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En dépit des intimidations et de la répression, le mouvement BDS se répand dans les universités étatsuniennes

L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, prévoyait lundi dernier de prononcer une conférence de propagande à l’Université de Columbia. La soirée s’est avérée bien pénible pour lui, car le mouvement “Boycott, Desinvestissement, Sanctions” (BDS) se renforce constamment dans les universités étatsuniennes, en dépit des intimidations et de la répression.

Danny Danon a été la cible, successivement, de non moins de sept actions de protestations durant sa conférence. C’est notamment aux cris de “From the river to the sea, Palestine will be free” (Du Jourdain à la Méditerranée, la Palestine sera libre) que les protestataires, qui se réclament du “New York City school’s chapters of Students for Justice in Palestine” (SJP), et de “Jewish Voice for Peace” (JVP) et d’autres groupements classés “à gauche”, ont empêché l’ambassadeur de dérouler tranquillement sa propagande.

Parmi les autres slogans utilisés : “Les racistes ne sont pas les bienvenus”, “Danny Danon tu ne peux pas te cacher, nous t’accusons de génocide” et “Un, deux, trois, quatre, l’occupation finira. Cinq, six, sept, huit, Israël est un État d’apartheid”. Les manifestants brandissaient des drapeaux et des panneaux portant des slogans en faveur de BDS et de la résistance des Palestiniens.

Tandis que les manifestants étaient escortés vers la sortie par des gardes de sécurité, Danon – feignant d’oublier qu’il représente un gouvernement qui, comme ses prédécesseurs, s’est acharné depuis plus de 20 ans à ruiner toute possibilité de création d’un État palestinien – a caricaturé ses opposants de manière très classique : ils appartiennent selon lui à “ceux qui ne veulent de l’existence d’un État juif nulle part [1], quelles qu’en soient les frontières”. “Certains Palestiniens, mais pas tous, ne veulent pas d’un État palestinien aux côtés d’Israël, mais bien d’un État palestinien qui remplace Israël”, a-t-il ajouté.

La manifestation s’est poursuivie à l’extérieur de l’auditoire (tandis que des Juifs manifestaient leur amour pour … Donal Trump) où Danon s’adressait à une poignée d’inconditionnels :

Danny Danon lui-même est un personnage d’extrême-droite bien connu en Israël, qui avant sa nomination par Netanyahou à l’ONU, alors qu’il était ministre des Sciences, des Technologies et de l’Espace, avait pris position en faveur de l’annexion de la Cisjordanie. Après l’agression militaire israélienne contre la population de Gaza en 2014, il avait estimé que Netanyahou s’était montré “trop timoré”. Quant à un futur État palestinien, Danon avait estimé qu’il ne pourrait s’agir que d’un “État Facebook, qui récolterait “beaucoup de likes” mais sans aucune consistance concrète.

Comme de bien entendu – selon le compte-rendu de l’organisateur de la conférence, Victor Muslin, cité par The Algemeiner – Danon a “magistralement attiré l’attention sur l’incitation à la haine palestinienne et sur le fait que l’objectif des Palestiniens est la destruction totale d’Israël, pas la paix« .


[1] Au-delà du slogan – qui sert notamment à des gens comme Dannon à sous-entendre que leurs opposants visent à organiser “un second Holocauste” (feignant de croire que la transformation d’une structure étatique implique l’extermination de sa population) ce qui permet d’insinuer qu’ils sont donc forcément des nazis – il faut admettre que la question doit être effectivement posée : Israël (dont ±20% de la population n’est pas juive) a-t-il le droit d’exister en tant qu’État juif ? L’exigence du gouvernement israélien de voir Israël reconnu par les Palestinien comme “État juif” n’est apparue que relativement récemment (2009) : à aucun moment il n’en avait été question pendant les négociations précédant la signature des “accords d’Oslo”.

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