L'actu

Des colons déposent plainte contre Amira Hass

Des clubs de colons israéliens se sont associés dans une action en vue de traîner la journaliste Amira Hass, du journal Haaretz, devant les tribunaux. Mercredi, les responsables de l’association de coordination des colons, Yesha, ont adressé une lettre à la police de Jérusalem dans laquelle ils accusent Amira Hass « d’incitation à la violence ». Jeudi, un autre club de colons est entré en action. Le Forum légal de la Terre d’Israël a quant à lui adressé une lettre au procureur général d’Israël demandant à ce dernier de poursuivre Amira Hass pour “incitation au terrorisme et soutien à des personnes susceptibles de commettre des meurtres”.

Mais qu’a donc fait Amira Hass ?

La journaliste de Haaretz, qui est connue pour ses reportages depuis Gaza et la Cisjordanie, a publié mercredi un article dans Haaretz dans lequel elle disait des jets de pierres qu’ils étaient « un droit inné et un devoir » pour des personnes opprimées et, ici, elle ne faisant pas seulement allusion à l’oppression physique, mais surtout à l’oppression « institutionnalisée ».

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Le début de l’article qui met les colons en rage…

D’après Amira Hass, la pratique du jet de pierre devrait être enseignée dans les écoles, en même temps que d’autres choses utiles comme, par exemple, la façon d’intervenir quand des soldats font irruption dans votre maison; les méthodes utilisées dans d’autres pays confrontés à une oppression coloniale; la façon d’utiliser des caméras vidéo afin de constater les violences commises par le régime ; comment retenir les faits et gestes et autres détails du soldat qui vous a menotté et jeté sur le plancher de son véhicule, afin d’être en mesure plus tard de porter plainte; quels sont les droits des détenus; et bien d’autres choses utiles encore. Tout ceci parce que le niveau de l’agitation, le degré d’amertume et de ressentiment ne cessent de croître, de même que l’étonnement quant à l’aveuglement des Israéliens qui pensent qu’ils vont pouvoir poursuivre indéfiniment cette occupation, comme l’écrivait Amira Hass. Je ne sais pas pourquoi Amira Hass a écrit cela, mais je présume que cela a trait aux récentes actions de l’armée à Hébron, au cours desquelles des dizaines d’enfants ont été ramassés dans la rue (*), et au fait qu’en début de semaine, un homme de Hébron a été jugé coupable de  deux cas de meurtre, parce qu’il avait jeté une pierre en direction d’un véhicule. Celui-ci avait eu ensuite un accident dans lequel un colon et son fils de deux ans, Asher et Yonathan Palmer, avaient perdu la vie. L’homme incriminé, Wael al-Arja, de Halhoul, est allé en appel, si je comprends bien, mais, entre-temps, il s’agit d’un jugement qui fera jurisprudence. Comme également les récriminations des colons qui insistent de plus en plus pour qu’on intervienne contre les jeteurs de pierres (et qu’on les abatte sur-le-champ). Il ressort de tout cela qu’Israël n’estime légale aucune forme de résistance contre une occupation durant depuis plus de 45 ans et que l’occupation même est considérée comme « normale », voire comme « légitime », par des couches de plus en plus larges de la population israélienne. Vu sous cet angle, Amira Hass a on ne peut plus raison quand elle montre que la résistance à une occupation a ses raisons, qu’elle est entièrement justifiée et, de plus, absolument nécessaire. Ne serait-ce déjà que parce que l’occupation corrompt tout et tout le monde à tous les niveaux, des existences individuelles aux systèmes de droit. Et, pour ceux qui ne veulent pas le croire, Amira Hass a encore publié un nouvel article aujourd’hui dans lequel elle décrit comment le Shin Bet (le service de sécurité intérieure d’Israël) dépasse toutes les bornes lorsqu’il interroge des personnes


  Extrait d’un article publié sur le blog de Abu Pessoptimist le 6/4/2013. Traduction : JM Flémal

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