Dans l'actu

Des syndicalistes de la Centrale Générale de la FGTB en Palestine.

Une délégation de 17 syndicalistes de la CG de Namur, comprenant plusieurs délégués de base, s’est rendue en Palestine du 5 au 13 novembre. Ils ont tenu au jour le jour un carnet de route fait d’impressions et de témoignages. Voici leur récit.

JOUR 1
Nos impressions

LE MUR : Premier choc : arrivés de nuit à Bethlehem vers 2 heures du matin ce samedi, nous voici devant lui, cet  horrible mur de béton de 8 mètres de haut, entouré de miradors, gardé par de jeunes militaires israéliens en arme. Il fait 8 mètres de haut (et 760 km de long sur un territoire qui s’étend du nord au sud sur une centaine de KM) : le car s’arrête, les soldats regardent avec méfiance, on peut passer, une énorme porte blindée s’ouvre et on rentre dans le Bethlehem palestinien, comme en prison.

Tout le monde a l’air content de nous voir ; bien évidemment ceux avec qui on a rendez-vous mais aussi dans les rues de Ramallah où nous nous sommes un peu promenés !

Des gens forts et courageux : nous avons rencontré Khaled un avocat qui défend les enfants prisonniers, Carine, une militante d’ONG qui aide les syndicats indépendants à se construire, et Mahmoud un syndicaliste. Malgré la situation noire qu’ils dépeignent, leur isolement, leur peu de résultats, leurs conclusions sont toujours faites d’espoir, de construction d’une Palestine libre et démocratique.

Et si on se mettait dans la peau…

Je suis un enfant Palestinien âgé de 12 à 17 ans, j’ai peut-être lancé des pierres en direction d’un char israélien que mes pierres n’ont pas atteint, peut-être aussi que je n’ai rien fait.

Je suis réveillé en pleine nuit par des militaires israéliens qui ont envahi ma maison. Ils ne me disent pas pourquoi ils sont là mais ils veulent m’emmener ; ils me battent devant toute ma famille ; ils m’emmènent  loin de chez moi en territoire israélien et me soumettent à un interrogatoire ; je subis des mauvais traitements physiques et moraux et enfin ils me font signer des aveux écrits en hébreu, que je ne comprends pas.

En attendant de passer devant la cour militaire, je croupis en prison sans personne pour me voir ou me défendre.

Le jour du tribunal, je rencontre mon avocat qui va me défendre ; mes parents sont dans la salle mais ils ne peuvent pas s’approcher de moi. Je suis jugé coupable sur base des aveux que j’ai signés. Même si je n’ai rien fait, mon avocat préfèrera plaider ma culpabilité et essaiera de trouver un arrangement pour diminuer ma peine. Parce que s’il défend que je sois innocent, on est parti pour de longs mois de procédure et pour une peine minimale de 6 mois!

Je suis un des 700 enfants qui se font arrêter de cette manière chaque année.

JOUR 2
Nos impressions
Nous sommes dans un autre monde en général mais aussi un autre monde ouvrier. Tous nos points de repères ne sont pas valables ici ; nous ouvrons nos yeux, nos oreilles et devons essayer de comprendre, pas de juger du haut de notre civilisation. En visitant les entreprises nous constatons que les salaires sont bas (il n’y a pas de salaire minimum), le temps de travail élevé (de 45 à 48 heures semaine), les conditions de sécurité médiocres. Si délégués syndicaux il y a, rien ne les protège…

Le rythme de travail  semble « cool » aux conditionnés de la productivité que nous sommes.
Que c’est agréable de se promener dans les rues et les souks ; personne n’accoste les touristes que nous sommes. Welkom, Hello… Des sourires nous accueillent partout.

Et si nous étions ces ouvrières et ouvriers rencontrés pendant nos visites…
Nous sommes parmi les privilégiés à avoir un travail stable et fixe. Un travailleur sur 3 n‘a pas de boulot et pas d’indemnité de chômage, nombre d’entre nous  travaillent de manière épisodique sans parler de tous ceux qui vivent de petits boulots illégaux.

Heureux également de travailler sur notre sol palestinien ; 18.000 d’entre nous ont un permis pour boulotter en Israël (sans avoir leurs mêmes droits que leurs collègues israéliens) ; 35.000 franchissent les check points pour travailler illégalement pour l’occupant. Sans parler de nos collègues qui vont chercher du travail dans les villages  avoisinants peuplés de colons israéliens. Tous ces camarades qui doivent se sentir un peu coupables de travailler chez l’occupant mais qui  n’ont d’autre  choix pour survivre.

Nous avons vu défiler aujourd’hui un groupe de Belges ; on nous a dit que c’était des syndicalistes qui soutenaient la cause palestinienne. Ils ont sûrement de meilleures conditions de travail que les nôtres….ils viennent d’un autre monde que nous ne connaissons pas !

JOUR 3
Nos impressions

Ce mur, omniprésent, qui jalonne notre route ; à certains moments en béton armé gris bardé de caméras et de miradors impressionnants mais aussi couvert de tags de résistance. A d’autres quand on traverse les campagnes, il est fait de fils barbelés. Il marque l’apartheid, le clivage entre le monde des occupants et celui des occupés.
Chaque fois que nous visitons une ville palestinienne, nous sommes frappés par la multitude de petits ateliers, étroits et poussiéreux, ouverts sur la rue pour d’éventuels clients. Les artisans travaillent du vieux matériel de récupération avec des outils d’un autre siècle. Et ça et là des magasins plus modernes et plus spacieux.

Aujourd’hui nous sommes quelques-uns des 6.000 habitants de la région de Qalqiliya qui ont tenté de passer vers Israël

Je n’ai pas le choix, je devrai passer le check point à pied ; je serai scanné aux rayons-X, fouillé, devrai présenter 4 à 5 documents ; je n’ai aucune idée du temps que cela me prendra. Je ne sais pas non plus si je ne serai pas refoulé.
Je suis Mahmoud ; j’espère avoir du boulot côté israélien, j’aurai pris ma place dans la file entre 2 et 4 heures du matin. Le passage sera ouvert au compte-goutte entre 4 et 6 heures de matin; si je passe un des premiers, je serai côté israélien trop tôt pour prendre le taxi qui me permettra de rejoindre la colonie où je travaille et je devrai attendre.

S’il est plus tard, j’espère être passé avant 6 heures sinon je n’aurai plus qu’à me représenter demain ; aujourd’hui ce sera retour chez moi ! Le salaire que j’aurai sera plus élevé que celui que j’aurais eu si j’avais trouvé du boulot côté Palestinien mais j’en aurai bavé.

Trajet retour dans l’après-midi toujours soumis au bon vouloir des soldats qui me contrôleront. Rentré tard chez moi assommé de fatigue, d’humiliation. Si nous n’étions pas sous occupation, le trajet à mon boulot aurait pris une trentaine de minutes !

Je m’appelle Fatmah et j’ai 59 ans ; les jours où on m’appelle, je prendrai dès l’aube le chemin du passage vers Israël, armée de mon balai, de mes loques et de tous les produits dont j’ai besoin pour aller nettoyer chez un particulier israélien.

Je suis veuve et j’ai 5 enfants à nourrir ; je n’ai pas d’autre choix… Je suis si fatiguée !

Moi c’est Nasji, 25 ans ; une partie des terres familiales est de l’autre côté du passage ; péniblement j’ai réuni tous les papiers nécessaires et je me présente pour avoir un permis de passer. Je suis refoulé. Les militaires israéliens me disent que mon dossier est « à la Sécurité Nationale ». J’ai la rage ! Je devrai attendre et recommencer les démarches. Mes champs et ses mandarines attendront.

Dès notre arrivée dans leurs locaux le matin, nos camarades syndicalistes nous avaient montré un film réalisé au passage la veille à 4 heures du matin. Les visages de ces hommes et femmes opprimés subissant ces interminables files continuent à se dérouler dans nos mémoires encore longtemps !

JOUR 4
Nos impressions

Le territoire Palestinien est grignoté tous les jours par des dizaines d’initiatives israéliennes visant à gagner du terrain. Ici ce sont des colons qui prennent possession d’une colline, installent des baraquements et plantent un drapeau en plein milieu de la Cisjordanie ; à Silwan, ce sont des « extrémistes- colons- et accessoirement archéologues » qui sous prétexte de fouilles, exproprient des familles palestiniennes, creusent en dessous de leurs maisons et écoles tout ceci bien évidemment avec l’aide de l’armée ou de la police.

Notre rage au check point de devoir attendre en plein soleil 1h30… Nous c’est une fois et dans quelques jours nous serons partis…

Tous ceux et celles que nous rencontrons gardent la tête haute et l’espoir. Ils sont persuadés qu’ils reconquerront leurs droits. Ils fourmillent de projets de résistance pacifique et quotidienne. Dans leurs propos, aucune agressivité aucune haine mais de la détermination.

Je m’appelle Abdelfattah….

Je suis un des 8 millions de réfugiés palestiniens et ma famille a été chassée de son village de Betnatti en 1948. Jusque là, les juifs palestiniens possédaient 6% des terres ; en 1948, les sionistes ont attaqué 40 villages ; nous avons gardé les clés de nos maisons et gravé sur les murs de notre camp le nom des ces 40 villages. Nous voulons avoir le choix d’y retourner. Les premiers réfugiés étaient 700 ; aujourd’hui, ils sont 5.500.

Je suis la première génération de ma famille qui est née ici. Au début, nous vivions dans des baraquements de tôle mais le temps passant, nous avons bâti en dur. Nous sommes entassés les uns sur les autres, sans aucun espaces verts ni aire de jeux pour nos enfants avec des ruelles étroites, certains vivant dans l’ombre perpétuellement.
77% des habitants en âge de travailler sont « au chômage ». Il n’y en a que 10 à posséder un permis qui leur permette d’aller travailler en Israël.

J’ai eu de la chance : une bourse m’a permis d’aller étudier la médecine en France. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai découvert que la Palestine n’existait pas pour la communauté internationale. Au départ, étiqueté comme réfugié jordanien malgré mes protestations énergiques, les français ont fini par m’indiquer « de nationalité indéterminée » !
Lors de mon retour, nous avons créé  une association culturelle Alrowwad (en français, « les pionniers ») qui propose aux enfants et aux femmes du camp de créer de l’artisanat, du théâtre, de la danse.

En 2002, le mur a été construit ; il longe 2 côtés de notre camp ;  nous avons vécu des moments très difficiles. Notre camp a été attaqué par air et par route ; nos murs, nos routes et nos mémoires en portent encore de nombreuses cicatrices. Ils ont aussi essayé de nous priver d’eau ; les « snipers » postés dans les miradors du mur et dans un hôtel tiraient sur les réserves d’eaux des citernes  (il y en a sur chacun de nos toits) et les israéliens coupaient l’eau.

Depuis 1996, 26 habitants ont été tués par l’occupant.
Regardez le mur et voyez comme nous résistons à coups de dessins et caricatures. Nous avons même organisé un festival de cinéma et le mur nous a servi d’écran.

Notre troupe d’enfants artistes fait des tournées en Europe ; en 2011 nous serons en Europe et aussi en Belgique en juin-juillet.

Les occupants israéliens ont bâti leur progression sur le terrorisme et c’est nous qu’on accuse ! Nous voulons montrer au monde nos richesses de création, lui faire connaître notre combat pour nos droits et notre dignité. Le désespoir est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre.

JOUR 5
Nos impressions
La matinée dans la vieille ville et les souks d’Hébron nous a permis de ressentir l’apartheid : les centaines de magasins aux portes soudées par l’armée israélienne, les rues sectionnées par des barbelés ou des portes blindées, les centaines de caméra aériennes, les check point piétonniers, les armes ostensiblement portées par certains colons, une voiture conduite par une « colon » qui fonce sur nous à la fin de notre visite…

Bref une tension et un malaise permanent. Une ville qu’on est heureux de quitter mais dans laquelle les Palestiniens s’accrochent de toutes leurs volontés.

La volonté affichée d’humilier les palestiniens et de les chasser de leurs maisons : les rues dans lesquelles ils sont interdits de passage (alors qu’ils y ont des maisons !), les détritus balancés depuis des maisons israéliennes sur la population palestinienne.

Beaucoup d’enfants au teint terreux qui nous demandent une pièce.
L’activité de résistance partout présente dans des gestes de reconstruction, de réhabilitation de bâtiments, de culture des terres sans être sûr qu’ils ne seront pas anéantis par une décision israélienne.

Aujourd’hui nous sommes Ariel et Moshe, 2 cousins, colons israéliens.
Moi, Ariel,  je vis dans la colonie de Qiryat Arba située sur une colline proche d’Hébron. Nous sommes 7.000 à nous y être installés depuis la fin des années 60. Ma colonie possède les mêmes caractéristiques que toutes les autres colonies qui se sont installées et continuent de le faire sur le territoire de nos ancêtres.

Au départ, quelques uns d’entre nous arrivent et s’installent dans des baraquements ; si on les laissait faire, les Palestiniens nous chasseraient puisqu’ils sont beaucoup plus nombreux que nous ; alors nous avons besoin de la protection de notre armée et de notre gouvernement. L’armée installe des barrières au pied de la colline et elle en assure l’ouverture ; elle entoure NOTRE territoire de grillages mais aussi un périmètre de sécurité.

Notre gouvernement construit des routes impeccables, installe l’électricité ; il interdit toute présence palestinienne sur nos terres (sauf celle de certains travailleurs qui ont des permis). Nous pouvons alors construire des maisons et planter des arbres en toute sérénité.

Moi Moshe, j’habite depuis le milieu des années 80  dans une toute petite colonie en plein cœur de la vieille ville d’Hébron. Je suis tout près du centre de mon passé historique et religieux, le tombeau d’Abraham. Quand j’étais enfant,  j’habitais Qyriat Arba.

Mon cousin Ariel y est resté mais moi j’ai accompagné ma mère. Pour rejoindre le lieu de prière, il fallait que nous descendions chaque semaine de la colline et passions au milieu de quartiers arabes hostiles. Alors un jour ma famille et quelques autres ont décidé de rester. Nous nous sommes installés dans un bâtiment inoccupé. Et nous avons commencé à grignoter du terrain cm par cm.

En face de ma maison, de l’autre côté de la rue, il y avait une languette de terre dont les Palestiniens ne faisaient rien ; nous y avons donc planté des arbustes et semé de la pelouse. C’est plus propre et plus joli ! Aujourd’hui nous sommes  500 colons au centre de la ville. Au départ, notre gouvernement ne nous a pas soutenu mais quand il a vu que nous ne bougerions pas et que nous allions nous faire chasser et violenter, il nous a accordé sa protection. Il a détruit des maisons, fermé des magasins, des rues. Il a interdit aux Palestiniens de circuler dans les rues dont nous avons besoin. 1500 militaires nous permettent de vivre tranquilles.

Bien sûr ce n’est pas rose tous les jours ; début des années 2000, nous avons connu l’intifada. Mais les terroristes palestiniens ont été punis: de nouvelles maisons détruites, de nouveaux commerces fermés et des couvre-feux autant qu’il en a fallu pour ramener le calme.

Et  ce ne sont pas  les observateurs internationaux qui circulent dans nos rues depuis quelques années qui nous feront changer notre fusil d’épaule. C’est Arafat qui les a fait venir mais à part se balader, fouiner et faire des rapports, ils ne sont pas dangereux, tout juste gênants.

Ce serait évidemment mieux si les palestiniens s’en allaient ; après tout c’est notre terre pas la leur !
Mon rêve et celui de mon cousin Ariel ; qu’entre sa colonie et la mienne, il n’y ait plus aucune terre ni habitation palestinienne. Dans mon quartier, ils ont encore une école et un cimetière mais ils doivent faire de nombreux détours pour y accéder. Certains doivent même passer par les toits !
J’ai confiance : nous progressons petit à petit.

JOUR 6
Nos impressions

Il ne semble pas y avoir de lien fort, d’élaboration d’une ligne de conduite commune entre toutes ces associations de résistances diverses. Nombreuses, elles dessinent un puzzle dont les pièces gagneraient à être assemblées même si c’est difficile.

Nous avons côtoyé une fois de plus l’injustice qui s’abat sur des citoyens et des parties de la population ; leur unique « défaut » est d’être Palestinien et d’entraver les plans à longs termes de cet Etat Israélien et de ses citoyens les plus extrémistes.
– depuis ces familles expulsées (Fawzieh va vous en dire plus dans un instant),
– en passant par ce village niché sur une colline avec vue sur Jérusalem qui a été coupé de sa ville par des barbelés et un check point à tel point que ses habitants ne peuvent y entre qu’à pied !
– sans oublier les étudiants qui sont à 5 minutes de l’université de Jérusalem et doivent à cause du Mur (celui de la honte, pas des lamentations !) voyager pendant plus d’une heure pour rejoindre leur classe
– pour terminer par cette pompe à essence qui végète depuis que le mur l’a séparée du quartier commerçant qui la rentabilisait.

Carte en main, et du haut d’un point de vue, nous avons pu observer à quel point Israël tisse sa stratégie implacable autour et dans Jérusalem. De l’intérieur en introduisant des colonies en plein cœur des quartiers Palestiniens de l’Est ? du pourtour en créant des quartiers sur les collines inoccupées, en les reliant par des routes sécurisées accessibles aux seuls israéliens. Avec à l’horizon le but de couper la route qui traverse la Cisjordanie du Nord au Sud !

Originaire d’une famille de réfugiés, je suis Fawzieh du quartier de Cheick Jarrah.
Dans la cour de mon ancienne maison actuellement occupée par un colon sioniste, je viens de raconter ma vie, celle de ma famille et de 2 autres familles voisines à un groupe de belges. Je n’étais pas seule : mon grand-père, mon arrière grand-mère, ma grand-mère et ma mère avaient tenu à être là.

Au début de cet entretien, ma grand-mère à bout de nerf a injurié le colon israélien qui occupe NOTRE maison depuis 2009 ; fenêtre ouverte, il nous écoutait ostensiblement en buvant du thé et chaque fois que le mot « Palestine » était prononcé il rectifiait : « Israël ».

Mes grands-parents chassés de leur terre par les Israéliens ont échoué ici en 1948, à ce moment-là Jérusalem Est était un territoire jordanien. L’état jordanien leur a proposé d’échanger leur statut de réfugié contre un statut de résident, en leur permettant de s’établir dans une des maisons inoccupées de ce quartier en payant un loyer pendant 3 ans. Au bout de ces 3 ans ils seraient propriétaires. Ils n’ont jamais reçu de titre de propriété et ont continué à payer ce loyer.

1967 annexion de Jérusalem Est par l’Etat Israélien : nous ne payons plus de loyer.
En 1972, des colons affirment que la maison leur appartient (ils auraient acquis les terres du temps de l’empire ottoman) : ma famille prend un avocat. Au bout d’un certain temps, il prend un accord avec l’avocat des colons : nous serons des locataires protégés si nous payons un loyer à l’État d’Israël. Sur conseil de notre avocat, nous mettons chaque mois l’argent de ce loyer en provision.

En 1994, les colons disent avoir acquis la propriété de notre maison et exigent un loyer
Pendant 4 ans de 2002 à 2006, nous vivons sur ordre d’expulsion de notre maison mais nous y restons. Bien évidemment nous entamons une démarche devant le tribunal pour contester cet ordre.

En 2006, estimant que les documents produits par les colons ne sont pas suffisamment clairs, le Tribunal nous permet d’occuper nos maisons. Hélas nous n’arrivons pas à en obtenir un papier officiel.

En 2008, nous sommes expulsés au petit matin dans la plus grande violence : un groupe de 400 agresseurs composés d’hommes cagoulés, de militaires et policiers casse vitres et portes, nous force à quitter les lieux, emmène de force nos enfants chez des voisins. Nous nous retrouvons dans la rue en vêtements de nuit, sans chaussures et assistons sans rien pouvoir faire au saccage d’une partie de notre mobilier. Certains occupants nous narguent en jouant au foot dans ce qui a été notre cour et en mangeant les aliments que nous avions préparés pour nos futurs repas.

Nos GSM sont confisqués pour nous empêcher d’appeler à l’aide mais aussi nos appareils photos pas besoin de vous dire pourquoi ! Nous entendons dire que sur demande des colons, la Cour Suprême a ordonné notre expulsion.

Pendant 13 jours nous campons dans la rue, jusqu’à ce qu’un ordre de la cour ne nous expulse de la rue.
Notre avocat a décidé d’aller jusqu’en Turquie pour retrouver s’ils existent les titres de propriété datant de l’empire ottoman. Il en revient avec la preuve que les ancêtres des colons sionistes n’ont jamais été propriétaires. Réponse du Tribunal : c’est vraiment le document qui prouve que vous avez raison mais comme la Cour Suprême a pris sa décision ce document arrive trop tard !

Depuis 2009, les clés ont été remises aux colons.
Et ce n’est pas tout :
– Pour éviter d’être déchu de nos droits de résidents de Jérusalem, nous continuons à payer l’eau et l’électricité que ces voleurs consomment à notre place.
– Nous avons reçu des factures pour payer l’action d’expulsion ainsi que le camion qui ! a servi à transporter  le restant de nos meubles.
– Nous avons monté une tente sur une partie du terrain  et recevons les visiteurs solidaires dans notre cour. Cela dure depuis 6 mois. Cette tente a été démolie 17 fois par les militaires israéliens et à chaque fois nous devons payer le démontage.

Nous savons que 6 autres familles risquent de subir le même sort que le nôtre.
Mais nous ne baisserons pas les bras car nous n’avons plus rien à perdre. Tous les vendredis, à 15 heures, ceux qui nous soutiennent viennent manifester. Au début une vingtaine maintenant entre 2 et 300 personnes.
Nos amis belges sont partis en nous promettant de faire connaître notre histoire ; nous leur avons remis un livre. Ils ont voulu le payer mais nous avons refusé : nous ne vendons pas notre situation nous l’expliquons….

JOUR 7
Nos impressions

Comme Monseigneur Léonard serait heureux de pouvoir compter ne fut ce qu’une infime partie du nombre de fidèles que nous avons vu défiler aujourd’hui !

Les manifs, ça nous connaît mais celle-ci est particulièrement teintée d’émotion. 300 manifestants ; au premier rang, les familles expulsées, leurs enfants mais aussi beaucoup d’israéliens de tous âges, des sympathisants étrangers (français, italiens, californiens, néerlandais…). Rassemblement sur une place, slogans, chants repris en chœur par tous. En face, barrant la rue des expulsés, les policiers et militaires. Et des colons qui narguent !
Les photographes en nombre qui « mitraillent ».

Et les 17 CG Namur foulard autour du cou  attirent bien des regards et des questions. Avant de partir, nous donnons nos foulards aux enfants et aux familles qui nous remercient de notre solidarité.

Fidèles à l’image qu’ils nous ont donnée d’eux tout au long du séjour, les israéliens ne nous ont pas « ratés » à l’aéroport. Arnaud, notre porte-parole a été soumis à une longue série de questions suspicieuses et quelques uns de nos bagages fouillés avec soin.

Je m’appelle Samer….
J’ai 28 ans et c’est moi qui ai été désigné pour véhiculer une délégation de la FGTB. Ce sont des belges mais à chaque check point, je les déclarais de nationalité bulgare. Il faut vous dire que je n’ai jamais quitté mon pays… Alors Belgique ou Bulgarie…

Je suis issu d’une famille de 10 enfants; je perds mon père lorsque j’avais 8 ans. Il en avait 47. Sa vie était vouée au travail : pour pouvoir nous élever, en plus de son travail de jour, il était boulanger la nuit.
Comme l’école coûte cher, mon frère et moi  arrêtons nos études.

Je commencé dans la construction des bâtiments et des routes dans une colonie  mais c’est temporaire; ensuite je conduis les bus d’EGGED (les « TEC » de Jérusalem) mais mon accent palestinien attire les remarques racistes. Je décide de me tourner vers le privé.

J’aide maman à nouer les 2 bouts; pour le reste mon salaire me permet de m’acheter des cigarettes et de faire de la moto avec mes copains. C’est tout ! Je ne pense pas au mariage pour le moment; c’est matériellement impossible. Je pense que je n’ai aucune perspective d’un autre avenir; c’est le lot de tous les jeunes palestiniens résidants à Jérusalem.

J’ai cependant une fierté; maman ne sachant ni lire ni écrire, j’ai pu réaliser son rêve : elle suit des cours qu’elle ne lâcherait pour rien au monde.

En conduisant mes amis belges, j’ai découvert bien des choses … D’habitude je véhicule des touristes religieux qui n’ont rien à faire avec les bédouins, les réfugiés, la ségrégation !

Ils applaudissent la manière avec laquelle je maîtrise mon bus (surtout dans les descentes) et  défie les sens interdits … Ils m’ont offert une casquette sur laquelle ils ont tous signé et inscrit « The king of the road».
Ce soir, je suis un peu triste: ils rentrent chez eux.

Avant de refermer notre journal de bord, nous avons envie de vous en raconter une dernière particulièrement révoltante : l’histoire du quartier de SILWAN.

Avec Sheikh Jarrah, Silwan est le quartier palestinien le plus peuplé de Jérusalem (13.000 habitants en 1967, 55.000 aujourd’hui); des colons israéliens particulièrement extrémistes cherchent à tout prix à prouver l’existence des palais de David et Salomon. De nombreux archéologues fouillent frénétiquement le sous sol de Silwan. Ils creusent des tunnels sous les habitations palestiniennes, avec pour conséquences de fissures et de gros risques d’effondrement.

350 colons se sont donc installés de force dans ce quartier; certains d’entre eux superposent même leur maison sur celles des palestiniens.

Comme d’habitude, l’arrivée de colons entraine d’office une présence protectrice massive de l’armée ce qui entraine des tensions très importantes. Mais de plus graves incidents encore se sont produits: un colon a foncé en voiture sur 2 enfants sous prétexte qu’il se sentait menacé.

Dans le plan de développement de la ville, 3 cimetières et un nouveau parking sont prévus à Silwan. Ce qui provoquerait la destruction de 88 maisons et l’expulsion de leurs résidents.

Pour ce faire l’État israélien utilise un horrible stratagème: en 40 ans le nombre d’habitants du quartier a plus que quadruplé mais depuis 1967, plus aucun permis de bâtir n’a été délivré aux palestiniens; ils ont donc bâti des maisons « illégalement »; pas de problème donc pour les démolir !

La manif à laquelle nous avons participé proteste aussi contre les expulsions à Silwan.

 

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