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En dépit des hurlements israéliens, le Parlement européen soutient le “rapport Goldstone”

En dépit d’une intense campagne de lobbying et de désinformation des services israéliens et de leurs innombrables succursales, le Parlement européen a apporté (par une majorité étriquée de 335 voix contre 287 et 43 abstentions) mercredi (10/3) son soutien au rapport Goldstone de l’ONU sur l’agression israélienne contre Gaza de décembre 2008-janvier 2009, et appelé à une enquête sur les “cas allégués de crimes de guerre” qui ont été perpétrés à cette occasion.

Le rapport du juge Richard Goldstone accuse Israël et – dans une moindre mesure – des groupes palestiniens d’avoir commis des crimes de guerre, voire même des crimes contre l’humanité, et recommande la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) si l’État hébreu persiste à refuser d’ouvrir une “enquête crédible” (on notera ici l’absence nullement fortuite du mot “indépendante”, comme si une enquête pouvait être crédible sans indépendance de ceux qui la mènent).

Pour rappel, le “rapport Golstone” (plus de 500 pages  dont on trouvera un résumé officiel ci-dessous) établit notamment que «il est clair, selon les preuves recueillis par la Mission que la destruction des installations d’approvisionnement alimentaire, des systèmes d’assainissement de l’eau, des usines à béton et de maisons résidentielles est le résultat d’une politique délibérée et systématique par les forces armées israéliennes. Il n’a pas été effectué parce que ces équipements présentaient une menace militaire ou un risque, mais pour rendre le processus quotidien de la vie, de façon digne, plus difficile pour la population civile» et aussi que «les opérations ont été soigneusement planifiées dans toutes leurs phases. Des avis et conseils juridiques ont été donnés à toutes les étapes de la planification et à certains niveaux opérationnels lors de la campagne. Il n’y avait presque pas de fautes commises, selon le gouvernement d’Israël. C’est dans ces circonstances que la Mission conclut que ce qui s’est passé en à peine plus de trois semaines à la fin de 2008 et au début de 2009 a été une attaque délibérément disproportionnée et conçues pour punir, humilier et terroriser une population civile, radicalement diminuer sa capacité économique locale de travailler et subvenir à ses besoins primaires, et de forcer un sens de dépendance et de vulnérabilité additionnel». *

Autrement dit, l’agression israélienne n’avait en aucune manière pour objectif d’anéantir une menace militaire (les tirs de Qassam vers des villes israéliennes) mais visait une population civile totalement désarmée, qui au surplus était mise dans la totale incapacité de fuir.

Après avoir tenté d’entraver le travail sur place de la commission d’enquête dirigée par le juge Golstone, après avoir tenter de faire passer cet éminent juriste sud-africain, juif et qui se proclame sioniste, pour un antisémite pathologique, après avoir mené campagne successivement contre la méthode de travail des enquêteurs de l’ONU, contre leurs conclusions et contre leur personne, la diplomatie israélienne est tenue en échec.

PROPAGANDE SIONISTE ET ANTISEMITE…

A l’université de Yale, lors d’une conférence du juge Goldstone, des sionistes enragés ont déployé cette banderole établissant une équivalence entre l’Affaire Dreyfus (1890-1906), le célèbre faux antisémite d’origine russe intitulé “Les Protocoles des Sages de Sion” (1903) et le “Rapport Gold­stone”. Le problème avec de tels procédés grossiers, c’est que la réalité de l’Affaire Dreyfus et la véracité du Rapport Goldstone ne pouvant être mis en doute, cela conduirait – à les suivre, par impossible – à conclure que les  “Protocoles des Sages de Sion” méritent la même considération.
(NB : ceci n’est pas une vidéo, mais une photo extraite d’une vidéo)

Non pas que soudain les gouvernements européens auraient cessé, même quelque peu, de faire preuve en toutes occasions d’un parti-pris pro-israélien massif [1].

Non, évidemment, ce n’est pas un revirement des gouvernements européens qui seraient soudain un peu plus soucieux du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes y compris quand ils sont arabes. Ce n’est pas un subit besoin de mettre en accord leur conscience (s’ils en ont une) et le droit international. C’est tout simplement que l’énormité des crimes israéliens et l’horreur qu’ils ont provoquée dans l’opinion des peuples du monde entier ne permet plus de les “couvrir” trop ostensiblement.

Dans leur résolution adoptée mercredi, les parlementaires estiment que les États de l’UE et le chef de la diplomatie de l’Union, Catherine Ashton, doivent “demander publiquement la mise en œuvre des recommandations” de ce rapport.

La représentation permanente d’Israël auprès de l’UE a aussitôt dénoncé une résolution “malheureusement erronée et contre-productive, autant que le rapport (Goldstone) lui-même”.

Cette résolution n’est pas susceptible de conduire à la paix, pas plus qu’elle n’améliore la position du Parlement dans son souhait de contribuer aux efforts de paix”, dénonce Israël, pour qui la seule manière de “contribuer à la paix” est manifestement d’applaudir frénétiquement lorsque ses troupes massacrent femmes et enfants, après les avoir assiégés, affamés, humiliés et avoir détruit leurs maisons sans aucune espèce de raison autre que leur appartenance à un autre peuple et leur insoumission au colonisateur.

Le Parlement européen ne dit rien d’autre que l’Assemblée générale de l’ONU quand il “invite les deux parties à procéder dans les cinq mois” à des enquêtes impartiales, afin de cherche à “établir les responsabilités pour toutes les violations du droit international, y compris les cas allégués de crimes de guerre”.

Les députés européens soulignent par ailleurs que “la crise humanitaire dans la bande de Gaza s’est encore aggravée en raison du blocus, qui est contraire au droit humanitaire international”.

La lucidité et le relatif courage politique des député européens sont certes positifs. Reste cependant que l’influence réelle du Parlement européen  sur la conduite de la politique extérieure de l’U.E. est des plus limitées, et que la faiblesse de la diplomatie européenne – qui se contente pour l’essentiel de suivre les circonvolutions de la politique étatsunienne dans l’espoir probablement vain de ne pas être tenue totalement à l’écart lors d’hypothétiques négociations “finales” –  est avérée, en particulier dans le dossier israélo-palestinien (voir à ce propos la démonstration sans appel de Barbara Delcourt, professeur à l’ULB, qui a analysé le double langage de l’U.E. ).

Luc Delval        

Goldstone_resume27p
 

Téléchargez le document ICI


* traduction officieuse – souligné par nous

[1] Pour ne rien dire de l’attitude américaine, formidablement illustrée par la conduite du vice-président américain qui pour “punir” le méchant gouvernement Netanyahou qui a eu le mauvais goût de ne pas attendre qu’il soit remonté dans son joli Boieng pour annoncer de nouveaux plans de colonisation de grande ampleur s’est mis très très en colère (si, très très, les média nous le garantissent !) et a pris sur le champ des sanctions exemplaires… c’est-à-dire qu’il s’est présenté avec une heure et demie de retard à un dîner officiel en son honneur… S’il n’avait pas été à ce point fâché, il aurait repris du dessert deux fois. Mais là, non.

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