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Des centaines de passagers de la « flottille de la paix » séquestrés par Israël

Plus de 600 personnes se sont rassemblées lundi à partir de 16 heures devant le Ministère des Affaires Etrangères à Bruxelles pour exiger que la Belgique et l’Union Européenne condamnent fermement l’agression inqualifiable d’Israël, et adoptent les sanctions qui s’imposent.
Des rassemblements similaires ont eu lieu dans toute l’Europe.

Contrairement à ce qui était envisagé hier, il semble qu’il n’y aura pas d’appel à la manifestation à Bruxelles au cours du week-end prochain vu l’impossibilité
d’obtenir l’autorisation des autorités communales.
En revanche, il y a deux rassemblements prévus :
– le mercredi 2 juin à midi au Rond-point Schuman, devant le Parlement européen
– le vendredi 4 juin à 16h30 sur les escaliers de la Bourse de Bruxelles

Selon la presse israélienne, entre 500 et 600 passagers de la « flottille de la paix pour Gaza », victime d’un acte de piraterie en haute mer caractérisé, que le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné, sont actuellement « retenus » en Israël.

flotillaHaaretz indique que “quelque 629 devraient être mis en prison en attendant qu’Israël envisage les différents options juridiques, et 46 sont hospitalisés, dont 9 dans un état grave”.

Une cinquantaine des rescapés du massacre commis par les commandos de marine de l’armée israélienne ont été expulsés « volontairement » (entendez qu’ils auraient accepté “librement” de signer  les papiers qu’on leur mettait sous le nez), tandis que les autres ont refusé.

Parmi cette grosse majorité de ceux qui veulent continuer, avec les moyens qui leur restent, à exercer une pression politique sur Israël, Haaretz dénombre “de nombreux Turcs, mais aussi des Israéliens et des Palestiniens ainsi que des Américains et des Européens – parmi eux des hommes politiques, un survivant de l’Holocauste juif * et un écrivain suédois ** ”. Selon « WitnessGaza« , Israël interdit à leurs avocats d’avoir le moindre contact avec eux.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU – dont Israël méprise à peu près toutes les résolutions depuis des dizaines d’années sans que ses protecteurs occidentaux en tirent la moindre conséquence politique – a adopté une “déclaration formelle” (ce n’est donc pas une “résolution” en bonne en due forme) fortement édulcorée par rapport à ce que demandaient la Turquie, les pays arabes et les Palestiniens, au terme de tractations à huis-clos qui ont duré 10 heures.

Évidemment, les États-Unis ont fait barrage contre la ferme condamnation d’Israël que la plupart des autres pays exigeaient, de même que contre toute prise de position ferme exigeant la fin du blocus illégal imposé à Gaza.

Même le simple fait de réclamer une enquête posait de graves problèmes aux diplomates, selon l’agence de presse Reuters :

Des diplomates ont expliqué que les négociations ont été particulièrement difficiles entre la Turquie, qui a porté avec le Liban la question devant le Conseil, et les États-Unis, alliés d’Israël, sur la question de savoir si le mot “acte” devait être conjugué au singulier ou au pluriel.

“Acte” au singulier, soutenu par la Turquie, aurait impliqué qu’Israël seul était responsable de la mort des civils, alors que “actes” au pluriel suggère que les militants, qui selon Israël ont attaqué les commandos, portent également une part de responsabilité.

Les adjectifs concernant l’enquête réclamée par le Conseil ont été également mûrement choisis. Le mot “indépendante” a été retiré des premiers brouillons à l’insistance des États-Unis car il aurait signifié que l’enquête ne devait pas être confiée à Israël.

Les États-Unis sont donc toujours le gardien vigilant de ce qu’ils croient être les intérêts d’Israël, et assurent en toute circonstances son impunité. Après avoir imposé un texte fortement édulcoré, Washington s’active d’ailleurs actuellement pour en promouvoir une interprétation minimaliste…

Néanmoins, le Conseil de Sécurité a exigé la libération immédiate des personnes prises en otages par Israël à la faveur de son acte de piraterie ***, et la restitution des bateaux arraisonnés et conduits de force dans le port de Ashdod.

On notera que le “Mavi Marmara” le “navire amiral” de la “flottille de la paix”, à bord duquel se sont déroulés les événements les plus graves, n’a été remorqué jusqu’au port d’Ashdod que seize heures environ après son arraisonnement dans les eaux internationales. Évidemment, ce temps a été mis à profit par les Israéliens pour le fouiller de fond en comble, dans l’espoir bien entendu d’y découvrir une cargaison d’armes, ce qui aurait permis de légitimer (à défaut de le rendre légal) l’acte de piraterie.

Et que nous montre une vidéo de l’armée israélienne (sur laquelle, bizarrement et contrairement à l’habitude, n’apparaît aucun “time code” de sorte qu’il est impossible de savoir quand elle a été filmée) , complaisamment relayée par un grand nombre de média ?

En fait d’arsenal, quelques lance-pierres, un sac de billes, des tringles métalliques (comme on peut certainement en trouver à bord de n’importe quel bateau pourvu que les cabines soient équipées d’une garde-robes)… Cela rappelle furieusement la pathétique traque aux “armes de destruction massive” après l’invasion de l’Irak. Mais bien entendu cela n’empêche pas les sionistes de continuer à clamer que les passagers de la flottille ont tendu un “guet-apens” aux pauvres commandos israéliens (donc juifs, donc victimes).

Mardi matin, le porte-parole du Ministère israélien des Affaires étrangères, à qui France-Inter a longuement  (sans surprise) ouvert son antenne, a répété que les commandos israéliens ont été pris pour cibles avec des armes à feu… mais il a été aussitôt contraint d’admettre qu’il “ne pouvait pas exclure” que ces armées appartiennent aux pirates eux-mêmes…

Il est temps de prendre au mot la cheffe de la diplomatie de l’Union Européenne, Catherine Ashton, qui a appelé il y a peu à “une plus large mobilisation contre la piraterie”.

Je crois qu’il existe un réel engagement d’un certain nombre de pays pour renforcer la coopé­ration et les poursuites judiciaires contre la piraterie”, a déclaré Mme Ashton, selon Le Figaro. Mais elle parlait évidemment des pêcheurs africains qui, réduits à la misère par les flottilles de pêche industrielle occi­dentales qui pillent leurs ressources halieutiques, se sont reconvertis dans le rançonnement. Pour ceux-là, nulle pitié à attendre de l’Occident. On ne discutera pas dix heures au Conseil de sécurité pour savoir si l’enquête les concernant doit être “indépendante” ou “impartiale”.

L.D.


* Il s’agit de Edy Epstein, 85 ans, qui participait déjà la « Gaza Freedom March » en janvier dernier, qui fut bloquée au Caire
** Il s’agit d’un auteur célèbre de romans policiers, Henning Mankell
*** ça c’est la réalité des faits, évidemment pas ce qu’on peut lire dans les documents de l’ONU

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