Dans l'actu

Etiquetage des produits des colonies : satisfaction mitigée du Comité BDS et des syndicalistes palestiniens [MàJ]

Luc Delval

Tandis que ministres et diplomates israéliens continuent à se répandre en imprécations burlesques contre la décision de l’Union Européenne, du coté palestinien la satisfaction est réelle mais mitigée.

Du côté israélien, les accusations d’antisémitisme, comme de coutume, sont utilisées à tort et à travers – sans plus convaincre personne hormis ceux qui en meurent d’envie par avance, tellement c’est outrancier – et les plus hypocrites (ils sont nombreux) versent une larme sur le sort des pauvres travailleurs palestiniens qui selon eux seront les premières victimes des étiquettes… après quoi ils retournent applaudir les braves soldats de leur armée qui tuent les mêmes travailleurs palestiniens à chaque coin de rue et jusque dans les hôpitaux à Hébron.

Quoi qu’il en soit, du côté du Comité National palestinien pour BDS on exprime une certaine satisfaction, mais très mesurée.

Mahmoud Nawajaa, coordinateur général du mouvement BDS, estime que l’obligation imposée à Israël d’étiqueter de manière non équivoque les produits provenant des colonies juives de Cisjordanie et du Golan et destinés au marché européen «est un signal de l’Union Européenne qui est le bienvenu qui indique que les dirigeants européens réagissent aux signaux de l’opinion publique, aux campagnes de la société civile, et à l’intransigeance d’Israël. Ils semblent devenir plus décidés à réagir aux violations israéliennes du droit international.»

Mais pour autant, a-t-il poursuivi, «mettre des étiquettes sur un petit nombre de produits israéliens est loin de constituer une réponse proportionnée face aux crimes de guerre répétés, et à la fraude sur une très large échelle des exportateurs israéliens destinée à tromper les administrations des douanes et les chaînes de magasins de la grande distribution à propos de l’origine des produits volés».

«L’Union Européenne et ses États membres doivent se conformer à leur obligation de ne fournir ni aide ni assistance, sous aucune forme, aux violations du droit international par Israël, et pour cela mettre fin à toute subvention aux sociétés israéliennes de production d’armes et interdire tout commerce d’armes entre Israël et l’U.E.», a-t-il encore souligné.

De son côté, Mohamed Al-Arqawi, Secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs de Palestine (General Union of Palestine Workers) a rappelé que «les syndicats palestiniens sont une partie essentielle du leadership palestinien du mouvement BDS,et nous accueillons favorablement toute mesure destinée à ce qu’Israël soit mis devant ses responsabilités en ce qui concerne ses colonies  illégales et ses autres crimes de guerre.»

«Les travailleurs palestiniens n’ont pas besoin qu’on leur explique qu’un boycott de plus en plus répandu d’Israël pourrait leur nuire financièrement. Nous le savons tous très bien et nous appelons au boycott parce que nous estimons qu’une pression politique et économique est indispensable pour contrecarrer la capacité d’Israël à continuer à nous refuser les droits les plus élémentaires. Ceux qui sont authentiquement soucieux des droits des travailleurs palestiniens devraient agir pour mettre fin à la destruction délibérée par Israël de l’économie palestinienne ainsi qu’à l’exploitation et l’oppression de notre peuple par Israël.»

L’OLP a également réagi : elle a qualifié l’étiquetage de mesure positive, mais « insuffisante ». « L’étiquetage par l’UE des produits des colonies est un pas dans la bonne direction, mais il est insuffisant : les produits issus d’un crime de guerre doivent être interdits, pas seulement étiquetés« , a dit l’OLP sur Twitter en faisant référence à la colonisation comme à un « crime de guerre« .

Face à la colère du gouvernement israélien, l’UE s’est montrée digne d’elle-même et de son légendaire courage politique, en s’efforçant de minimiser la portée de son geste. Le vice-président de l’exécutif européen Valdis Dombrovskis, rappelé que l’UE ne soutient «aucune forme de boycott ou de sanctions contre Israël», a insisté : «C’est une question technique, pas une prise de position politique». Raison sans doute pour laquelle il a fallu trois ans pour parvenir à se mettre d’accord au sein des instances européennes sur son adoption… On n’es ni moins menteur ni moins hypocrite du côté du Rond-point Schuman à Bruxelles que du côté de chez Netanyahou …

Print Friendly, PDF & Email