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Des Palestiniens ferment le siège de l’ONU à Ramallah pour protester contre son inaction à propos des grévistes de la faim

Asa Winstanley

À 7 h 30, ce matin, à Ramallah, un petit groupe d’activistes solidaires avec les prisonniers palestiniens sont descendus vers le complexe des Nations unies. Ils y ont bloqué la voie d’accès principale, empêchant ainsi les gens d’entrer dans les bâtiments de l’ONU. Les employés de l’ONU, trouvant porte close, ont donc été renvoyés chez eux pour la journée.

Je m’y suis rendu quelques heures plus tard. Les protestations étaient toujours en cours et leur intensité allait même croissant. Des activistes m’ont dit qu’ils avaient l’intention de rester sur place jusqu’à la fin de la journée de travail, à 17 heures. Des membres des familles des prisonniers participaient à l’action, qui a réuni de plus en  plus de monde à mesure que la journée avançait.un_closed1

Toutes ces personnes protestent contre la passivité de l’ONU, son inaction en faveur des deux bons milliers de prisonniers palestiniens actuellement en grève de la faim dans les prisons israéliennes. Ces prisonniers réclament une amélioration de leurs conditions de détention, y compris la reprise des visites de leurs familles et la fin des mises en isolement et des détentions administratives (incarcération sans le moindre procès).

La police de l’Autorité palestinienne a été dépêchée sur place mais, au moment où le présent texte a été posté, elle n’avait toujours pas été en mesure d’empêcher la fermeture des bâtiments de l’ONU.

L’une des protestataires (et collègue écrivant également pour le compte de l’Electronic Intifada), Linah al-Saafin, m’a dit qu’il s’agissait d’un « message à l’adresse de l’ONU pour qu’elle passe immédiatement à l’action » en faveur des prisonniers actuellement en grève de la faim.un_closed2

« En tant qu’institution internationale des droits de l’homme, l’ONU n’a pas dit un mot au bénéfice des grévistes de la faim dont les existences courent un très, très grave danger. (…) Elle aurait dû s’exprimer (…) contre les pratiques israéliennes de la détention administrative. »

Linah a critiqué vertement le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, pour son inaction à propos des grévistes de la faim, contrairement à ce qui s’est passé dans le cas du soldat israélien capturé par les combattants palestiniens à Gaza, en 2006 : « On voit très clairement la partialité, ici, parce que Ban Ki Moon a rendu visite aux parents de Gilad Shalit à plus d’une reprise et, qui plus est, lors de sa dernière visite à Gaza, il a refusé de rencontrer les familles des prisonniers qui s’y trouvaient. »un_closed3

« Cela montre on ne peut plus clairement que l’ONU est complice des crimes commis jour après jour par Israël à l’encontre du peuple palestinien. »

Les protestataires ont également adressé une lettre à Ban Ki Moon, l’invitant à passer immédiatement à l’action, comme on peut le lire sur le blog d’Ahmed Nimer.

Quelques messages adressés à l’ONU : « Chères Nations unies, remplissez vos devoirs, ou allez-vous-en. » « Bureau fermé. Nous demandons aux Nations unies d’entreprendre immédiatement des démarches pour sauver les vies des grévistes de la faim. »

Linah a déclaré qu’ils avaient surpris l’Autorité palestinienne, qui ne s’attendait pas à ce que les protestations fussent si suivies. Alors qu’il y a d’abord eu « un peu de tirage » et de menaces au début, les militants se sont assis en face de la porte principale, bloquant ainsi l’accès aux bâtiments.

« Nous avions avec nous la mère d’un prisonnier qui s’est mise à crier contre la police et contre l’Autorité palestinienne », a déclaré Linah. « Elle a dit qu’elle voulait le retour de son fils, alors que, dans les faits, la police avaient les mains liées derrière le dos. »

L’action fait partie d’un mouvement palestinien de plus en plus important exprimant sa solidarité avec les prisonniers et leur grève de la faim. Ici, à Ramallah, il semble qu’il y ait une nouvelle manifestation chaque jour en faveur des prisonniers, et des tentes de la solidarité ont été installées en divers endroits, déjà rien qu’à Ramallah.
On rapporte sur Twitter que des actions similaires ont eu lieu en Jordanie et à Genève également.


Publié le 9 mai sur Electronic Intifadah.
Traduction pour ce site : JM Flémal

asa winstanleyAsa Winstanley est un journaliste d’investigation qui écrit sur la Palestine. Journaliste, chroniqueur de livres et bloggeur et installé à Londres. Rédacteur principal de Corporate Complicity in Israel’s Occupation (La complicité des entreprises dans l’occupation israélienne) publié par Pluto Press (épuisé depuis). Rédige également des articles pour Ceasefire Magzaine.
Site Internet : www.winstanleys.org, Twitter : @AsaWinstanley.

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