Dans l'actu

Dans le Nord d’Israël, des milliers de personnes protestent contre les démolitions de maisons dans les communautés palestiniennes

Jack Khoury

Les manifestants dénoncent le meurtre de Yakub Abu al-Kiyan, le conducteur du véhicule qui a écrasé le policier Erez Levi au cours de heurts dans le village bédouin d’Umm al-Hiran. Touché à la poitrine et au genou, l’homme est mort après avoir perdu lentement son sang.

Le 21 janvier 2017, dans la localité arabo-israélienne d’Ar’Ara, dans le Nord d’Israël, des manifestants font face aux forces de sécurité israélienne au cours d’une manifestation contre les démolitions de maisons dans les quartiers arabes. (AHMAD GHARABLI/AFP)

Samedi, des milliers de personnes ont manifesté à Wadi Ara, dans le Nord d’Israël, pour protester contre les démolitions de maisons qui ont eu lieu la semaine dernière dans deux communautés arabes et contre le meurtre par la police d’un Bédouin (*) dont la voiture avait heurté et tué un policier dans l’une des villes, mercredi dernier.

Vendredi, Israel Channel 10 News faisait savoir que les premiers résultats de l’autopsie du Bédouin (*), Yakub Abu al-Kiyan, indiquaient que l’homme avait été blessé à la poitrine et au genou droit, peut-être même avant que sa voiture ait accéléré et foncé sur un groupe de policiers. Le sergent-major de la police, Erez Levi, était mort après avoir été heurté par le véhicule.

La balle qui a frappé Abu al-Kiyan à la poitrine a touché une artère importante, ce qui lui a fait perdre tout son sang au bout de vingt ou trente minutes. Selon le rapport d’autopsie, les enquêteurs ont déterminé qu’avec des soins médicaux rapides, Abu al-Kiyan aurait pu survivre à ses blessures.

Sept manifestants ont subi des blessures plus légères samedi, quand la police a utilisé des grenades assourdissantes et des sprays puants pour disperser les centaines de protestataires qui bloquaient un carrefour autoroutier près d’Arara. Un photographe et un secouriste de Magen David Adom ont également été blessés par des balles en caoutchouc.

Les manifestations de samedi faisaient partie des actions décidées par le Comité supérieur arabe de contrôle lors d’une réunion qui s’était tenue jeudi. Le comité avait également décidé de reconstruire la totalité des 15 structures qui avaient été démolies dans la localité d’Umm al-Hiran et d’organiser dimanche un convoi qui se rendrait devant les bureaux du gouvernement à Jérusalem, ce lundi.

La police prétend qu’Abu al-Kiyan a délibérément foncé avec sa voiture dans le groupe de policiers. Mais des témoins oculaires affirment qu’il avait perdu le contrôle de sa voiture et qu’il n’avait foncé sur le groupe qu’après avoir été touché par la police. Une vidéo prise depuis un hélicoptère de la police et publiée par cette dernière semble corroborer les dires des témoins.

Vendredi, la famille d’Abu al-Kiyan a introduit une requête auprès de la Haute Cour de Justice pour que celle-ci ordonne la restitution immédiate du corps pour l’enterrement.

Vendredi également, le juge du tribunal de district de Be’er Sheva, Natan Zlotchover, a cassé une décision de la cour des magistrats de la ville et a prolongé de trois jours la garde à vue de deux hommes, âgés de 20 et 27 ans, accusés d’avoir frappé des policiers au cours des incidents d’Umm al-Hiran.

Le juge de la cour des magistrats, Zvi Forer, avait libéré les deux hommes et les avait placés en résidence surveillée « afin de contribuer à réduire les tensions ». Zlotchover a répondu qu’il croyait que garder les deux hommes en détention allait adresser un message clair pour bien faire sentir que la violence ne serait pas tolérée.

Hier, certains des manifestants de Wadi Ara portaient des écriteaux avec des slogans traitant le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, de criminel de guerre. Les participants étaient partis de l’Hôtel de Ville d’Arara pour se diriger vers les bâtiments condamnés à la démolition par l’État.

Le chef de fraction de la Liste unifiée (Joint List) à la Knesset, Ayman Odeh, a réclamé la démission d’Erdan et la désignation d’une commission d’enquête officielle « afin de dénoncer les mensonges de Netanyahou, Erdan et la police ».

Faisant allusion au rapport d’autopsie, Odeh a déclaré : « La vérité telle que nous l’avons proclamée pendant tout ce temps est enfin ressortie. La victime, Yakub Abu al-Kiyan, un père et un enseignant, a été abattu par la police et est mort exsangue du fait que la police l’a volontairement empêché de recevoir des soins médicaux. »

 Le député Ahmed Tibi (Liste unifiée) a déclaré : « Les milliers de manifestants, ici, adressent un message clair du public arabe à Netanyahou – nous ne céderons pas face à une politique de démolition et d’incitation. » Il a réclamé la démission d’Erdan et du commissaire de police Roni Alsheich et l’arrêt des « fausses accusations contre la victime Yakub Abu al-Kiyan ». Tibi a également exigé qu’Erdan et Alsheich présentent leurs excuses la famille Abu al-Kiyan et au public.

Yael Noy, une résidente juive de la Galilée occidentale, a déclaré qu’elle avait participé à la manifestation d’hiver pour témoigner sa solidarité avec la communauté arabe. « Ils ne pourraient mener cette guerre sans nous », a-t-elle ajouté.


Publié le 21 janvier 2017 sur Haaretz
Traduction : Jean-Marie Flémal

(*) palestiniens

Print Friendly, PDF & Email