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CPI : Une juriste des droits de l’homme gravement menacée aux Pays-Bas

Leonie van Nierop

Depuis six mois environ, une juriste étrangère travaillant aux Pays-Bas subit de graves menaces. Ces menaces de mort ont trait au travail qu’elle effectue pour la Cour pénale internationale, qui siège à La Haye. La juriste fournit à la Cour du matériel destiné à la pré-enquête menée par la Cour sur les éventuels crimes de guerre commis par Israël en Palestine.

La juriste jordano-suédoise Nada Kiswanson. (Photo : David van Dam)

Du fait que les menaces renvoient à ses activités et au vu des techniques avancées utilisées pour les lui adresser, la juriste présume que les services israéliens sont derrière l’affaire. Ces mêmes services « ne désirent pas réagir à de telles accusations », a fait savoir le ministère israélien des Affaires étrangères.

Les autorités hollandaises prennent l’affaire très au sérieux, si l’on s’en réfère aux entretiens avec les personnes concernées. Le ministre des Affaires étrangères et de la Sécurité ainsi que son homologue de la Justice sont au courant, de même que le coordinateur national de la lutte contre le terrrorisme. Le Ministère public, quant à lui, prend aussi l’affaire « très au sérieux », a-t-il déclaré. La juriste bénéficie d’une « surveillance et sa sécurité est assurée ».

Pour autant que l’on sache, c’est la première fois qu’une militante des droits de l’homme travaillant pour le compte de la Cour pénale internationale installée au Pays-Bas subit des menaces.

Des coups de fil menaçants

La juriste en question est Nada Kiswanson, 31 ans, qui travaille pour l’organisation palestinienne Al Haq. Kiswanson a la double nationalité jordanienne et suédoise et réside à proximité de La Haye avec son mari et leur fille.

Chez elle, elle a reçu des coups de fil menaçants et des fleurs accompagnées d’un message intimidant. Les gens qui la menacent sont chaque fois capables de retrouver des numéros de téléphone anonymes de Kiswanson et ils se font entendre depuis plusieurs pays.

L’enquête sur les menaces a été placée sous la direction de l’avocat général Simon Minks, du parquet de l’arrondissement de La Haye. L’homme est spécialisé dans les affaires pénales internationales, tels les crimes de guerre et le terrorisme. Le Ministère public est occupé à examiner « divers scénarios ». En ce moment, il ne peut exclure qu’Israël se trouve derrière ces menaces, mais préfère ne pas tirer de conclusions tant que l’enquête se poursuivra. Diverses requêtes d’assistance juridique internationale ont été émises.

Les Pays-Bas pays d’accueil

Un porte-parole de la Cour pénale internationale affirme que les menaces sont « très préoccupantes ». Des organisations non gouvernementales comme Al Haq sont « d’une importance cruciale pour le travail de la Cour ». Celle-ci se base entre autres sur les informations fournies par des ONG pour entamer une procédure juridique.

La Cour pénale a pris contact avec les autorités hollandaises pour les aider à « initier les démarches nécessaires et souligner que la Cour prend ces menaces au sérieux » Le porte-parole insiste sur le fait qu’en tant que pays d’accueil, les Pays-Bas « sont tenus juridiquement de protéger les collaborateurs des ONG qui collaborent avec la Cour ».

Du côté des ONG aussi, la préoccupation est grande. Amnesty International a provisoirement fermé ses bureaux à La Haye, après le piratage d’un compte e-mail en rapport avec les menaces proférées à l’adresse de Kiswanson. Trois autres ONG travaillant avec la Cour pénale ont récemment fermé leurs bureaux aussi, par précaution.

« Cette affaire est très sensible », a déclaré un porte-parole d’Amnesty. « Les Pays-Bas se réclament de leur soutien conséquent aux droits de l’homme à l’étranger. Le fait qu’aux Pays-Bas mêmes des défenseurs des droits de l’homme subissent des menaces est donc très mauvais pour la réputation du pays. »

Dans une lettre non publiée et adressée en mai à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), le ministre Koenders (Affaires étrangères, membre du PvdA, le parti social-démocrate) a qualifié ces menaces de « graves » et d’« inacceptables ».


Publié le 10 août 2016 sur NRC.nl
Traduction : Jean-Marie Flémal

Lisez le récit complet (en néerlandais) sur les menaces subies par la juriste sur : Ze dacht dat Nederland veilig was (Elle pensait que les Pays-Bas étaient un pays sûr).

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