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En Cisjordanie et Jérusalem-est, trois fois plus de démolitions de maisons palestiniennes qu’en 2010

Selon l’Office de coordination des Affaires humanitaires dans les territoires palestiniens occupés de l’ONU (OCHA), 35 Palestiniens ont été blessés par les forces d’occupation israéliennes entre le 8 et le 21 juin, ce qui porte à 822 le total des blessés parmi la population civile depuis le début de l’année en Cisjordanie et à Jérusalem-est, ce qui représente une augmentation de 17% par rapport à la même période de 2010.

Parmi eux, 28 ont été blessés au cours de manifestations concernant notamment la construction du « mur de l’apartheid » * ou l’extension de colonies israéliennes, ou encore contre la violence croissante des colons (notamment dans la région de Naplouse), ces manifestations ayant été réprimées par l’armée d’occupation.

L’ONU fait état, pour les deux semaines écoulées, de neuf attaques commises par des colons juifs contre des personnes ou des propriétés palestiniennes, notamment à Madama (près de Naplouse) et dans la vieille ville de Hébron (Al Khalil). Dans le village de Qusra (région de Naplouse), des colons ont – indique l’ONU – physiquement agressé deux enfants, âgés de 10 et de 12 ans, et endommagé un tracteur. A Madama et à Al Mughayyir (Ramallah), des colons ont incendié des cultures de blé et d’orge sur une superficie de 46.000 mètres carrés.

A Madama, c’est la quatrième fois que de tel agissements ont lieu en un mois. Depuis le début de l’année, l’OCHA a enregistré 46 incidents du même genre, impliquant la destruction totale ou partielle par le feu de cultures ou d’arbres par des colons israéliens. A cela s’ajoute – toujours selon le rapport de l’ONU – la destruction au bulldozer d’installation d’adduction d’eau ou d’irrigation. Durant les deux semaines écoulées, ce fut le cas dans le village de Kisan (Bethléem) et dans celui de Aqraba (Naplouse). La dégradations causées à ses véhicules palestiniens par des jets de pierre ne sont rappelés que pour mémoire,…

Et ce n’est pas tout : à la violence « artisanale » des colons extrémistes (désolés pour le pléonasme), s’ajoute la violence exercée par l’appareil de l’État israélien lui-même, à savoir l’armée d’occupation.

Au cours des deux semaines passées, l’ONU dit avoir constaté « une vague de démolitions, au cours de laquelle les autorités israéliennes ont détruit 72 structures [bâtiments] appartenant à des Palestiniens, dont 43 habitations« , dans la « zone C » (les quelque 60% du territoire de la Cisjordanie sous contrôle exclusif de l’occupant). Le prétexte est toujours le même : « absence de permis de construire »… pour la bonne raison que l’occupant n’autorise pratiquement jamais un Palestinien à construire sur sa propre terre (qu’il a bien l’intention de voler tôt ou tard). Il en a résulté que, en deux semaines, 218 personnes, dont 141 enfants, ont été « déplacées », c’est-à-dire sont devenues des sans-abri.

La communauté bédouine de la vallée du Jourdain – une proie particulièrement facile pour la valeureuse armée israélienne – a une fois de plus été particulièrement touchée. En quinze jours, les Bédouins de Al Hadidya (gouvernorat de Tubas) ont été à deux reprises la cible des militaires israéliens, qui ont détruit 33 bâtiments, dont 8 habitations, 21 abris pour animaux et 4 cuisines. A Fasayil Al Wusta,  autre communauté bédouine de la vallée du Jourdain (région de Jéricho), 26 bâtiments ont été démolis par les Israéliens, et 100 personnes ont été déportées. Ailleurs encore, l’armée d’occupation a détruit une installation d’assainissement de l’eau et des réservoirs. En résumé : tout est fait pour rendre la survie des Bédouins impossible, et les chasser de leurs terres ancestrales.

Depuis le début de l’année, l’occupant a détruit non moins de 293 bâtiments appartenant à des Palestiniens à Jérusalem-est pour dans la « zone C » en Cisjordanie, et déporté de ce fait 691 personnes. Cela représente plus de trois fois le nombre de démolitions et quatre fois le nombre de déportations enregistrées par l’OCHA onusien durant la même période de 2010.

Par ailleurs, l’armée israélienne s’est enfin décidée à exécuter des décisions de la justice israélienne remontant à plusieurs années, qui ordonnaient le démantèlement de quelques centaines de mètres du mur de l’apartheid, à Bili’in et Khirbet Jubara (près de Tulkarem). Les juges israéliens avaient estimé que le tracé du mur causait « un préjudice disproportionné » aux habitants Palestiniens.

Évidemment, il ne s’agit que de déplacer le mur et pas de le supprimer. D’ailleurs, l’OCHA note qu’il y a « un bénéfice limité » pour les Palestiniens (notamment 300 personnes résidant dans une zone qui se trouvait coincée entre la « ligne verte » et le mur et donc sans communication possible avec le reste de la Cisjordanie, et l’interdiction de se rendre en Israël). Mais il n’en reste pas moins que le nouveau tracé du mur est toujours situé sur le territoire palestinien occupé, et que par conséquent la violation du droit international perdure y compris sur le nouveau tracé.

Prochain épisode : Gaza, le « club Med » où l’ambassadrice d’Israël rêve de passer ses vacances
(ce n’est pas la seule raison de douter de sa santé mentale).
Les données ci-dessus figurent dans le rapport périodique de l’OCHA sur la protection civils.

L.D.


* ce n’est évidemment pas la terminologie utilisée par l’ONU, mais c’est celle qui résume le mieux le rôle et la signification de ce « mur ».

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