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L’entrée d’Israël prochainement interdite aux partisans (de + en + nombreux) de BDS

Luc Delval

La ghettoïsation d’Israël par ses propres dirigeants progresse à grand pas. Le « comité ministériel de législation » a approuvé lundi un projet de loi tendant à interdire l’accès du territoire israélien à toute personne qui appelle au boycott d’Israël.

Il s’agit d’une initiative du parlementaire Ynon Magal, un ancien présentateur télé devenu député du parti Bayit Yehudi, dont nous avons déjà parlé ici, qui prévoit que toute personne qui n’est pas citoyen israélien ou « résident permanent » et qui « appelle au boycott d’Israël ou l’encourage, ou qui appartient à une organisation qui appelle à ce boycott, ne pourra obtenir un visa ou un permis de résidence», indique le Jérusalem Post.

Dans l’exposé des motifs, le député Magal relève que les appels au boycott sont devenus beaucoup plus fréquents ces dernières années. « Il semble que les boycotts sont devenus un nouveau front dans la guerre contre Israël, pour laquelle l’état ne s’est jusqu’ici pas préparé de manière adéquate« , lit-on également. « Cette proposition de loi vise à empêcher les personnes ou les représentants de compagnies ou d’organisations qui appellent au boycott d’agir à l’intérieur de notre territoire pour promouvoir leurs idées« .

« Il ne se peut pas que quelqu’un qui cherche à nuire à l’État d’Israël puisse y pénétrer librement», a déclaré Magal après l’approbation de son projet. Selon lui « toute personne qui appelle au boycott d’Israël se rend coupable de terrorisme contre Israël, et il est impensable qu’elle puisse être autorisée à se déplacer librement et tranquillement dans le pays».

La future loi définit le boycott en se référant à un précédent texte de 2011, comme «le refus délibéré d’entretenir des liens économiques, sociaux ou universitaires avec une personne ou une institution uniquement en raison de ses connexions avec l’État d’Israël, ses institutions ou les régions sous son contrôle, dans le but de lui nuire économiquement, socialement ou sur le plan académique». Les mots « régions sous son contrôle » désignent évidemment les territoires palestiniens occupés, et visent par conséquent ceux qui appellent non au boycott d’Israël en tant que tel mais uniquement des colonies juives illégales [*] en Cisjordanie.

Ronnie Barkan (à gauche sur la photo), un des animateurs de « Boycott from within » (Boycott de l’intérieur) en pleine action…

Les parlementaires appartenant aux paris de l’«Union sioniste», de «Torah du Judaïsme Unifié», du «Shas» et du Likoud ont appuyé le projet.

Le texte ne fait aucune référence à l’évidente contradiction qu’il introduit avec la « Loi du retour » :

Les deux lois fondamentales de l’Etat, la «Loi du retour» (1950) et la «Loi sur la Nationalité» (1952) confirment le caractère uniracial de l’Etat israélien. La première de ces dispositions légales reconnaît d’office la nationalité à tout juif qui vient dans le pays comme immigrant. Quant à la deuxième, elle établit une discrimination scandaleuse entre habitants juifs et arabes.
En ce qui concerne l’acquisition de la nationalité, celle-ci est reconnue de droit aux juifs palestiniens par application de la «Loi du Retour» (art. 1 et 2). Cette discrimination étant réellement trop flagrante, le texte de sert de périphrases. A l’art. 2 il est question d’immigrants «dans le sens de la loi du Retour». Le terme d’«arabe» ne figure pas davantage dans la loi. Il s’agit, selon la formulation délicate de l’art. 3, de «tout individu  qui, immédiatement avant la fondation de l’État était sujet palestinien, et qui ne devient pas Israélien en vertu de l’art. 2.»
[…]
Ainsi, les lois fondamentales d’Israël consacrent indubitablement une discrimination d’ordre ethnique, justifiant le refus du retour des réfugiés et instituant au bénéfice des Israéliens juifs une espèce de statut de la nation la plus favorisée. (p. 313 – 314)

Nathan Weinstock – « Le sionisme contre Israël » – Maspéro Ed, 1969 – pages 313-314

Grâce au député Magal, le prétendu « droit au retour » des Juifs du monde entier ayant au moins un grand-parent juif perdra donc son caractère automatique et absolu, et deviendra subordonné à la conformité de ses opinions avec celles du gouvernement. C’est un précédent très important, car dès lors qu’une exception sera introduite dans la loi – « pas de droit au retour pour les partisans du boycott » – rien n’empêchera au fil des années d’en introduire d’autres, et c’est le principe même du prétendu « droit au retour » des Juifs qui est virtuellement remis en question ou qui en tout cas perd son caractère quasi-sacré. Or, il s’agit vraiment d’un des fondement de l’État d’Israël.

Toutefois, le projet prévoir la possibilité pour le ministre de l’intérieur de faire des exceptions pour « circonstances spéciales», et peut-être le fait d’être Juif en Israël deviendra-t-il donc une « circonstance spéciale», ce qui ne manquerait pas de sel…

Lieberman aussi a des idées géniales !

Pour ne pas être en reste, Avigdor Lieberman, du parti Yisrael Beiteinu, propose quant à lui au gouvernement Netanyahou que les partis politiques israéliens qui soutiennent le boycott des produits des colonies juives de Cisjordanie soient privés de tout financement public.

C’est le cas des partis Hash et Meretz, ainsi que du député Basel Ghattass, qui appartient à la « Liste unifiée » (à savoir la coalition formée par les partis représentant les Palestiniens d’Israël pour parvenir à conserver une représentation au parlement après une modification de la loi électorale qui visait à les en exclure).

Selon la proposition de Lieberman, « tout parti qui sciemment fait un appel au boycott d’Israël dans des conditions telles qu’il y a une chance raisonnable que cet appel soit suivi d’effets, ne sera plus éligible à un financement public».

Selon Lieberman, « ces actions [de boycott] contre le commerce avec Israël sont une forme nouvelle du vieil antisémitisme traditionnel, et ne peut avoir sa place à la Knesset».

D’éminents juristes israéliens s’opposent vigoureusement à ce projet, faisant valoir qu’il n’appartient pas à un gouvernement de décider lesquels de ses concurrents ou adversaires ont le droit de faire élire des représentants au parlement.



[*] c’est-à-dire toutes les colonies, qu’elles soient ou non reconnues par le gouvernement israélien. L’art. 49 de la quatrième Convention de Genève interdit à la puissance occupante de transférer une partie de sa propre population dans le territoire qu’elle occupe, et la Convention de La Haye sur le droit de la guerre lui interdit d’apporter au territoire en question des modifications permanentes, hormis pour répondre à une nécessité militaire.

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