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Deux adolescents palestiniens amputés effectuent une ascension historique du Kilimandjaro

BETHLEEM (Ma’an) – Deux adolescents palestiniens sont entrés dans l’histoire en étant les premiers amputés du monde arabe à escalader le mont  Kilimandjaro en Tanzanie.

Le 23 janvier, Mutussam Abu Karsh, 16 ans, de Gaza, et Yasmeen Najjar, 17 ans, du village de Burin (Naplouse) ont terminé leur expédition de huit jours vers le sommet de la plus haute montagne de l’Afrique.

L’Ascension de l’Espoir était organisée par le Palestine Children’s Relief Fund (PCRF – Fonds d’aide aux enfants palestiniens), dont le siège est à Ramallah, afin d’attiser les consciences sur les graves problèmes des enfants blessés dans les zones conflictuelles du Moyen-Orient, et de collecter de l’argent pour fournir des soins médicaux aux enfants syriens blessés durant la guerre actuellement en cours dans le pays.

Mutassam, 16 ans, et Yasmeen, 17 ans photographiés au sommet du mont Kilimandjaro.(MaanImages/PCRF)

Mutassam, 16 ans, et Yasmeen, 17 ans photographiés au sommet du mont Kilimandjaro.(MaanImages/PCRF)

Voyageant au sein d’un groupe de 12 personnes dirigé par Suzanne al-Houby, la première femme arabe à avoir atteint le sommet de l’Everest, Mutassam et Yasmeen ont bravé des conditions météorologiques extrêmes pour franchir les 5.895 mètres du sommet du pic Uhuru, qui, en swahili, signifie « liberté ».

« Je suis fier que nous soyons les premiers à porter le drapeau palestinien au sommet du mont Kilimandjaro afin d’aider d’autres enfants et je veux leur montrer que, malgré nos blessures, nous sommes en mesure de réaliser n’importe quoi », a déclaré Mutassam à l’issue de l’ascension.

« C’est la première fois que je ne suis senti réellement libre ; pas de murs, pas de frontières, pas de check-points ni de soldats. »

En 2006, Mutassam a perdu la jambe gauche et une partie de la mai, après qu’un obus de char israélien eut explosé alors qu’il jouait au football dans la partie nord de la bande de Gaza. l

Soigné aux États-Unis et à Dubaï, avec l’aide du PCRF, on lui a placé une jambe artificielle juste en dessous du genou et il a bénéficié de chirurgie de reconstitution à la main.

Yasmeen, 17 ans, a eu la jambe amputée à l’âge de trois ans après avoir été heurtée par un véhicule de l’armée israélienne alors qu’elle jouait à l’extérieur de sa maison à Burin, un village de la banlieue de Naplouse.

Il lui avait fallu franchir plusieurs check-points militaires israéliens pour atteindre l’hôpital le plus proche et, au moment de son arrivée, sa jambe n’avait plus pu être sauvée.

En 2005, le PCRF a financé son traitement aux États-Unis puis à nouveau à Dubaï et à Jérusalem.

« Le plus beau moment, ç’a été quand nous avons atteint le sommet du pic. C’a été un moment très excitant, je l’ai beaucoup apprécié, c’était inoubliable », a-t-elle dit dans une vidéo après l’expédition.

« J’ai escaladé le mont Kilimandjaro parce que je veux inciter d’autres jeunes Arabes à penser que, quoi qu’il vous arrive, vous pouvez faire tout ce que vous désirez faire, au cours de votre existence. »

L’ascension a récolté plus de 120.000 $ par le biais de sponsors (sociétés et personnes), et cet argent servira à traiter des enfants syriens blessés, du fait que les équipements de soins ne cessent de se dégrader sous les effets de la guerre, a expliqué à l’adresse de Ma’an Steve Sosebee, président du PCRF, qui participait également à l’expédition.

« Ils (Mutussam et Yasmeen) représentent le véritable esprit des enfants de la région qui ont dû surmonter des circonstances physiques, politiques ou économiques pour mener une existence normale », a-t-il ajouté.

« Le fait que les deux adolescents ont goûté à la liberté en Afrique les a mis en mesure d’utiliser cette expérience afin de surmonter leurs handicaps. »

Les restrictions de déplacement à Gaza ont failli
empêcher l’ascension

Bien qu’il eût déjà fallu surmonter d’énormes obstacles physiques et psychologiques pour achever l’ascension, la politique a failli empêcher dès le départ Mutassam de se rendre en Tanzanie.

Yasmeen Najjar, 17 ans. (PCRF)

Yasmeen Najjar, 17 ans. (PCRF)

Le jour où il devait quitter Gaza pour l’Afrique, les autorités égyptiennes ont fermé le passage de Rafah, ce qui signifiait que sa seule possibilité de voyage devait passer par le terminal d’Erez, contrôlé par Israël.

Pour passer par Erez, les autorités israéliennes exigent un visa de voyage à l’avance, ce qui signifiait que le PCRF a dû négocier le visa de l’UAE, généralement refusé aux gens de Gaza.

L’organisme d’aide aux enfants a également dû demander à la Jordanie l’autorisation de traverser le pont Allenby, avant de quitter Gaza.

Mutussam Abu Karsh, 16 ans, de Gaza. (PCRF)

Après avoir franchi le contrôle de sécurité israélien au passage d’Erez, avec l’aide du bureau du président Mahmoud Abbas, Mutassam a pu entrer en Jordanie en empruntant le dernier bus encore disponible et il est enfin parvenu à prendre l’avion pour Abou Dhabi.

Il a ensuite pris un avion pour Doha et est finalement arrivé à Dar es-Salaam, bien que ses bagages se soient perdus en cours de route et qu’il ne soit arrivé que trois jours plus tard, alors que l’ascension avait déjà commencé.

Lors de son voyage de retour vers Gaza, les autorités israéliennes ont empêché Mutassam de franchir le check-point de Qalandiya, bien qu’il disposât à l’avance de l’autorisation de le faire.

Après qu’elles l’eurent empêché deux jours durant de poursuivre son voyage, les forces israéliennes, grâce aux pressions du bureau de M. Abbas, ont enfin permis à  Mutassam de franchir le check-point militaire et de rentrer chez lui.

Le groupe déploie le drapeau palestinien à très peu de distance du sommet. (PCRF)

Le groupe déploie le drapeau palestinien à très peu de distance du sommet. (PCRF)

Sosabee déclare que les deux adolescents sont plus confiants, après l’escalade, et qu’ils assument la responsabilité de devenir des leaders et ambassadeurs pour d’autres enfants qui ont été blessés dans des zones conflictuelles.

« Ils représentent le véritable esprit des enfants palestiniens et apportent un message d’espoir aux enfants de tout le Moyen-Orient qui, à leur instar, ne sont pas handicapés, mais à même de réaliser quelque chose. »

« Leur but est de continuer à servir de modèles et de sources d’inspiration pour d’autres enfants, de montrer que, malgré leurs handicaps physiques, ils peuvent surmonter ces derniers et réaliser leurs rêves dans la vie. »


Publié sur Ma’an News Agency le 22 février 2014. Traduction : JM Flémal.

 

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