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DEXIA, en cure d’amaigrissement forcée, s’accroche à la terre de Palestine

Le 12 mai prochain, les actionnaires de DEXIA se réuniront à Bruxelles. La banque – héritière de la “banque des communes”, l’ex-CREDIT COMMUNAL de BELGIQUE, et à ce titre toujours pour une partie significative propriété de pouvoirs publics belges – a traversé, comme la plupart des autres grandes banques, une zone de sévères turbulences, résultats de l’aventurisme bancaire que l’on sait.

Elle a donc, à la fin de 2008, été littéralement mise sous perfusion financière par trois États (Belgique, France, G-D de Luxembourg), qui pour éviter la faillite ont injecté la bagatelle de 6,4 milliards d’Euros et apporté leur garantie pour sa dette à hauteur de 150 milliards d’Euros supplémentaires*.

Vigilante gardienne du principe de la “concurrence libre et non faussée” – dogme revêtu d’une sacralité quasi-religieuse – la Commission Européenne a exigé de la banque DEXIA qu’elle “réduise son périmètre”. Autrement dit, ayant bénéficié des largesses des contribuables par l’intermédiaire des gouvernements, DEXIA est contrainte à une cure d’amaigrissement (outre, bien entendu, la promesse de ne plus faire de bêtises, alors que chacun sait que les règles du jeu bancaire mondial n’ont pas changé). D’ici 2014, le total du bilan de DEXIA devra avoir diminué de 35% (par comparaison avec 2008).

On observe donc avec intérêt la liste des filiales dont DEXIA a annoncé l’intention de les vendre. DEXIA se débarrasse de filiales en Italie, en Slovaquie, en Espagne. Elle largue un “portefeuille obligataire” lié à une ancienne filiale étatsunienne (160 milliards d’Euros, une paille), et une compagnie d’assurances en Turquie.

Mais, dans tout ce qui a filtré par-dessous les portes matelassées de la salle du conseil d’administration de DEXIA, on cherche en vain trace de la vente ou de la liquidation prochaine de la filiale israélienne de DEXIA, sans doute trop rentable.

En 2001, Dexia SA a pris le contrôle de banque israélienne Otzar Hashilton Hamekomi, rebaptisée par la suite. Une implantation sans doute trop rentable pour être remise en question, grâce notamment au juteux marché du finan­cement de la colonisation de la Cisjordanie occupée et de Jérusalem-Est. DEXIA fait en effet partie des grands profiteurs de la dépossession des Palestiniens, comme le site israélien « whoprofits.org » le souligne opportunément (la “fiche” de DEXIA est ICI). DEXIA-Israël occupe le troisième rang en ce qui ce qui concerne le volume de financements consentis aux municipalités israéliennes, derrière les banques Hapoalim et Leumi.

Voici comment cela fonctionne :

Palestine occupée – Dexia impliquée | Israël koloniseert – Dexia financiert from intal info on Vimeo.

L’Assemblée générale annuelle doit donc être l’occasion pour les actionnaire qui ne sont pas seulement attachés à leurs dividendes, mais qui tiennent aussi à ce que “leur” banque respecte un certain nombre de principe éthiques, et le droit international, de réclamer des comptes au conseil d’administration, notamment quant au respect des engagements pris par son Président, M. Jean-Luc Dehaene.

En 2009, il a en effet annoncé que DEXIA cessera de financer l’implantation et le développement de colonies juives en Cisjordanie occupée, “au-delà de la ligne verte”. Mais pas un mot quant à Jérusalem-Est.

Le 30 décembre 2009, la “Radio Israël” – relayée par la presse –  signalait que DEXIA “refuse d’assister les conseils locaux de Judée-Samarie”.

Et le Jerusalem Post d’ajouter que “la décision de Dexia-Israël, selon différents sites Web palestiniens dès juin de cette année, fait apparemment suite à une campagne politique en Belgique. Un site pro-palestinien a cité les propos d’un dirigeant de Dexia selon lesquels les financements des implantations de Judée et Samarie  sont contraires au code d’éthique de la banque” .

Dexi-Israël, pour sa part, avançait pourtant un tout autre motif officiel : “si un accord entre Israël et les Palestiniens venait à être signé – et les implantations démantelées –, les localités concernées ne seraient plus en mesure de rembourser leurs prêts”.

Selon le Jerusalem Post : “Shmouel Reifman, président du Centre pour les conseils régionaux, souligne que Dexia a été soumis à un certain nombre de pressions externes pour qu’il mette un terme aux crédits accordés à certaines municipalités de Judée-Samarie. La filiale locale, Dexia Israël, réfute : le groupe opère uniquement sur des critères commerciaux – et non politiques”.

D’où il faut déduire soit que les banquier de DEXIA-Israël sont les seuls à encore croire qu’un tel accord puisse être signé, soit qu’il y a d’autres raisons, que la politesse et l’esprit commercial interdisent de formuler à voix haute ?

Cette annonce n’a évidemment pas manqué de susciter des réactions passionnelles dans le public israélien. Sur les forums du “Jerusalem Post” (quotidien de droite), on a ainsi vu apparaître des commentaires de ce style :

Premièrement il n’y aura pas de “paix” dans un avenir prévisible, d’autre part la plupart des communautés juives établies sont là pour rester quoi qu’il arrive à jamais ! Je suggère à la Banque d’Israël de retirer immédiatement la licence de Dexia pour sa politique hostile, sélective, anti-juive, ségrégationniste et raciste. Je voudrais bien entendre les explications de “Dexia” à propos du contenu exact de ce “code de déontologie” sur lequel elle fonde sa décision.

D’autres ont qualifié DEXIA de “lâches et esclaves de l’islam”, et beaucoup lancèrent donc des appels au boycott de Dexia-Israël (ce qui ne devrait pas trop affecter la banque, puisqu’elle n’exerce aucune activité bancaire dite de “retail”, et ne s’adresse donc pas au grand public pour lever des fonds, et n’a pas de réseau d’agences comme en Belgique).

D’autres encore, comme on pouvait s’y attendre (c’est une figure obligée du débat public), n’ont pas manqué d’invoquer le souvenir des persécutions nazies contre les juifs d’Europe… :

En tant que client de Dexia, nous espérons que nos investissements soient mis dans des projets éthiques, par exemple, et pas dans l’industrie des armes, dans l’énergie nucléaire, pas dans un projet qui pourrait être utilisé pour le terrorisme, et certainement pas dans des projets qui nous rappellent la manière dont nous avons été traités par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale. Dexia et de nombreuses autres banques s’abstiennent de financer des projets en Cisjordanie et les projets israéliens en général. Je suis déçu que Dexia n’a pas été plus honnête à ce sujet.

Chacun, on le voit, a sa conception de l’éthique. La colonisation du territoire palestinien fait manifestement partie de celle de pas mal d’Israéliens, qui au surplus paraissent ignorer la place que l’industrie de l’armement et de la “sécurité” tient dans leur économie…

Quelques intervenants dans ce débat prenaient quand même la défense de DEXIA-Israël, faisant par exemple valoir que les autres banques adoptent la même attitude :

“Pourquoi s’en prendre à Dexia ? Nous venons d’acheter une maison ce mois-ci dans la région de Binyamin et une seule banque accorde des prêts ici et c’est Tefahot. Alors, pourquoi blâmer une banque étrangère lorsque nos propres banques israéliennes sont tout aussi anti-colonisation ?”

Il y eut même, sur le site du Jerusalem Post, une intevention signée “A belgian peace activist” :

Chers amis,  je suis l’un des Belges qui a fait la campagne contre l’implication de notre banque Dexia pour le financement des colonies. Nous considérons les Palestiniens comme des êtres humains et nous n’acceptons pas la colonisation illégale de leur territoire. Cette campagne continuera jusqu’à l’arrêt par Dexia du financement de la municipalité de Jérusalem (côté est), en tant que territoire occupé. Tant qu’Israël n’appliquera  pas TOUTES les résolutions de l’ONU, nous allons renforcer la campagne de campagne de boycott et de désinvestissement contre l’occupation israélienne. Donc j’espère vraiment que Dexia va sortir d’Israël. Bonne année à tous.

Tels sont en effet les enjeux actuels :

  • le financement des colonies par DEXIA-Israël a-t-il réellement pris fin ? Si de nouveaux contrats ne sont plus conclus (ce qui demande confirmation), qu’en est-il des financements accordés antérieurement ? La banque fait-elle en sorte de purger son portefeuille de ces contrats conclus en violation du droit ?
  • DEXIA-Israël doit étendre cette politique de non-participation à la colonisation à Jérusalem-Est, qu’Israël a illégalement annexée, mais qui fait – pour l’ONU et le monde entier – partie intégrante des territoires palestiniens. DEXIA ne devant sa survie qu’à une injection massive d’argent public, son devoir de respecter le droit, y compris le droit international humanitaire, n’en est que plus fort.
  • au-delà d’une simple abstention de participer à des activités manifestement contraires au droit international, DEXIA devrait désinvestir d’Israël (sa cure d’amaigrissement forcée lui en fournir l’occasion), de manière à participer à la pression croissante qui s’exerce pour que cesse l’occupation et que puisse enfin être négociée la seule paix possible, c’est-à-dire une paix entre égaux et non entre maîtres et esclaves.

Voilà pourquoi il faut participer avec détermination à la campagne “Palestine occupée – Dexia impliquée”, et plus particulièrement à l’action qui a lieu à l’occasion de l’Assemblée générale des actionnaires du 12 mai.

Il y a plusieurs manières de le faire, qui sont détaillée sur le site de INTAL.
La Plate-forme Charleroi-Palestine a adhéré à la “Plate-forme DEXIA” ** et plusieurs de ses membres prendront part à ces actions le 12 mai. Si vous voulez vous y associer, n’hésitez pas à vous manifester, vous êtes les bienvenus !


* montant ramené ensuite à 100 milliards d’Euros
** les plate-formes parlent aux plate-formes, en quelque sorte… 🙂

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