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Des parlementaires israéliens tentent de s’en prendre à Haneen Zoabi

Jonathan Cook

Cette vidéo de 9 minutes, montrant les réactions de membres juifs de la Knesset à un discours de Haneen Zoabi aujourd’hui même, donne une image très révélatrice de la façon dont la démocratie tribale israélienne fonctionne. Et cela n’a rien de réjouissant.

Même au Parlement britannique, en pleine explosion pour l’instant, il serait impossible d’imaginer des scènes comme celle-ci.

Haneen Zoabi lors d’une conférence à Bruxelles le 28 mai 2016. Photo: Raymond Saublains

Zoabi avait prononcé un discours après que, cette semaine, Israël eut accepté – très tardivement – de verser des dédommagements aux familles des neufs militants humanitaires turcs tués par des commandos israéliens en 2010 à bord du Mavi Marmara, qui faisait route dans les eaux internationales pour tenter de fournir de l’aide à Gaza. En fait, il aurait été plus exact de dire qu’Israël avait assassiné ces militants, en guise de tentative d’en dissuader d’autres de suivre leur exemple.

Le Mavi Marmara était un navire turc et les dédommagements étaient une des composantes de l’accord de réconciliation entre Israël et la Turquie.

Zoabi était la seule députée israélienne à bord du navire et les membres de la Knesset l’avaient accusée de trahison pour avoir participé à la mission de la flottille humanitaire. Elle était devenue l’ennemie publique numéro un et, à l’époque, avait reçu de nombreuses menaces de mort, dont certaines à peine voilées de la part de parlementaires juifs.

Tous les échanges verbaux de cette vidéo sont en hébreu, mais cela n’importe guère. Vous n’avez pas besoin de comprendre la langue pour vous rendre compte de ce qui se passe. Un député juif, Oren Hazan, du parti du Likoud de Netanyahou, chahute Zoabi sans arrêt pendant plus de quatre minutes, alors que le président de l’assemblée ne fait rien de plus que de lui demander poliment de se calmer et de s’abstenir d’interrompre l’oratrice.

Rappelez-vous que des députés palestiniens se font régulièrement éjecter de la Knesset pour bien moins que ce genre de comportement intempestif et de violation du protocole parlementaire. Remarquez également que la caméra de la Knesset passe autant de temps, si pas plus, à filmer le trublion qu’à suivre Zoabi, légitimant implicitement de la sorte ce comportement antidémocratique.

Mais, quand Zoabi accuse les militaires de « meurtre » – après quelque 4 min 30 sur la vidéo – c’est tout l’enfer qui se déchaîne brusquement. Une douzaine, voire plus, de députés juifs se précipitent vers le perchoir et se mettent en encercler Zoabi comme une meute aboyante de hyènes. À ce stade, quand Zoabi est menacée physiquement par plusieurs députés en plein parlement, on pourrait penser qu’il serait temps d’en éjecter quelques-uns par la force, ne serait-ce que pour bien montrer que cette subversion du processus démocratique ne peut être tolérée. Mais pas le moins du monde. On les traite avec des gants blancs.

Les gardes de la Knesset essaient simplement d’empêcher les députés juifs violents d’atteindre la seule députée palestinienne qu’ils ont sous les yeux, craignant sans doute, au cas où elle serait agressée physiquement, que l’affaire ne puisse faire la une des informations et présenter Israël sous un mauvais jour.

Paradoxalement, le seul député que l’on voit se faire expulser de la Knesset est le leader du parti de Zoabi, Jamal Zahalka, qui, au vu de ce qui se passe, intercède parce qu’il craint que sa collège ne soit en danger. Hazan a finalement été prié de sortir lui aussi, mais après plus de nuit minutes de chahut, de menaces et de comportement agressif.

Un autre paradoxe : ce n’est que tout récemment que Zoabi et son collègue de parti ont eu l’autorisation de s’exprimer de nouveau à la Knesset, après que le comité d’éthique (dominé par des députés juifs) les avait suspendus pour plusieurs mois en raison de leurs opinions politiques « inacceptables ».

Je doute beaucoup qu’un seul de ces députés juifs, même pour avoir menacé et tenté de molester physiquement une autre députée, mais pas de la bonne tribu, subisse jamais la moindre conséquence de ce genre de comportement.

Dans son discours, Zoabi avait déclaré : « J’étais ici il y a six ans. Certains d’entre vous se souviennent de la haine et de l’hostilité à mon égard, et regardez où nous en sommes. Des excuses aux familles de ceux que l’on traitait de terroristes. Quant aux neuf qui ont été tués, il se fait aujourd’hui que leurs familles doivent être dédommagées. J’exige que l’on présente des excuses à tous les militants politiques qui étaient à bord du Mavi Marmara, et des excuses aussi à la députée Haneen Zoabi, contre qui vous lancez des incitations à la violence depuis six ans. Je réclame des dédommagements et j’en ferai don à la prochaine flottille. Aussi longtemps qu’il y aura un siège, il faudra organiser d’autres flottilles. »

Outre les réactions violentes des députés que l’on voit dans le film, il y a également eu de nombreuses incitations à la violence de la part d’autres députés. Michael Oren, naguère encore ambassadeur d’Israël aux États-Unis, a rappelé étrangement Avigdor Lieberman, lorsqu’il a déclaré que le discours de Zoabi prouvait qu’elle n’était pas loyale et qu’il faudrait lui retirer à jamais son statut parlementaire, conformément à une Loi de Suspension qui ne devrait d’ailleurs pas tarder à être adoptée.

Après le discours de Zoabi, et dans le plus pur style colonial, on prétend que le principal fer de lance du gouvernement, David Bitan, a déclaré à des électeurs palestiniens en Israël : « Nous devons nous assurer qu’elle ne reste pas à la Knesset. Nous en avons assez de tout cela, et elle ne vous représente même pas comme elle devrait le faire. »

 


Publié le 29 juin 2016 sur le blog de Jonathan Cook
Traduction : Jean-Marie Flémal

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