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Daniel Liebmann (UPJB): « Inviter Netanyahu à rencontrer des ministres, c’est une prime à l’impunité »

Benjamin Netanyahu rencontrait ce lundi à Bruxelles les ministres européens des Affaires étrangères. Une trentaine d’associations – dont l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) – appellent au boycott du leader israélien. Au micro de Matin Première, un coordinateur de l’UPJB, Daniel Liebmann, a accusé Netanyahu d’être un « criminel de guerre ».

Daniel Liebman (UPJB) au rassemblement contre la venue de Netanyahou le 11/12/2017 (Photo : Cecile Harnie) 

Pourquoi s’associer à ce mouvement?

Daniel Liebmann: « On s’y associe de façon tout à fait naturelle. Il y a des précédents. En 1948, Menahem Begin [ancien Premier ministre d’Israël] arrive aux États-Unis. Des juifs lancent un appel : ‘Begin arrive, c’est un terroriste, arrêtez-le ou expulsez-le!’ C’était bien sûr des gens très marginaux mais, parmi eux, il y avait des gens comme Albert Einstein. On est donc dans une ligne qui n’est pas neuve et qui, pour nous, est tout à fait naturelle. »

« Netanyahu est un criminel de guerre aux yeux du droit international. En 2014, 2188 Palestiniens, dont au moins 1658 civils, ont été tués dans les bombardements de Gaza. Alors qu’en face, 66 soldats et 7 civils israéliens avaient été tués par les roquettes du Hamas. C’est donc effectivement un criminel de guerre. »

Le geste de Donald Trump – qui a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël – ne fait-il pas que constater une situation de fait sur le terrain ?

Daniel Liebman: « Le droit international est justement d’interroger les faits et les situations pour voir comment faire du droit avec tout ça. Mais oui, il y a un fait. Autrefois, Jérusalem-Est était une ville arabe cosmopolite où il faisait bon vivre pour les juifs. Aujourd’hui, c’est une ville quasi totalement juive où il fait très mauvais vivre pour les Arabes, qu’ils soient cosmopolites ou non. Il y a un État de fait, mais cet État de fait est illégal et illégitime. Le devoir de ceux qui traitent du droit international -et en particulier l’Europe – est d’interroger ces situations de fait et de créer un autre équilibre. »

L’ambassadrice d’Israël en Belgique a affirmé que Jérusalem est la capitale des juifs et la capitale d’Israël depuis 3000 ans. Qu’en penser?

Daniel Liebmann: « Bienvenue dans le monde de Trump ! C’est bien de ça qu’il s’agit. Le droit international, on s’assied dessus. Ce qui compte, c’est ce qui est écrit dans les vieux textes de la Bible, et peu importe que ces textes soient faux. Selon des archéologues israéliens, notamment Israël Finkelstein, cette histoire de 3000 ans, de roi David, etc., ce n’est pas fondé historiquement. »

« Et même si c’était fondé historiquement, ce n’est pas en évoquant ce qui s’est passé il y a 3000 ans qu’on fait le droit international. Sinon Monsieur Trump pourrait aussi rentrer en Angleterre et ce serait alors les peaux rouges qui devraient prendre la Maison Blanche, les Native Americans. Ils étaient là avant. »

Vous êtes juif de Belgique, est-ce que ce courant progressiste existe en Israël ?

Daniel Liebmann: « Depuis longtemps, il y a des mouvements de solidarité avec la Palestine en Israël. On les entend moins, mais le plus important, ce sont tous ces jeunes qui refusent de servir dans l’armée israélienne. Ils prennent le risque de faire de la prison pour cela, parce qu’ils ne veulent pas porter les armes sur leurs frères palestiniens. Mais bien sûr, on les entend peu vu d’ici. »

Quel est l’avenir de cette région, de ces peuples ?

Daniel Liebmann: « Pour le moment, on va droit dans le mur. Mais un autre avenir est bien entendu possible et surtout souhaitable. Je crois qu’Israéliens et Palestiniens sont amenés à vivre ensemble sur cette terre qu’ils partagent, à vivre ensemble dans l’égalité, la paix et la démocratie. Ça va tout à fait à l’encontre de tout ce qu’est le projet sioniste, mais c’est le seul avenir possible, le seul avenir vivable et souhaitable. »

Et quel rôle peuvent jouer les États-Unis et l’Europe ?

Daniel Liebmann: « Les États-Unis, je ne sais pas, j’ai peur du pire. Mais l’Europe doit absolument reprendre un rôle pour mener à une paix fondée sur le droit international et pas sur la loi du plus fort. En invitant Netanyahu rencontrer des ministres, c’est en fait un cadeau, une prime à l’impunité qu’on lui donne. Ce n’est certainement pas comme ça qu’on doit faire.

« Rétablir un dialogue dans lequel Israéliens et Palestiniens seraient à égalité — ce qui n’a jamais été le cas dans le processus d’Oslo — et où le fondement du dialogue est le droit international, c’est quelque chose qu’une autre Europe pourrait peut-être faire. »


Publié le 11/12/2017 sur RTBF La Prem1ère

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