financier, en dépit du fait que – dit-il – toute sa vie soit vouée à accumuler “argent, fric, pognon, oseille, artiche, blé, oxygène, thune, maille, blé, sou, monnaie, cash, ronds, pépettes, flouze, pognon, galette, grisbi, sacs, brouzoufs, love, lait, flexs, tintins, as, aspine, aubert, avoine, balles, beurre, biftons, blanquette, boules, braise, bulle, caire, carbure, carme,chels, craisbi, douille, fafiots, fifrelins, fourrage, galtouse, ganot, gibe, graisse, japonais, mornifle, némo, os, osier, pèse, picaillons, pimpions, plâtre, radis, sauce, soudure, talbins, trêfle…”.

Mais voilà : si acharné soit-il à faire fortune, un financier suspect de compassion envers des Palestiniens ne saurait être considéré comme compétent dans l’art qui est le sien, et donc sa fortune est d’office inexplicable et suspecte aux yeux de notre sioniste très énervé. Qui en conclut donc – sans le moindre début de commencement de preuve, il va sans dire – que “peut-être que cette exposition à la gloire du Hamas, mouvement terroriste reconnu comme tel, est un début de réponse”. L’explication par la cupidité extrême et le bassesse de l’âme de qui leur déplaît semble vraiment très prisée dans les milieux sionistes ! Quand la cible n’est pas juive, il va sans dire.

Dans la foulée, ce fin lettré accuse Carmignac de “se prostituer devant des hommes à la djellaba immaculée et aux babouches chromées”, dont il serait devenu “le larbin rampant”, et autour de qui il distingue “un éternel parfum latent de rejet des juifs en permanence présent dans le monde de la haute finance hexagonale”.

Et, ajoute-t-il, « tout cela ne l’oublions pas avec l’éternel soutien de la Mairie de Paris dont le guignol en chef ne renoncerait pour rien au monde à ses vacances au Maroc (oui je sais le sous-entendu est odieux, mais je suis énervé) ».  Autrement dit, quand on prétend défendre Israël, ce qui selon nos observations empiriques implique forcément un certain énervement, on peut être odieux, c’est pas grave. C’est même recommandé.

Plaignons d’un cœur sincère MM. Kouchner et Delanoë d’avoir de tels “amis”. Mais personne ne leur avait donc dit que, par définition, et qu’il s’agisse de la conquête de territoires ou d’enjeux symboliques, les sionistes sont impossibles à satisfaire ?


[1] Quoiqu’il ne soit en rien dupe de l’hypocrisie de ceux qui vantent aux Palestiniens les charmes de la “non-violence” mais les encouragent surtout à la résignation. On lira avec profit “Rester sur la Montagne”, un livre d’entretiens avec Eric Hazan, qu’il a publié en 2005 (Ed. La Fabrique).
[2] L’UPJF s’est fixé pour objectif de devenir “un lobby juif pro-israélien” (ce qui ne l’empêchera évidemment pas de traiter d’antisémite quiconque oserait parler de “lobby juif”), et a reconnu avoir été financée par l’American Jewish Congress (interview de Claude Barouch, président de l’UPJF sur « Radio J » le 6 mars 2005).
[3] Soyons de bon compte, il y a aussi des dames. Ainsi parmi les fondateurs de l’organisation trouve-t-on Nicole GUEDJ, élue UMP de Paris, Présidente de la “Fondation France-Israël” et ancienne “Secrétaire d’État aux Droits des victimes” d’un gouvernement Raffarin, qui pendant son mandat ministériel participait à des colloques et autres manifestations de l’UPJF sans que personne songe apparemment à voir là un manquement au principe de la laïcité, si farouchement défendu lorsqu’apparaît un bout de foulard sur la tête d’une lycéenne musulmane.
[4] lui-même sioniste juif cloué au pilori par ses amis pour cause d’effort d’objectivité minimale.
[5] qui dans le passé avait récolté plusieurs autres prix prestigieux.

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