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De la place Tahrir au camp de Chatila : «Hurriya !» (Liberté!)

Franklin Lamb

Franklin Lamb, universitaire américain et auteur de plusieurs ouvrages sur le Liban, est un activiste pour les droits civiques des palestiniens au Liban. Il connait très bien la situation dans les camps de réfugiés et décrit dans un article  publié le 17 février comment le vent de la révolte qui souffle dans les pays arabes attise les espoirs des palestiniens dans les camps.


« De nombreux Palestiniens dans les camps et communautés du Liban, comme la plupart d’entre nous, se révèlent quasiment hypnotisés par ce qui se passe. Une étude réalisée par l’Arab World for Research and Development (AWRAD) et publiée le 2 février dernier montre que 74% des Palestiniens soutiennent les protestations tunisiennes en faveur de la démocratie, protestations qui ont fini par mettre sur la touche le président Zine El Abidine Ben Ali. Dans les camps libanais, il s’avère que le soutien à l’éveil arabe s’accroît avec chaque nouveau soulèvement dans la région. »

« Ils sentent – à l’instar sans nul doute des nombreuses personnes qui ont œuvré pour les droits civiques au Liban ces vingt dernières années, y compris plus de deux douzaines d’ONG et organisations de la société civile, tant internationales que locales – que l’intensité de ce qui se passe place Tahrir va signifier à la longue que les réfugiés palestiniens au Liban se verront accorder le droit civique élémentaire et couvert internationalement de posséder un foyer et de travail, droit dont tous les autres réfugiés bénéficient en vertu de la législation. »

« Vivant dans des conditions économiques et sociales qui sont pires que celles de toutes les régions actuellement en plein soulèvement, les réfugiés palestiniens des camps sont plus optimistes ces derniers jours à propos des chances de se voir attribuer quelques droits civiques élémentaires. Un espoir qui est également revenu avec la présence d’un nouveau gouvernement au Liban. »

Dans son article Franklin Lamb parle d’un nouveau militantisme parmi les jeunes, encouragés par leurs aînés qui luttent depuis si longtemps pour le retour en Palestine, «ces héros palestiniens de la résistance, parfois honorés, parfois apparemment oubliés, et qui, au cours du demi-siècle écoulé, ont contribué à gagner la reconnaissance du monde et à obtenir un soutien croissant de la cause palestinienne. Récemment, au camp de Chatila, j’ai rencontré un homme qui, en 1950, avait travaillé à Gaza avec le Comité exécutif de la Conférence des réfugiés. C’était bien sûr quatorze ans avant la fondation de l’OLP au Caire. C’est cette conférence qui avait dirigé le premier conseil législatif à Gaza, au début des années soixante, et envoyé la première délégation palestinienne des réfugiés aux Nations unies, en 1961. »

«Les camps du Liban sont remplis de héros vieillissants. Parmi ceux-ci, des milliers de mères qui ont souffert et réalisé tant de choses pour leurs familles, leur cause et leur pays. Leur progéniture emplit les camps surpeuplés. Il y a un jeune Nelson Mandela au camp de Rashidieh, près de Tyr. À Nahr al Bared, attendant toujours d’être reconstruit après sa destruction en 2007, j’ai vu un jeune Khalil al Wazir (Abou Jihad) expliquer ses espoirs de relancer la résistance palestinienne jusqu’à la libération. Au camp de Wavall, dans la Bekaa, j’ai passé une soirée avec un adolescent qui allait se muer en futur Hassan Nasrallah et qui voulait aider son peuple à retourner en Palestine…

À l’instar des rues du Caire, les camps du Liban se mettent à crier « Hurriya ! » Les camps, ici, ont donné naissance à de nouveaux leaders, aidés par les anciens, et ils attendront du nouveau gouvernement qu’il respecte les propos de la résistance et qu’il passe passer au Parlement le droit entier au travail tout en abolissant la loi discriminatoire de 2001 qui criminalise la propriété de maisons par les Palestiniens. »

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