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Depuis 18 ans, un Israélien en uniforme tue un enfant palestinien tous les trois jours

L’armée d’occupation israélienne a tué environ 2.000 enfants palestiniens depuis le début de la deuxième intifada, en septembre 2000, selon des données produites par la section palestinienne de l’ONG Defence of Children International (DCI) 1, citées par l’agence Anadolu.

En moyenne, cela revient à dire qu’un enfant palestinien a été tué par un Israélien en uniforme tous les trois jours au cours des 18 dernières années.

Ayed Qteesh, directeur de la section Palestine de l’ONG, a expliqué que les Israéliens arrêtent et emprisonnent environ 700 enfants palestiniens chaque année. Il a affirmé que les “forces de sécurité” de l’occupant font comparaître des enfants palestiniens devant des parodies de tribunaux 2 et leur infligent des mauvais traitements afin de leur extorquer des «aveux».

Description schématique du système d’apartheid concernant la Justice des mineurs vivant sous occupation militaire israélienne. A gauche le sort réservé aux mineurs israéliens, à droite celui que subissent les mineurs palestiniens.

Le dernier rapport du groupe de défense des droits de l’homme indique que les autorités d’occupation israéliennes ont arrêté plus de 14.000 enfants palestiniens depuis le début de la deuxième Intifada, dont 350 sont toujours détenus.

On trouvera des données statistiques actualisées en permanence sur le site web de DCI-Palestine.

Le 27 mars, à Hébron, des soldats de l’armée d’occupation ont tenté d’arrêter un enfant palestinien qu’ils accusaient d’avoir lancé des pierres et/ou de préparer un attentat contre eux (selon les versions disponibles). Ce “terroriste” en herbe est âgé de … 3 ans. 

Comme on le voit sur les images ci-dessus, des membres de sa famille sont parvenus à sortir le bambin des griffes des soudards israéliens.


Le 10 avril 2018 dernier, Sahar Francis, directeur de l’ONG Addameer, a rendu visite à un certain nombre de femmes détenues à la prison de HaSharon. Parmi elles Khalida Jarrar, membre du Conseil Législatif Palestinien, et Ahed Tamimi,  ainsi que sa mère Nariman Tamimi.  Celles-ci ont rendu compte à Sahar Francis des conditions générales de leur détention en se concentrant sur une récente escalade liée à l’éducation.

Aujourd’hui, il y a 62 détenues. Ce chiffre comprend 7 mineurs et 3 détenus administratifs 3. Cette déclaration est écrite au nom des prisonnières à l’occasion de la Journée des Prisonniers Palestiniens, le 17 avril 2018.

Actuellement, les prisonnières mineures participent uniquement aux cours dispensés par Khalida Jarrar. Cela est dû au fait qu’aucun enseignant externe ne vient au centre de détention depuis plusieurs semaines. Ainsi, Khalida Jarrar prépare des étudiants de dernière année de lycée pour leurs examens finaux, qu’ils sont en mesure de présenter pendant leur détention. En outre, Khalida Jarrar a fourni à ces mineures des sessions de sensibilisation, princi­palement sur les droits de l’homme. L’objectif principal de ces sessions est d’informer et d’éduquer les jeunes filles en détention sur leurs propres droits, sur la base des lois et conventions internationales, dont on sait qu’Israël les respecte fort peu.

Mais, le 9 avril dernier l’administration des prisons a fait savoir que Khalida Jarrar n’était plus autorisé à préparer les jeunes filles à leurs examens ni à organiser ces séances de sensibilisation. En réponse, les détenues le soir même ont fermé la section et refusé leur dîner dans le but de démontrer leur rejet de la décision de l’administration. Finalement, celle-ci a promis de faire venir à nouveau un enseignant externe très prochainement, et en attendant Khalida Jarrar a été temporairement autorisé à continuer ses cours et les sessions de formation.

L’éducation en droit international 

Toutes les dispositions des instruments et des normes internationales considèrent l’éducation comme un droit fondamental. C’est un droit économique, social, culturel, civil et politique qui est essentiel à la réalisation des autres droits consacrés par les textes. Les traités et conventions internationaux soulignent que le droit à l’éducation fait partie des droits fondamentaux de l’enfant, en temps de paix comme de conflit armé.

Le droit international humanitaire impose spécifiquement à la puissance occupante le devoir d’assurer le droit à l’édu­ca­tion pour la population sous son contrôle. 

La quatrième Convention de Genève (DIH)

L’article 94 de la quatrième section de la quatrième Convention de Genève, qui contient des dispositions relatives au traitement des détenus, dispose que «La Puissance détentrice encourage les activités intellectuelles, éducatives et récréatives, les sports et les jeux parmi les internés […] Elle prendra toutes les mesures pratiques pour en assurer l’exercice, notamment en prévoyant des locaux appropriés» . Plus précisément, la convention ajoute que «toutes facilités seront accordées aux internés pour poursuivre leurs études ou pour aborder de nouvelles matières. L’éducation des enfants et des jeunes doit être assurée; ils seront autorisés à fréquenter les écoles soit dans le lieu d’internement, soit à l’extérieur.»

Les enfants palestiniens sont systématiquement pris pour cible par les forces d’occupation israéliennes, qui arrêtent environ 700 enfants chaque année. Au cours de  l’année 2017, l’armée israélienne a arrêté environ 2.000 enfants, dont la moitié à Jérusalem-Est. Le but de la détention par l’occupant d’enfants palestiniens, en particulier ceux âgés de 16 à 18 ans, qui constituent le pilier du développement communautaire, est de freiner la croissance intellectuelle et la conscience du peuple palestinien.

En privant les prisonniers de leur droit à la formation et à l’éducation, Israël cherche non seulement à empêcher le développement du peuple palestinien, mais il cherche à étouffer toute forme de résistance intellectuelle parmi les enfants détenus. Contrairement aux prisonniers israéliens reconnus coupables d’infractions pénales, qui ont la possibilité de purger leur peine dans des conditions respectueuses de leur humanité, les détenus palestiniens emprisonnés dans le but d’être psychologiquement détruits, spirituellement appauvris ou transformés en collaborateurs et instruments au service de l’occupant.

Pour parvenir à cette déshumanisation, l’administration des prisons adopte une approche complémentaire de l’oppres­sion et de la torture pratiquées dans les centres d’interrogatoire. Elle vise à contrôler, humilier et dégrader les détenus, dans le but de les placer sous son contrôle total, en détruisant leur identité et leur vitalité.

Ce qui se passe actuellement à la prison de HaSharon n’est pas seulement un déni du droit à l’éducation, c’est aussi une tentative de réduire la capacité des prisonnières à mieux comprendre leur propre oppression. Les forces d’occupation israéliennes violent non seulement le droit international humanitaire, mais elles essaient aussi d’entraver la compré­hension des actes de l’oppresseur et de déformer la conscience palestinienne, estime Addameer.


Sources : Middle East Monitor : «Israel has killed a Palestinian child every three days for 18 years, reveals shocking statistic» – Addameer : «No Education, no Awareness for Female Minors in Detention»
Traduction et adaptation : Luc Delval

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Notes   [ + ]

1. Cette organisation est présente en Belgique sous l’appellation “DEI-Belgique
2. En Cisjordanie, les Palestiniens sont jugés par des tribunaux militaires (qui prononcent une condamnation dans plus de 99% des affaires), alors que les colons juifs comparaissent, dans les rares cas où ils sont poursuivis, devant des juges civils israéliens. – NDLR
3. La détention administrative est un régime qui permet à l’occupant de maintenir un.e Palestinien.ne en détention sans lui notifier aucune accusation (ce qui l’empêche d’organiser sa défense juridique), sans le faire passer en jugement et pratiquement sans limite de durée (ce qui permet d’exercer un chantage pour extorquer des «aveux»). Selon Addameer, 52.000 ordres de détention administrative ont été émis par Israël depuis 1967, ce qui représente un total d’au moins 15.000 années de détention arbitraire en prison pour des Palestiniens – NDLR