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En grève de la faim dans une prison de l’AP, Zakaria Zubeidi, du «Théâtre de la Liberté», est en danger de mort

Jenny Nyman

Zubeidi, un ancien combattant qui, de façon retentissante, avait déposé les armes lors d’un accord d’amnistie en 2007, est détenu depuis mai par l’Autorité palestinienne. La grève de la faim qu’il a entamée pour protester contre sa détention sans mise en accusation met ses jours en danger.

Zakaria Zubeidi, cela vous dit quelque chose ? La plupart des gens, autour d’ici, en ont entendu parler, mais sans doute pas au cours de ces quatre derniers mois. Et ce, parce que Zakaria a passé tout ce temps en détention dans la prison de l’Autorité palestinienne (AP), à Jéricho, sans la moindre accusation, sans preuve contre lui, et il n’est entouré que par un silence assourdissant.

Zakaria a été arrêté le 13 mai au cours de sévères mesures de répression lancées par l’AP en réponse à la mort du gouverneur de Jénine, Kadura Musa. Entre 120 et 150 Palestiniens ont été arrêtés après l’attentat contre la maison du gouverneur, qui s’est finalement soldé par la mort de ce dernier d’une crise cardiaque.

La majorité des personnes arrêtées ont été relâchées depuis. Toutefois, hormis une libération de quatre jours à l’occasion de l’Eid al-Fitr, la détention de Zakaria a été régulièrement prolongée au fil du temps.

Zakaria Zubeidi

Zakaria Zubeidi

Parmi ses doléances à propos de tortures et de mauvais traitements figurent le fait d’avoir les mains attachées derrière le dos et d’avoir été poussé en bas d’un escalier, avoir été obligé de boire l’eau d’une cuvette de WC, avoir les bras liés ensemble, puis hissé en une position douloureuse durant deux jours d’affilée, avoir été attaché à une porte en fer à l’extérieur et ce, en pleine chaleur.

Dimanche, la semaine dernière, Zakaria a entamé un « jeûne de mort», refusant toute nourriture et toute boisson afin de protester contre sa détention par l’AP. Jeudi soir, à la suite de près de cinq jours de jeûne, il a accepté d’absorber un peu de liquide vu l’imminence d’une audition au tribunal qui a effectivement eu lieu hier (lundi), le 17 septembre. Comme le juge faisait part de sa décision de prolonger la détention pour 19 jours supplémentaires, Zakaria a levé la main.

Visiblement affaibli par sa grève de la faim et son refus d’absorber tout liquide, s’appuyant à la balustrade qui le séparait du tribunal et parlant d’une voix qui n’était pas particulièrement faible, Zakaria a annoncé qu’il allait reprendre son « jeûne de mort » : « Dès maintenant, je ne mangerai plus, je ne boirai plus et je ne dirai plus rien. » Enlevant sa chemise, il poursuivit : « J’ai été un combattant de la liberté toute ma vie. Pouvez-vous voir les blessures par balles que j’ai subies en combattant pour la liberté contre l’occupation israélienne ? Ce n’est pas maintenant que vous permettrai d’être ceux qui m’arracheront ma liberté. Vous me reverrez à mes funérailles dans quatre jours. » Il faisait allusion à l’avis d’un médecin qu’il avait reçu le matin même et qui lui avait dit qu’il ne tiendrait pas le coup plus de trois jours supplémentaires en grève complète de nourriture et de liquide.

Ceci constitue un geste extrême par un homme qui l’est tout autant. L’un des symboles de la résistance palestinienne durant la deuxième Intifada, Zakaria a reçu une reconnaissance internationale croissante ces dernières années en raison de sa décision de signer un accord d’amnistie avec Israël en 2007 et de soutenir le Théâtre de la Liberté dans le camp de réfugiés de Jénine dans ses efforts de créer un mouvement de résistance culturelle dans la partie nord de la Cisjordanie occupée. Mais quelque chose semble avoir foiré terriblement.

Manifestement, la situation pénible de Zakaria pouvant se solder par sa mort est une infamie totale pour l’AP et il convient de se demander si quelqu’un a réellement quelque chose à gagner dans cette situation. Bien sûr, personne ne s’attendait à ce que l’ombre du passé de Zakaria puisse un jour cesser de l’entourer mais, à coup sûr, le fait d’avoir survécu en tant que l’un des principaux combattants palestiniens de la Deuxième Intifada, uniquement pour se suicider dans une prison palestinienne quelques années plus tard ne peut être qu’une mauvaise nouvelle. En ce qui me concerne, et je crois que c’est le cas pour beaucoup d’autres, la mort de Zakaria porterait un coup mortel à la cause palestinienne.

MISE A JOUR – DERNIERES NOUVELLES
Dans Haaretz, Amira Hass annonce le 20 septembre que Zakaria Zubeidi a accepté de mettre fin à sa grève de la faim après avoir été averti de sa très prochaine libération.

 


Jenny Nyman est la veuve de l’ancien acteur et directeur de théâtre israélo-palestinien Juliano Mer-Khamis, abattu à la sortie du Théâtre de la Liberté à Jénine, en avril 2011.

Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

 

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