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Désinformation estivale sur France-Inter (et ailleurs) [MàJ]

Pascal Boniface, spécialiste des questions de géopolitique, auteur de « Est-il permis de critiquer Israël » [1] après avoir fait l’objet d’une campagne haineuse pour avoir commis une note interne au P.S. français, et de « Les intellectuels faussaires – Le triomphe médiatique des experts en mensonge » [2], dans lequel il s’en prend principalement à ceux qui l’avaient pris pour cible à propos du premier livre cité (vous suivez ?), publie sur son blog une très juste analyse sur l’imprégnation sioniste de l’information sur le service public radiophonique en France.

Il vise particulièrement, à bon droit,  Frédéric Encel (doublement faussaire puisqu’il s’invente des titres universitaires aussi prestigieux qu’imaginaires et parce qu’il dissimule son affiliation à l’un des courants les plus extrémistes du sionisme) et au directeur de France-Inter, Philippe Val, ancien patron de « Charlie Hebdo », ancien pourfendeur de BHL et de Sarkozy rallié à ce dernier avec un manque de pudeur qui ne le dispute qu’à son incompétence pour les fonctions où son nouveau copain l’a propulsé.

Il y aurait bien des choses à écrire à propos de l’engagement sioniste de beaucoup de journalistes du service public de l’audio-visuel en France. Ceux que cela intéresse se reporteront par exemple au site de l’Observatoire des Média ACRIMED [3].

Pascal Boniface écrit :

Philippe Val a-t-il voulu donner un argument supplémentaire à mon livre « Les intellectuels faussaires » ? On pourrait le croire puisqu’il a confié pour la grille d’été sur France Inter, une chronique quotidienne sur la géopolitique à Frédéric Encel.

S’il avait attribué une chronique quotidienne à un journaliste du Monde diplomatique, cela aurait déclenché un tollé au nom de la subjectivité de la personne choisie.
Philippe Val n’aurait pas pu confier non plus ce type de chronique, par exemple, à Gilles William Goldnadel qui est le président de « France – Israël ». Là encore il aurait essuyé le reproche de parti pris. Goldnadel affiche franchement ses convictions. Frédéric Encel cherche à masquer ses engagements communautaires sous des apparences universitaires. C’est le propre même de la stratégie d’influence.

Alexandre Adler a mis sa notoriété, acquise depuis longtemps, au service de la cause d’Israël. C’est la défense d’Israël, quoi que fasse son gouvernement, qui a assuré la promotion de Frédéric Encel.

Il n’a jamais obtenu de poste d’enseignant titulaire dans une université, ni de chercheur dans un Think tank, ni de journaliste titulaire d’une carte de presse. Il s’est régulièrement paré de titres universitaires qu’il n’a pas, afin de se donner une légitimité généraliste sur les questions internationales.

Mais pour que celle-ci soit plus efficace, il lui faut cacher son parcours au public. Il a abandonné ses références rituelles à Jabotinsky, le leader d’extrême droite israélien, ses condamnations des juifs qui ne soutiennent pas le gouvernement israélien, et il tente de faire oublier son passage au Betar [5].

Son intérim à France Inter est une « opération blanchiment » qui vaut la peine de faire l’impasse sur ses vacances estivales. Sa stratégie consiste à défendre Israël en masquant ses engagements communautaires. On peut d’ailleurs être certain qu’il cherchera à employer un discours apparemment modéré au cours de ses chroniques, et qu’il sera moins partisan que dans ses interventions régulières devant les instances communautaires.

Le 29 juin 2011, reçu par le Comité directeur élargi du CRIF , Frédéric Encel intervenait sur le thème de l’Assemblée Générale de l’ONU : « Israël menacée en septembre 2011 ». Selon le compte rendu de cette réunion que l’on peut trouver sur le site du CRIF, il a rassuré son auditoire et montré qu’Israël est parfaitement en droit de protéger ses côtes et d’instaurer une blocus maritime d’un territoire ennemi. Il évoquait également le boycott des produits israéliens, les tendances actuelles de la diplomatie française, la détention de Gilad Shalit, le printemps arabe ou encore la politique des principaux partis politiques français à l’égard d’Israël.

Frédéric Encel a parfaitement le droit d’avoir les convictions qui sont les siennes. Là où c’est plus gênant pour le respect des auditeurs, c’est de cacher d’où il parle.

On fera la comparaison avec cette chronique de Claude Askolovitch sur Europe 1 :


La Palestine, une « cause française » par Europe1fr

MISE A JOUR :
Frédéric Encel rassure la communauté juive :
globalement les médias français sont «sous contrôle»

Pascal Boniface a publié en 2015, aux Éditions Max Milo (réédité en « poche » chez Pocket), un nouvel ouvrage qui complète “Les intellectuels faussaires – Le triomphe médiatique des experts en mensonge”, sous le titre “Les pompiers pyromanes – Ces experts qui alimentent l’antisémitisme et l’islamophobie”. Sur la colonisation des antennes françaises par des journalistes qui sont autant de propagandistes d’Israël, il écrit (p. 167 et suivantes) :

«Frédéric Encel est connu pour ses analyses biaisées, son art de la dissimulation et sa capacité à masquer son passé extrémiste et ses attaches communautaires. Il est capable de parler franc et direct lorsqu’il s’adresse à un cercle purement communautaire ou très restreint et qu’il pense que ses propos ne filtreront pas à l’ extérieur. Hélas pour lui, le huis clos n’a plus cours aujourd’hui et il est devenu très difficile qu’une intervention devant plusieurs personnes ne filtre pas à l’extérieur. Surtout quand elle se tient devant une association qui dispose d’un média, en l’occurrence une radio.

Conversations (peu) secrètes

Invité à Strasbourg le 23 juin 2013 par Radio Judaïca-Strasbourg sur les thèmes «1981-2003 : quel avenir pour les médias « juifs » en France ? » et « La situation au Proche-Orient : débat d’actualité», Frédéric Encel va se livrer à un véritable festival dont il ne pensait pas qu’il pût être rendu public. Le site précise d’ailleurs: « C’est devant un public conquis que s’est déroulée la conférence de Frédéric Encel». Indiquant dès le départ qu’il fait beaucoup de conférences en France à l’étranger et, pour ce qui est de la France, dans « l’ensemble de la France juive de Drumont» (sic), notre héros tient à rassurer ses auditeurs.

Alors que beaucoup dans la communauté juive se plaignent du traitement médiatique réservé à Israël, qu’ils jugent trop sévère, il martèle «ce n’est pas vrai, on retrouve vraiment des médias favorables à Israël, équilibrés, honnêtes, partout, absolument partout. C’est vrai sur le papier, c’est vrai à la radio, c’est vrai à la télévision », même s’il déplore que sur Internet c’est plus compliqué. On a donc compris que pour Frédéric Encel, honnêteté signifie favorable à Israël. Dommage qu’il ne le dise pas sur les antennes publiques !

Alors que, selon lui, en Belgique, en Espagne et même en Angleterre il est devenu difficile de défendre Israël, « ce n’est pas le cas en France ». Nous voilà rassurés.

A tout seigneur tout honneur. Il commence par évoquer son cas personnel : «Pendant que vous êtes vacances, en club ou ailleurs, tous les matins à 7h45, Bibi il beurre (sic) sur France Inter. Je fais la chronique géopolitique à 7 h 45 tous les matins estivaux et cela va recommencer à partir du 15 juillet, bonnes vacances à vous, moi je bosserai ». Ainsi, celui qui aime à se présenter comme un rigoureux universitaire non partisan, admet ouvertement que son boulot, c’est de défendre Israël dans les médias, y compris au moment où la majorité des Français prennent des vacances.

Rappelons que c’est Philippe Val qui a offert cette chronique estivale à Encel; et qu’Encel avoue clairement à un public communautaire qu’il est sur les antennes d’une radio de service public pour défendre l’image d’un pays étranger.

« Sur ce terrain je peux vous dire que je dis ce que je veux, que des copains comme Guillaume Erner, qui est vraiment bien, sont tous les jours sur France Inter. Celui qui fait « Le Téléphone sonne », l’une des émissions radiophoniques françaises les plus écoutées en France depuis des années, c’est Pierre Weill, qui fut correspondant à Jérusalem et qui est d’une droiture remarquable».

Traduisons le langage encelien : droiture signifie favorable à Israël.

Il salue la performance d’Alexandre Adler sur Europe 1 ainsi que Nicolas Poincaré [6] qui est «remarquable lui aussi là-dessus». Chacun appréciera ce tableau d’honneur un brin particulier. « Je ne vais pas vous faire toute une litanie, on ne va pas dresser des listes. Europe 1 ne peut être considérée aujourd’hui comme une radio, notamment dans les journaux d’information, défavorable à Israël ».

On imagine les difficultés qui s’abattraient sur quelqu’un qui voudra à l’instar de Frédéric Encel, dresser une liste de partisans d’Israël dans les médias.

Emporté par son élan, il poursuit sa démonstration : « France cul (traduisez France Culture) est une radio qui est extrêmement favorable». Chacun appréciera.
« Les rédactions des grandes radios vous trouveraient très difficilement, même si vous avez envie d’en trouver, une émission ou un journaliste anti-israélien – eh bien bon courage! Vous aurez du mal à le trouver ! »

Cela a le mérite de la franchise, et j’avoue pour une fois que je partage absolument l’analyse de Frédéric Encel. Lui-même admet, certes sans savoir que ses propos vont avoir un plus large écho qu’un auditoire communautaire, qu’on a plus de difficulté à s’exprimer dans les médias si on est critique de la politique d’Israël, mais que la présence est plus aisée en cas contraire.

« Adler c’est quelqu’un qui est viscéralement favorable à Israël, et il est très violemment combattu, contesté, comme votre humble serviteur, lui encore plus pour ça».
Ainsi donc, Frédéric Encel victime d’être – à l’instar d’Adler – attaqué parce que « viscéralement favorable à Israël », lui qui se présente comme « un universitaire rigoureux et neutre sans lien aucun avec les cercles communautaires» !
Pourquoi tient-il un discours différent selon qu’il est face au grand public ou face à un public communautaire? Là encore Docteur Encel et Mister Frédéric.
Le premier se veut être le parangon de la neutralité universitaire et de l’ objectivité scientifique. Le second s’avoue partisan d’un État étranger et dévoué à sa cause.

A la télévision il déplore que « Calvi dirige la seule vraie vraie émission quotidienne de débat en France  [C Dans l’Air, diffusée sur la chaîne France5 – NDLR]. En fait il ne la dirige en rien, il dirige les invités mais ce n’est pas lui qui les invite, si vous protestez parce que vous voyez trop l’ignoble Boniface (sic) ce n’est pas sa faute, c’est pas Calvi, c’est le type qui a créé l’émission qui fait du foot avec ce débile ».

Je me demande où il a été inventé cela. Le créateur de « C dans l’air» est Jérôme Bellay (qui a aussi créé France Info et LCI), je ne sais pas s’il aime le foot et s’il y joue, ce dont je suis certain c’est que je n’ai jamais ni joué ni regardé un match avec lui.

Emporté par son élan, Encel poursuit son festival : « Il y a certes aussi une émission de débat sur France 24 mais rassurez-vous, c’est France 24, c’est surtout regardé au Togo, j’adore les Togolais mais l’enjeu n’est pas France 24, en France personne regarde; c’est un échec ». Les responsables et journalistes de France 24 apprécieront la remarque.

Il sort un scoop : « Mercredi Nicolas Weill du “Monde” m’a appelé pour me demander un papier sur l’Iran […]. O.K., je vais faire un papier sur l’Iran mais y aura qui d’autre ? Alors il m’a sorti des gens qui sont globalement assez équilibrés, il ne m’a pas sorti [Roland] Dumas, [Hubert] Védrine et tout ça ». Nous voilà rassurés : la façon dont les pages «Débats» du Monde sont tenues.

Il rassure également ses lecteurs sur les hebdo : «J’insiste là-dessus parce que dans la communauté juive on est globalement assez parano et parce qu’on a vu ou entendu telle émission sur Arte ou sur … – il y en a qui sont vraiment épouvantables – ou tels débats ou tel Boniface ». […]. Il poursuit ses conseils. Les journalistes sont très sensibles à l’opinion, donc « braillez , si vous n’êtes pas content, sur le site ou par courrier, à l’antenne, contre le journaliste ou contre le rédacteur en chef », et le Docteur Encel de conclure que « globalement la situation est … j’allais dire sous contrôle et plutôt favorable».


[1] Editions Robert Laffont – 2003
[2] Ed. Jean-Claude Gawsewitch – 2011
[3] dont Pascal Boniface paraît se nourrir parfois, ce qui est fort judicieux. Ce qui le serait encore plus serait d’avoir la correction de le citer…
[4] Il y a quelques années, dans un supplément (non daté) du N°516 de Charlie Hebdo, qui se voulait il est vrai humoristique, Val écrivait : « L’odeur de charogne attire Sarkozy« , et faisait de lui, en vers de mirliton, le portrait d’un courtisan prêt à tout et surtout à toutes les trahisons, lui faisant dire : « Quatre mois sans trahir, ça va être coton/Mais on n’a rien sans rien et je veux Matignon ». Ses ambitions étaient alors limitées, comme on a pu voir…
[5] BETAR : milice juive d’extrême-droite violente, active en France, où les autorités lui accordent une troublante impunité.
[6] Au début de la vidéo d’Europe 1 incluse dans l’article, Nicolas Poincaré a cette phrase stupéfiante : “…des militants pro-palestiniens qui cherchent à se rendre à Gaza ou en Cisjordanie, dans les territoires israéliens…”. A ce stade, ni la distraction ni l’incompétence ne constituent plus une explication très convaincante.

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