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Démolitions (de biens palestiniens) et constructions (pour les colons juifs) : activité immobilière débordante en Cisjordanie et à Jérusalem-Est

Au cours du mois de janvier 2018, les autorités israéliennes d’occupation ont démoli ou ont saisi 32 “structures” (constructions) palestiniennes en Cisjordanie, ce qui correspond à la moyenne mensuelle observée en 2017. L’Union Européenne avait financé six des constructions démolies, ainsi que huit de celles qui risquent de l’être très prochainement. 

Près de 60% des “structures” (19 sur 32) étaient situées à Jérusalem-Est. Pour chaque démolition, les Israéliens invoquent comme justification l’absence de permis de construire, dont il savent fort bien qu’il est pratiquement impossible de l’obtenir pour l’excellente raison que c’est eux qui les délivrent, ou plutôt qui refusent systématiquement de les délivrer, depuis des décennies 1

Actuellement au moins 45 écoles palestiniennes situées en Cisjordanie et à Jérusalem-Est sont sous le coup d’un ordre de démolition qui peut être mis à exécution à tout moment, ou d’un ordre de cesser les travaux, selon l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU.

Pendant ce temps, non loin de la colonie de Shilo, dans le nord de la Cisjordanie, Israël a commencé mercredi dernier à installer des habitations dans la première colonie encouragée par le gouvernement israélien depuis plus de 25 ans en Cisjordanie occupée. Des camions-grue ont disposé une dizaine de préfabriqués sur le site de la nouvelle colonie appelée Amichai, tandis que des engins de terrassement et des ouvriers aménageaient les alentours.

La colonie d’Amichai est destinée accueillir à terme – probablement d’ici un mois – la plupart des quarante familles évacuées de force, dans les heurts et les cris, en février 2017 d’Amona, une colonie dite «sauvage», c’est-à-dire illégale même aux yeux de la loi israélienne. L’évacuation d’Amona, retransmise en direct à la télévision israélienne, avait donné lieu à un véritable psychodrame israélien. Amona a été démolie parce que la Cour suprême israélienne l’avait déclarée construite sur des terres privées palestiniennes et donc en violation du droit israélien 2.

Mais le gouvernement israélien, qui fait la part belle aux avocats de la colonisation et au sein duquel l’idée d’une annexion au moins partielle de la Cisjordanie progresse sans cesse, a autorisé en mars 2017 la construction d’une nouvelle colonie pour la première fois depuis 1991 afin de reloger les quelque 200 habitants d’Amona.

«C’est un jour particulier pour nous que de voir se construire un nouveau village en Israël», a déclaré Israël Ganz, vice-président du conseil régional de Binyamin, qui gère les colonies de cette partie de la Cisjordanie. «Voir 40 familles ici, c’est un premier pas mais nous rêvons de voir des centaines de familles sur les collines qui nous entourent», a-t-il ajouté.

Benjamin Netanyahu s’est vanté d’être, «depuis des décennies (…) le premier Premier ministre qui construit une nouvelle colonie en Judée-Samarie» (nom biblique de la Cisjordanie utilisé dans la terminologie officielle de l’occupant). La construction de colonies, qui s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis 1967 – même pendant les périodes de prétendu “gel – grignote jour après jour le territoire sur lequel les Palestiniens sont supposés, aux yeux des tenants de la prétendue «solution à deux États» (dans laquelle il n’y a en fait ni solution ni réellement deux États) créer leur État indépendant, réduit à une série de confettis entre lesquels il serait impossible de circuler sans traverser un territoire contrôlé par Israël.

 

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Notes   [ + ]

1. Non sans s’arranger pour extorquer aux demandeurs des sommes considérables en taxes et autres droits.
2. il y a de très nombreux autres exemples de constructions de colons israéliens sur des propriétés privées palestiniennes dont la Justice israélienne ne s’émeut nullement. Mais de temps en temps ils font une exception, pour des raisons pas toujours évidentes.