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Des voix israéliennes pour une solution à un seul État démocratique

Yoad Peled - Horit Herman Peled

La solution au Moyen-Orient

(…) Le « processus de paix » israélo-palestinien supposé déboucher sur l’instauration de deux États indépendants, Israël et la Palestine, en suivant grosso modo le tracé des frontières de 1967, a totalement fait faillite. S’il en faut une preuve, que l’on considère simplement les 17 initiatives vaines censées faire revivre le processus d’Oslo depuis son trépas en 2000.

Ce qui rend irréalisable la solution à deux États, c’est le fait que, depuis 1967, Israël a installé près de 750.000 Juifs dans les territoires qu’il a pris à la Jordanie en 1967. Environ un tiers de ces personnes se trouvent dans la zone qu’Israël a définie comme étant  Jérusalem et annexée en 1967 en déclarant la chose non négociable.

Des cinq cent mille qui restent, l’estimation la plus basse du nombre qu’il faudrait éloigner en vue de la constitution en Cisjordanie d’un État palestinien à la fois territorialement d’un seul tenant et viable, est de cent mille. C’est une tâche qu’aucun gouvernement israélien, aussi partisan soit-il de la solution à deux États, ne serait politiquement à même de mener à bien.

À ce jour, aucun gouvernement israélien n’a supprimé ne fût-ce qu’un seul « poste avancé » en Cisjordanie, bien que ces postes avancés (“outposts”) soient illégaux aux yeux de la législation israélienne même (toutes les colonies juives dans les territoires occupés sont illégales aux yeux des lois internationales), et ce, malgré les promesses faites aux États-Unis et en dépit de plusieurs décisions de la Cour suprême de justice d’Israël.

Le but déclaré du programme d’implantation de colonies en Cisjordanie (comme dans les autres territoires occupés) était de modifier les réalités démographiques afin de rendre impossible le retrait d’Israël de ces territoires occupés. Ce but a été atteint. Non seulement les colons, les membres de leurs familles et leurs partisans constituent un électorat soudé et puissant qu’on ne peut ignorer, mais aujourd’hui les colons et leurs partisans représentent une proportion importante de la structure de commandement des forces israéliennes de sécurité, ces forces mêmes qui seraient supposées appliquer la décision d’évacuer les colons.

Pour contrer cet argument, les critiques peuvent faire état du retrait des colonies juives de Gaza en 2005. Toutefois, en réalité, cet exemple va dans le sens de notre argumentation. Afin d’évacuer 8.000 colons juifs de la Bande de Gaza, une région facilement isolée et dénuée de la moindre signification religieuse pour les Juifs, le Premier ministre [de l’époque], Ariel Sharon, un héros militaire idolâtré à la fois par les colons et par les Forces de défense israéliennes (FDI) a dû déployer les effectifs complets, hommes et femmes, de toutes les forces israéliennes de sécurité.

En outre, le retrait de Gaza ne s’est pas effectué en accord avec les Palestiniens, ni afin de faciliter la paix avec eux. Il a été effectué unilatéralement, afin de rendre plus efficace le contrôle de Gaza par Israël. Si on en juge par cet exemple, le fait de retirer 100.000 colons de Cisjordanie afin de permettre la création d’un État palestinien, serait une tâche impossible.

Au lieu de poursuivre le mirage de la solution à deux États, les faiseurs de paix en herbe devraient reconnaître le fait qu’Israël et les territoires occupés constituent en réalité un seul État existant depuis près de quarante-cinq ans, et que c’est l’entité politique qui s’est maintenue le plus longtemps dans ces territoires depuis l’Empire ottoman. (Le Mandat britannique sur la Palestine a duré trente ans ; Israël dans ses frontières d’avant 1967 n’a duré que dix-neuf ans.)

Le problème, avec cet État, selon une perspective démocratique et humaniste, c’est que 40% de ses habitants, les Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza, sont des non-citoyens privés de tous droits civils et politiques. La solution de ce problème est simple, bien que profondément controversée : établir un seul État laïque, non ethnique, démocratique, avec des droits de citoyenneté égaux pour tous sur la totalité du territoire situé entre la Méditerranée et le Jourdain.

Les partisans de la solution à deux États ont toujours utilisé la perspective d’un seul État comme une menace, et ils le font toujours. Si une solution à deux États n’est pas appliquée, ont prévenu les dirigeants mondiaux, le président Obama en tête, Israël va devoir affronter la réalité consistant à être un État soit juif, soit démocratique, mais pas les deux en même temps. Mais, au lieu d’être une menace, cela pourrait être perçu comme une opportunité. Pour la première fois, le Printemps arabe a ouvert la possibilité d’une démocratisation véritable dans plusieurs pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Au lieu de considérer cette évolution avec inquiétude, comme cela fut le cas, Israël pourrait rallier ce processus et démocratiser la totalité du territoire placé sous son contrôle effectif.

La stabilité du futur État israélo-palestinien laïc et démocratique dépendrait non seulement du fait qu’il serait vraiment démocratique, mais aussi de la séparation constitutionnelle la plus stricte entre l’État et la religion. Cela ne signifierait pas une laïcisation forcée ni l’application de restrictions au libre exercice de la religion, mais cela veut dire que n’État ne sanctionnera jamais ni ne subventionnera les activités et institutions religieuses, pas plus qu’il ne tolérera les pratiques religieuses discriminatoires à l’égard des femmes. Dans l’état actuel des choses, cette idée semble extrêmement utopique, parce qu’aussi bien la société israélienne que la société palestinienne deviennent de plus en plus religieuses et soupçonneuses l’une à l’égard de l’autre. Mais comme l’ont montré les jeunes militants de la place Tahrir et d’ailleurs, de puissants sous-courants libéraux, démocratique et émancipateurs existent en dessous de la façade placide de nombreuses sociétés du Moyen-Orient.

Ces forces, nous en sommes convaincus, existent en Israël et en Palestine aussi et, si on leur en donne l’opportunité, elles pourraient transformer la réalité politique et mettre un terme au conflit israélo-palestinien vieux de cent ans.

Peled et Horit Herman Peled,
dans une Carte blanche de Informed Comment


Yoav Peled enseigne les sciences politiques à l’Université de Tel-Aviv
Horit Herman Peled est enseignant artistique à Oranim College

Source : Informed Comment

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