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Démographie et religions : les nouvelles ne sont pas bonnes pour les sionistes (Etude Pew Research)

On sait que les questions démographiques revêtent un caractère véritablement obsessionnel pour les dirigeants politiques israéliens, puisque le soi-disant « caractère juif » de l’État dépend de la permanence de la domination numérique, contestable et contestée, de la population juive.

Ils devraient donc accorder une attention soutenue à une étude démographique du « Pew Research Institute » dont la « Jewish Telegraphic Agency », relayée par Haaretz, rend compte.Et de leur point de vue les nouvelles ne sont pas bonnes ! Pas bonnes du tout.

Selon cette étude divulguée jeudi dernier, le nombre de musulmans vivant en Amérique du Nord sera supérieur à celui des Juifs en 2035, dans 20 ans à peine.

Qui plus est, dit l’étude, le nombre de Juifs qui quittent le judaïsme est supérieur à celui des non-juifs qui s’y convertissent : sur la période 2010-2050, le nombre des « sortants » serait de 630.000, contre 320.000 « entrants » seulement. Au contraire l’islam devrait croître plus rapidement qu’aucune autre religion au cours des 40 années à venir, grâce notamment à 12.620.000 conversions contre 9.400.000 défections.

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Selon l’étude «L’avenir des religions dans le monde : croissance de la population 2010-2050», le nombre de musulmans dépassera celui des chrétiens au cours du dernier quart du XXIème siècle et les musulmans deviendront le groupe religieux le plus nombreux de la planète. Aux États-Unis, les musulmans représenteront alors 2,1% de la population (contre 0,9% en 2010). Les Juifs, dans le même temps, ne seront plus que 1,4% de la population des USA, contre 1,8% en 2010.

Or, la protection et l’impunité jusqu’ici absolue que les États-Unis accordent à Israël, auxquelles l’influence énorme des lobbies pro-Israël n’est pas étrangère, sont vitales pour les sionistes. L’importance numérique d’une communauté (religieuse ou autre) n’est sans doute pas le seul facteur à prendre en considération pour évaluer son influence politique, particulièrement dans la société étatsunienne où l’argent joue un rôle prépondérant, mais cependant on peut s’attendre à une montée en puissance de l’influence des musulmans, avec pour corolaire une fragilisation de l’influence des lobbies pro-israéliens, qui reposent évidemment essentiellement sur la communauté juive.

L’étude du Pew Research Center donne aussi des indications sur la taille et l’évolution des communautés juives dans le monde, le rythme auquel elles augmenteront ou se contracteront, et le taux de fertilité en leur sein.

Il y avait en 2010 environ 14 millions de Juifs sur terre, chiffre qui devrait atteindre 16 millions d’individus en 2050, ce qui représente un taux de croissance inférieur à celui qui de la population mondiale en général. Globalement, les Juifs représentent grosso modo 0,2% de la population mondiale, et 44% des Juifs vivent en Amérique du Nord, 41% en Israël, au Moyen-Orient et en Afrique, 10% en Europe et 3% en Amérique Latine et dans les Caraïbes.

A l’horizon de 2050, les auteurs de l’étude s’attendent à ce que 51% des Juifs vivent au Moyen-Orient (principalement en Israël) et 37% en Amérique du Nord. Le nombre de Juifs vivant en Europe devrait, selon eux, décliner de manière plus marquée que le déclin démographique général qu’ils escomptent dans cette région du monde.

Sur la même période, les auteurs estiment qu’alors qu’il y avait 1,6 milliard de musulmans en 2010, ce chiffre devrait passer à 2,8 milliards d’individus en 2050, de sorte que ce groupe religieux passerait de 23% de la population à 30%. Environ trois terriens sur dix seront musulmans en 2050. En Europe, la population devrait comprendre 10% de musulmans en 2050 (contre 6% en 2010).

Selon l’étude, près de 95% des Juifs sont concentrés dans à peine 10 pays, à savoir (dans l’ordre décroissant) les États-Unis, Israël, le Canada, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Russie, l’Argentine, l’Australie et le Brésil. A l’exception d’Israël, la population juive ne représente plus de 2% dans aucun d’entre eux.

C’est en Israël que le taux de fertilité de la population juive est le plus élevé (2,8 enfants par femme), alors qu’en Amérique du Nord (2,0 mais 1,9 seulement aux États-Unis) et en Europe (1.8) il est inférieur au niveau qui assure le remplacement de la population de génération en génération (2,3).

Dans toutes les régions étudiées par Pew Research, l’âge médian [*] de la population juive est supérieur à celui de la population en général : la moyenne mondiale est de 28 ans, alors que l’âge médian des Juifs est de 37 ans. En Amérique du Nord, l’âge médian général est de 37 ans, celui des Juifs atteint 41 ans.


Synthèse et traduction par Luc Delval

[*] âge médian : 50% de la population sont plus âgés et 50% sont plus jeunes.

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