L'actu

De l’oxygène pour Gaza grâce au rapprochement entre le Hamas et le Fatah ?

Robbe Latré / Brigitte Herremans

C’est sous la médiation de l’Égypte que les délégations des hauts responsables des partis palestiniens rivaux, le Fatah et le Hamas, discutent la possible intégration du Hamas à l’Autorité palestinienne et la reprise du pouvoir par cette dernière à Gaza. Encore que les attentes ne soient pas très haut placées. « Ce qui importe surtout à Gaza, aujourd’hui, c’est d’alléger la pression dans la chaudière. »

MO* s’est entretenu avec Brigitte Herremans, spécialiste du Moyen-Orient 1

Arrivée du convoi du Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Rami Hamdallah, à Gaza, le 2 octobre. Photo Suhaib Salem/Reuters

Lundi 2 octobre, un convoi de l’Autorité palestinienne a été accueilli par des acclamations au passage frontalier entre Israël et Gaza. C’est passablement remarquable du fait que, depuis des mois, l’Autorité palestinienne (AP) contrôlée par le Fatah tient l’enclave du Hamas sous son emprise par le biais de sanctions économiques appliquées en collaboration avec l’ennemi de toujours, Israël.

Existe-t-il enfin une perspective de réunification palestinienne après que Gaza a fait sécession en 2006 sous le pouvoir du Hamas ?

Et, pourtant, quand le cortège est entré dans Gaza, avec le Premier ministre de l’AP Hamdallah à sa tête, encore bien, les drapeaux se sont agités avec enthousiasme. Hamdallah et son gouvernement sont d’ailleurs venus à Gaza sur invitation du Hamas même. La semaine dernière, celui-ci a dissous son comité administratif chargé de la gestion journalière de Gaza et a de la sorte aplani la voie pour que, dix ans après la scission, l’AP puisse reprendre en main la direction des affaires dans la bande côtière.

« Nous sommes venus ici pour annoncer au monde, depuis le cœur même de Gaza, qu’il ne peut y avoir d’État palestinien sans unité politique et géographique entre la Cisjordanie et Gaza », a déclaré Hamdallah lors de son arrivée. Existe-t-il enfin une perspective de réunification après que Gaza a fait sécession en 2006, sous le pouvoir du Hamas ? La spécialiste du Moyen-Orient Brigitte Herremans, de Broederlijk Delen (l’équivalent d’ Entr’aide et Fraternité) nuance la chose : « Je ne vois que des drapeaux du Fatah, sur les photos. »

Une main tendue

Pourtant, selon Herremans, nous pouvons parler d’un moment exceptionnel. Le comité administratif du Hamas, de fait un gouvernement dans l’ombre, constituait en effet une entrave de dimension à l’application de ce qu’on a appelé l’accord du Beach Refugee Camp . Celui-ci avait été conclu en 2014, en Égypte, avec la constitution d’un gouvernement unitaire. Israël avait cependant tout gâché en suspendant les pourparlers de paix avec l’Autorité palestinienne et en déclenchant une campagne militaire contre le Hamas à Gaza.

Les tensions entre le Hamas et le Fatah s’en sont trouvées exacerbées et ont atteint un point culminant quand, au début de cette année, l’Autorité palestinienne a imposé de lourdes sanctions économiques au gouvernement du Hamas. Ce sont surtout les restrictions dans l’approvisionnement en électricité qui ont fait très mal, dans la bande de Gaza.

Les sanctions viennent s’ajouter à la destruction des installations électriques lors des conflits israélo-palestiniens à Gaza, après la venue au pouvoir du Hamas en 2006. Par-dessus le marché, la frontière avec l’Égypte, à Rafah, restait hermétiquement fermée. L’été avait amené d’autres contrecoups encore lorsque le Qatar, le principal sponsor de Gaza, avait annoncé qu’il mettait un terme à toute forme d’aide et ce, sous les pressions des Émirats arabes unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. La main tendue est par conséquent celle du Hamas, puisqu’il se trouve le dos au mur.

La question sécuritaire

Brigitte Herremans se demande carrément si, par conséquent, le Hamas prend vraiment cette approche au sérieux. « D’une part, le Hamas se profile de plus en plus comme un mouvement politique désireux de parler d’un accord avec Israël et qui a également révisé sa Charte. D’autre part, avec quelqu’un comme Yanhya Sinwar [fondateur de l’aile militaire du Hamas, Iz al-Din al-Qassam, NdlR], ce n’est pas précisément une colombe, qui est au pouvoir à Gaza. »

Dès le départ, la tentative de réconciliation semble déjà vouée à l’échec.

La question militaire s’avère désormais le principal obstacle sur la voie de la réconciliation palestinienne. À la lumière de son projet de reconnaissance internationale, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, ne demanderait pas mieux que de s’exprimer de façon univoque. Pourtant, récemment, il mettait encore l’accent sur le fait qu’il rejetait un possible scénario à la Hezbollah. Au Liban, en effet, le Hezbollah participe toujours à la coalition gouvernementale, alors qu’il n’a jamais cessé de cultiver sa branche militaire (encore assez active).

Par conséquent, une démilitarisation constitue la condition sine qua non pour que le Hamas puisse avoir accès à l’Autorité palestinienne. Cela fait à nouveau passer le feu au rouge à Gaza. « Les brigades al-Qassam continueront à exister en tant que protection du peuple palestinien », a déclaré récemment Yanhya Sinwar. Par conséquent, dès le départ, la tentative de réconciliation semble déjà vouée à l’échec.

Rien que du gris à Gaza

« Pourtant, dans cette question, nous ne pouvons pas trop penser noir ou blanc », dit Brigitte Herremans. « À Gaza, désormais, il importe avant tout d’alléger la pression dans la chaudière. Mes amis à Gaza s’inquiètent surtout de la façon dont ils vont pouvoir recharger leur GSM et se demandent quand ils vont pouvoir continuer à cuisiner entre deux pannées de courant. »

Dans ces négociations, il s’agit donc avant tout de trouver un compromis en vue d’améliorer la situation humanitaire à Gaza. Aussi l’implication de l’Égypte n’est-elle pas un hasard : l’ouverture du poste frontalier de Rafah est nécessaire pour la liberté de mouvement des deux millions de Gazaouis. Mais avant que Le Caire ne donne son feu vert, il veut voir se réduire à Gaza l’influence de l’Iran, du Qatar et de l’islam politique sous la forme du Hamas. « L’Égypte pense déjà entièrement à une époque post-Abbas », déclare Herremans. « C’est dans cette perspective qu’il faut concevoir le  »rapprochement » entre le Hamas et le seigneur de guerre Dahlan. »

Mohammed Dahlan est un ancien homme politique du Fatah en exil, détesté par les deux partis et qui a été glissé vers l’avant par l’Égypte en tant que figure possible d’un compromis en cas d’éventuelles élections nationales. Selon Herremans, cela traduit l’absence d’une autre pilier politique palestinien. « Je suis très sceptique quant à l’engagement de Dahlan visà-vis du peuple palestinien. »

Un silence menaçant

« Cela va peut-être sembler paradoxal, mais l’on perçoit le Hamas comme une sorte de facteur de stabilité à Gaza. »
De façon assez surprenante, Israël garde le silence. Aurait-il levé son veto à l’unification de la Palestine ? On le dirait. « Au sein de l’establishment militaire israélien, on en a plus qu’assez de cette politique du blocus. Cela va peut-être sembler paradoxal, mais l’on perçoit le Hamas comme une sorte de facteur de stabilité à Gaza, parce qu’il essaie de museler les groupes djihadistes bien plus radicaux qui y sont actifs. »

La tranquillité à Gaza ferait également du bien à l’État d’Israël, maintenant que les nuages sont de plus en plus menaçants à la frontière nord avec le Liban de Nasrallah, le dirigeant du Hezbollah. « Mais nous ne devons pas nous bercer d’illusions. Même si le Hamas se démilitarisait, Israël placerait encore la barre très haut pour une Autorité palestinienne unifiée », explique Herremans. Il ne fait donc aucun doute que le passage de Hamdallah à Gaza n’aura absolument rien d’une marche triomphale.


Publié le 4/10/2017 sur MO-Mondiaal nieuws
Traduction : Jean-Marie Flémal

(*) Ndlr : Comme peu d’analyses sont sorties pour le moment sur les événements, nous publions cette interview, ce qui n’implique pas nécessairement notre adhésion à tous les points de vue exprimés par Mme Herremans ou par le rédacteur de MO.

Print Friendly, PDF & Email

Notes   [ + ]

1. Comme peu d’analyses sont sorties pour le moment sur les événements, nous publions cette interview, ce qui n’implique pas nécessairement notre adhésion à tous les points de vue exprimés par Mme Herremans ou par le rédacteur de MO – NDLR