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Des protestataires attaqués par les forces de l’AP à Ramallah au moment où des villes du monde arabe et d’ailleurs manifestent pour Basil al-Araj

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Des Palestiniens qui manifestaient à Ramallah ont été pris à partie par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ce matin. Parmi ces personnes se trouvaient le père du jeune militant palestinien abattu, Basil al-Araj, des journalistes et d’anciens prionniers, dont Khader Adnan. Plus tard dans la soirée, dans le camp de réfugiés de Dheisheh, près de Bethléem, la police de l’Autorité palestinienne (AP) a également attaqué une marche en l’honneur d’al-Araj et qui réclamait également la fin de la coordination sécuritaire.

La manifestation avait été rassemblée afin de protester contre la coordination sécuritaire entre l’AP et l’occupation israélienne. C’est dans le cadre de cette coordination qu’al-Araj et ses camarades avaient été initialement emprisonnés par l’AP après qu’une audition au tribunal avait été maintenue contre eux à la date du dimanche 12 mars. Leur arrestation en avril 2016 avait été taxée de « réussite importante de la coordination sécuritaire » entre l’AP et Israël.

Al-Araj avait été abattu par les forces d’occupation israéliennes le lundi 6 mars au matin, après avoir résisté jusqu’au dernier moment. Le jeune militant de premier plan s’était réfugié dans la clandestinité suite à sa libération d’une prison de l’AP après une grève de la faim ; quatre de ses cinq camarades emprisonnés avec lui ont depuis lors été capturés par les forces d’occupation israéliennes et placés en détention administrative sans accusation ni procès. Tous les six avaient été accusés par l’Autorité palestinienne de « détention illégale d’une arme ». Malgré l’emprisonnement de quatre des jeunes gens – Haithem Siyaj, Mohammed Harb, Mohammed al-Salameen et Seif al-Idrissi – et l’assassinat d‘al-Araj, le procès devait avoir lieu comme prévu, ce qui a déclenché les protestations et les actions.

Ma’an News a rapporté que lors de la séance à la Cour du magistrat de Ramallah, seul l’ancien prisonnier de l’AP, Ali Dar al-Sheikh était présent. L’avocat Muhannad Karajah avait précédemment requis que soient levées les accusations contre les quatre Palestiniens emprisonnés et le juge a exigé des preuves officielles que les quatre hommes étaient détenus dans une prison israélienne. Lorsque Karajah a présenté ces preuves lors de la séance de tribunal de ce jour, au lieu de lever les accusations, le juge a reporté le procès au 30 avril, en déclarant, a-t-il été rapporté, « que les quatre hommes pourraient être sortis de leur prison israélienne », à cette date, puisqu’ils étaient gardés en détention administrative, sans accusation ni procès. En outre, a déclaré Karajah, le juge n’a levé les accusations contre al-Araj que lorsque son certificat de décès a été présenté au tribunal, puisque les accusations « avaient expiré » lors de son décès.

Les Palestiniens qui protestaient à l’extérieur ont dénoncé le procès, qui a également été condamné par nombre d’organisations politiques palestiniennes, y compris le Hamas et le Front populaire de libération de la Palestine. Les manifestants ont été violemment pris à partie par la police de l’AP, qui a lancé des grenades lacrymogènes sur la foule, s’est également servie de balles en caoutchouc et a frappé des manifestants à coups de bâton. Onze personnes au moins ont été blessées, dont Mahmoud al-Araj – le père de Basil al-Araj – , qui a été emmené à l’hôpital après avoir été tabassé, malgré les cris des manifestants qui criaient qu’il était le père du martyr. Plusieurs autres personnes ont été arrêtées durant quelques heures, y compris l’ancien gréviste de la faim, Khader Adnan.

Nombre de journalistes ont rapporté qu’on leur avait interdit de couvrir les protestations et certains, dont des journalistes de Palestine TV, Watan & Roya TV, ont déclaré qu’on avait brisé leur matériel. L’agression contre les journalistes a été condamnée par le Syndicat des journalistes palestiniens et par plusieurs autres organismes des médias. Les organisations palestiniennes des droits de l’homme et nombre d’ONG ont également condamné les attaques subies par la manifestation et ont exigé que les forces de sécurité répondent de leurs actes.

Prenant la parole plusieurs heures plus tard lors d’une conférence de presse tenue en compagne d’Adnan, Mahmoud al-Araj a déclaré que l’attaque contre la manifestation équivalait à une attaque contre son fils martyr et constituait une violation des droits de peuple et des combattants de la liberté. Il a également dit qu’un sit-in était prévu à 16 heures, lundi 13 mars ; en guise de réponse à l’agression de ce jour contre les manifestants. Il a également déclaré qu’il allait porter plainte contre les services de sécurité en compagnie de l’avocat Karajah. d Farid al-Atrash, de la Commission indépendante des droits de l’homme a qualifié ces événements d’aujourd’hui de crime, ajoutant que toute personne qui avait donné l’ordre de s’en prendre à des civils devrait rendre compte de ses actes.

Peu après son discours, une marche organisée en l’honneur d’al-Araj dans le camp de réfugiés de Dheisheh près de Bethléem et réclamant la fin de la coordination sécuritaire a été attaquée par la police de l’AP, qui a tiré des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes sur la foule. Des personnes du camp même ont rapporté qu’un enfant avait été blessé à l’intérieur du camp par une balle en caoutchouc tirée par la police de l’AP.

Les protestations ont été accompagnées d’autres actions dans de nombreuses localités palestiniennes, ainsi que dans nombre de pays arabes et ailleurs dans le monde. À Gaza City, des organisations estudiantines se sont rassemblées pour dénoncer l’assassinat d’al-Araj et exiger que l’AP mette un terme à la coordination sécuritaire et aux arrestations de membres de la résistance palestinienne.

À Londres, des protestataires se sont rassemblés en face de la Mission palestinienne en réclamant eux aussi la fin de la coordination sécuritaire. Ils ont fixé une large banderole à l’effigie de Basil sur les grilles entourant le bâtiment. Les protestataires – en grande partie de jeunes Palestiniens – ont évoqué la vie et l’engagement d‘al-Araj dans la lutte et ont dénoncé le rôle de l’AP dans son arrestation, ses poursuites et son assassinat final.

Pendant ce temps, à Bruxelles, des manifestants se sont rassemblés à l’extérieur de la Mission palestinienne en UE, en Belgique et au Luxembourg, pour dénoncer la coordination sécuritaire de l’AP et évoquer la mémoire d’al-Araj. Plusieurs manifestants étaient des amis personnels d’al-Araj et ont rappelé leurs interactions et expériences avec lui de même que son engagement dans la lutte. L’une des participantes, Hala, a rappelé ses propres interactions avec al-Araj tout en commentant les événements de ce jour à Ramallah. L’écrivain et enquêteur David Cronin a commenté en détail le rôle de l’Union européenne et des États-Unis dans la coordination sécuritaire entre l’AP et l’occupation israélienne, alors que Charlotte Kates, de Samidoun, faisait remarquer la connexion entre la coordination sécuritaire et l’emprisonnement de Palestiniens dans les geôles israéliennes.

À Berlin, des activistes palestiniens se sont rassemblés à l’extérieur de la Mission palestinienne en Allemagne pour dénoncer la coordination sécuritaire entre l’AP et Israël et réclamer pour qu’on passe réellement à l’action après l’assassinat d’al-Araj.

Pendant ce temps, à Amman, des manifestants ont convergé vers l’ambassade de Palestine, agitant leurs chaussures à l’adresse de l’ambassade et brandissant des écriteaux et des affiches saluant al-Araj et réclamant la fin de la coordination sécuritaire.

Des protestataires se sont également rassemblés à Beyrouth, à Tunis et à Rabat.


Publié le 12 mars 2017 sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network
Traduction : Jean-Marie Flémal

 Une manifestation importante a de nouveau eu lieu ce lundi 13 mars à Ramallah.

Photo via Samidoun.

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