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Des israéliens crachent leur haine contre les migrants africains

Dimanche le 11 décembre. Une centaine d’israéliens d’extrême droite autour de Michael Ben-Ari, membre de la Knesseth et du colon Baruch Mazel, ont manifesté dans le sud-Tel Aviv contre les réfugiés africains, un groupe qu’ils stigmatisent, tout comme le gouvernement israélien, d’ « infiltrants ».

La plupart des manifestants étaient des colons israéliens de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le groupe criait des slogans comme « Retournez au Soudan », « Les soudanais au Soudan » « Tel Aviv pour les juifs » « Le peuple demande la déportation des infiltrants ». « Nous devons rayer les noirs » (« We have to expunge the darkness »)
Arrivés au parc Levinski, ils se retrouvent face à face à un groupe d’Africains soutenus par des jeunes israéliens qui leur répondent « Nous sommes tous ensemble, sans crainte et haine »

Lundi 5 décembre, dans le quotidien israélien de droite « Maariv« , le Maire de Tel Aviv, Ron Chulda, a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahou à organiser un congrès national sur la question de l’immigration clandestine des Africains en Israël.

Pour répondre aux pressions de l’extrême droite, Netanyahou a promis de prendre un certain nombre de mesures, dont la fermeture d’entreprises embauchant des clandestins et la construction d’une barrière de 120 kilomètres à la frontière avec l’Égypte.

On estime à plus de 40 000 le nombre d’immigrés clandestins africains vivant aujourd’hui en Israël. Durant l’année 2011, plus de 13 000 ont traversé illégalement la frontière égyptienne. La plupart d’entre eux viennent du Soudan et d’Érythrée.

France 24 a publié les témoignages suivants :

Deli billy (pseudonyme) est un ressortissant ivoirien qui a immigré illégalement en Israël. Il habite à Eilat.
Je suis arrivé en Israël en 2007. Je suis passé par le Sinaï, le désert égyptien. La traversée a été très risquée car les gardes-frontières égyptiens nous ont tiré dessus. Certains clandestins ont été tués.
Dès mon arrivée, j’ai été arrêté par les agents israéliens. J’ai passé un mois en prison jusqu’à ce que des agents de l’ONU viennent me voir. Ils m’ont fait sortir de là et m’ont délivré une ‘protection’, un document qui vous autorise à résider régulièrement en Israël, mais sans avoir le droit de travailler ou d’avoir accès à la sécurité sociale. Il est renouvelable tous les trois mois.

J’ai travaillé au noir comme plongeur dans des restaurants. J’ai été arrêté deux fois en 2008 et j’ai fait de la prison : deux semaines la première fois, trois semaines la seconde. En février 2010, je suis allé au bureau de l’ONU pour renouveler mes papiers mais ils m’ont orienté vers le ministère israélien de l’Intérieur. C’est cette autorité qui me délivre mon visa désormais valable qu’un mois. Je dois me rendre à chaque fois à Tel Aviv pour le renouveler.

Cela fait plusieurs mois que je ne travaille pas. La situation est insoutenable. Nous vivons à six dans un trois pièces, tous des migrants entrés clandestinement dans le pays. Même si on réside légalement ici on n’a pas de ressources et l’État ne fait rien pour nous aider. Depuis 2007, je n’ai pas revu ma famille et mon visa ne me permet pas de revenir en Israël si je quitte le territoire. Je voulais être réfugié ici et me voilà prisonnier. »

Giovanni est consultant en sécurité informatique. Il vit à Kiryat Bialik, au nord d’Haifa.
« À Kiryat Bialik, il y a beaucoup d’exploitations agricoles. Les propriétaires embauchent donc beaucoup d’immigrés africains car c’est une main d’œuvre bon marché qui coûte à peu près 2 euros la journée. Il s’agit d’un travail au noir, évidemment.

À Tel Aviv, les immigrés clandestins se regroupent dans des squares. Le matin, des camions qui appartiennent à des exploitants agricoles passent. Le conducteur choisit quelques personnes pour les emmener travailler. Les autres attendent le prochain camion.

Il n’est pas toujours facile d’entrer en contact avec les immigrés. Il y a le barrage de la langue mais aussi celui de la peur. Vu leur statut, ils préfèrent rester entre eux. Ils vivent dans des conditions déplorables, squattent la plupart du temps de vieux immeubles ou des garages où il n’y a ni électricité ni eau courante. Le sous-sol de l’ancienne gare de bus centrale de Tel Aviv est aussi connu pour abriter nombre d’immigrés africains clandestins.

Le fait que ces immigrés ne soient pas juifs explique en partie leur rejet par la société, cela rend leur régularisation plus difficile. Quant au racisme anti-noir, c’est un phénomène qui dépasse les clandestins. Il s’étend même aux Falashas, les juifs éthiopiens. »

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