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Démocratie et droits de l’homme : les peuples musulmans en veulent davantage, les Israéliens sont plutôt contre

Parmi toutes les libertés qu’une société démocratique est supposée garantir en son sein, la liberté d’expression est sans doute le meilleur baromètre de l’état réel d’une société. Or, à quoi assistons-nous actuellement ?

Après les Tunisiens et les Égyptiens, les Libyens réclament davantage de démocratie , et en premier lieu de liberté d’opinion et d’expression (les deux faces d’une même médaille). Et avec eux les Yéménites, les Jordaniens, les Syriens…

Les Israéliens, eux, sont plutôt favorables à la restriction des libertés : selon Haaretz, une enquête d’opinion récente montre que 52% des Israéliens – en fait : des Juifs israéliens, car les instituts de sondages ne prennent jamais en considération l’opinion des minorités non-juives, à commencer par les Arabes qui représentent 20% de la population israélienne –  estiment que la liberté d’expression doit être restreinte lorsqu’elle menace… l’image de l’État.

Vous avez bien lu : il ne s’agit pas de la sécurité de l’État – un leitmotiv du discours public israélien, les hommes politiques adorant présenter tout situation dérangeante comme mettant Israël à la merci d’un « nouvel Holocauste » – mais de son image. Lorsqu’il s’agit de la sécurité, invoquée à tout propos et le plus souvent hors de propos, la proportion des personnes interrogées qui estiment que la liberté d’expression doit être limitée monte à 64%. Ce n’est pas une surprise. Mais il y a une majorité absolue52 % ! – alors qu’il ne s’agit que de protéger l’image d’Israël.

Le « Israël Democracy Institute » publique chaque année un « Israeli Democracy Index » traduisant l’évolution de la société israélienne de ce point de vue. L’édition 2010 indique de 40% des Israéliens considèrent qu’il y a trop de liberté d’expression dans leur pays.

59% parmi ceux qui se définissent comme proches de la droite, 49% parmi ceux qui se considèrent “au centre” et 39% parmi ceux qui se déclarent “de gauche” (puisqu’il paraît qu’il en reste) estiment que des groupes de défense des droits humains tels que B’Tselemfont du tort au pays”.

60% des Juifs israéliens estiment que la police doit disperser les manifestations non pas si elles constituent une menace pour des personnes ou des biens, mais si elles perturbent la circulation. Il est vrai qu’ils doivent avoir si mal à imaginer les raisons pour lesquelles quiconque peut avoir envie de manifester dans la rue, dès lors que depuis des années le « Israël Democracy Index » montre que 80% des Israéliens pensent n’avoir aucun moyen d’influencer la politique suivie par leur gouvernement, ce qui sans doute doit correspondre à l’idée qu’ils se font de « la seule démocratie du Moyen-Orient« .

Évidemment, comme l’écrit Avika Eldar dans Haaretz, on ne peut pas comparer la condition du travailleur pauvre égyptien, qui peine à acheter humus et pitta et qui voit monter en flèche le prix de la farine, avec celui de l’employé de bureau israélien qui doit débourser quelques shekels de plus pour faire le plein de sa voiture. Mais, écrit-il également, les Égyptiens, eux, ne maintiennent pas depuis 43 ans des millions de personnes sous le joug d’une occupation militaire…

Le souhait des « bons » israéliens qui estiment qu’il faut empêcher de nuire ceux qui portent atteinte à l’image de leur pays – sans imaginer un instant que les premiers responsables de la détérioration de cette image sont au gouvernement – va en tous cas être exaucé : la Knesset a approuvé lundi le projet de loi qui fait obligation aux Organisations Non Gouvernementales (ONG) de déclarer la provenance de toutes leurs sources de financement étrangères.  Les ONG devront aussi faire une déclaration pour indiquer si, en échange de ces dons, elles doivent s’engager à défendre des positions politiques déterminées. En outre, les documents édités par les ONG en question devront mentionner quel(s) gouvernement(s) étranger ou quelle(s) organisation(s) étrangère(s) auront contribué à les financer.

C’est assez cocasse de la part d’un État qui bénéficie année après année de milliards de dollars versés par Washington pour financer son armée et de millions de dollars de la diaspora juive pour financer la colonisation…

Le Président du groupe parlementaire du parti Meretz, Haim Oron, a dénoncé cette loi d’inspiration McCarthyste. « Ce jour, a-t-il dit, nous avons reçu comme chaque semaine la preuve que ceci n’est pas une démocratie. Pour quelle raison de l’argent provenant du gouvernement néerlandais serait-il, par définition, dangereux alors que celui provenant d’organisations radicales évangélistes ne le serait pas ?« 

Mais les autorités israéliennes ne vont pas s’arrêter en si bon chemin : un journaliste appartenant au « Alternative Information Center » [1] de Jérusalem  s’est vu refuser l’entrée par les officiels du Ministère du Tourisme lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion d’une visite d’une délégation des mineurs chiliens qui ont été sauvés après être restés 69 jours sous terre, au mois d’août de l’année dernière. Une visite sont la propagande israélienne tente évidemment de tirer tout le parti possible, vu l’immense popularité acquise par des mineurs.

Or, c’est au Chili que vit la plus importante communauté de la diaspora palestinienne : 300.000 personnes. Le Centre Kairos Palestine et le « Alternative Information Center » ont conjointement lancé un appel aux mineurs chiliens pour qu’ils se souviennent à quel point « Israël point Israël est entraîne et expérimenté dans l’art d’exploiter la souffrance d’autrui à son profit » et ne permettent pas qu’il en aille ainsi en ce qui les concerne.


[1] Centre alternatif d’information, dont Michel Warschawski est l’un des fondateurs et des figures de proue les plus connues.

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